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8 décembre 2016

Prise en charge de l'autisme : la HAS a tranché - Rappel

article publié sur France 5 émission allo docteur

Fruit d'un travail de deux ans, le rapport de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la prise en charge de l'autisme infantile était très attendu. Rendu public le 8 mars 2012, il évalue les différentes approches thérapeutiques de la maladie, et se prononce sur la place à donner à chacune.

Par Héloïse Rambert

Rédigé le 08/03/2012, mis à jour le 14/04/2015 à 14:29


Entretien avec le Dr Cédric Grouchka, membre du collège de la Haute autorité de santé, invité dans le Magazine de la santé du 8 mars 2012 -

 

Quelles méthodes privilégier pour aider les enfants autistes ? Quoi de mieux pour favoriser leur épanouissement personnel, leur participation à la vie sociale et leur autonomie ? Jusque-là, aucun consensus n'avait été établi autour de la prise en charge de l'autisme, sujet complexe et sensible, où manquent souvent des données scientifiques. Deux grandes "écoles", l'approche psychothérapeutique et l'approche éducative et comportementaliste, avaient tendance à s'opposer. Chacune ayant ses partisans et ses détracteurs.

Pour clarifier la situation, la Haute Autorité de Santé (HAS) et l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) viennent de publier des recommandations de bonne pratique sur les interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent avec autisme et autres troubles envahissants du développement (TED).

L'approche comportementale recommandée, la psychothérapie désavouée

Pour les experts, c'est clair : l'approche éducative et comportementale, comme par exemple les interventions fondées sur l’analyse appliquée du comportement dites "ABA", ou les interventions développementales des programmes "TEACCH", ont fait preuves de leur efficacité. Elles sont donc officiellement recommandées, particulièrement avant 4 ans et dans les 3 mois suivant le diagnostic.

En revanche, les conclusions de l'HAS sonnent comme un désaveu pour les méthodes psychothérapeutiques. L'"absence de données sur l'efficacité" de ces approches et la " divergence des avis exprimés" à leur propos, n'ont pas permis aux expert de conclure à leur pertinence. Elles se voient qualifiées dans le rapport de "non consensuelles" et ne sont donc pas recommandées.

Des tensions toujours vives

Mais la parution de ce rapport ne renforcerait-il pas les clivages entre les adeptes des différentes méthodes ? Celui-ci irrite le Pr. Bernard Golse, pédopsychiatre et chef de service à l'hôpital Necker. "L'approche psychothérapeutique n'est peut-être 'pas recommandée', mais non-recommandation n'est pas synonyme d'interdiction ! De toute façon, rien n'est validé dans l'autisme. Cela n'empêche pas les soignants d'agir. Les parents d'enfants autistes nous en voudraient de rester les bras croisés."

Le médecin critique vivement les méthodes de l'HAS : "Je trouve regrettable qu'elle fasse deux poids, deux mesures, en fonction des domaines. Et je tiens à dire que les méthodes psychothérapeutiques sont en phase de validation par l'Inserm. Je demande aux partisans de la méthode ABA de faire de même".

Le Collectif Autisme, lui, se montre plutôt satisfait des conclusions de ce rapport, mais "regrette que les approches psychanalytiques soient seulement qualifiées de 'non consensuelles', alors qu'aucune étude scientifique ne les valide."

Les autres méthodes de soin, hors course

L'HAS juge les autres approches inadaptées et recommande de ne plus les utiliser. C'est le cas, par exemple, des techniques dites de "communication facilitée", où un adulte guide le bras de l’enfant pour lui faire écrire ce qu'il ne peut pas dire. Quant aux enveloppements corporels humides (dits "parking"), en l’absence de données relatives à leur efficacité ou sécurité, l'HAS et l’Anesm s'y opposent formellement, en dehors de protocoles de recherche autorisés. Le traitement médicamenteux est également jugé inutile.

En réaction, le Collectif Autisme a déclaré qu'il veillerait "à ce que seules les interventions recommandées de fassent l'objet de financement public, et qu'elles se développent rapidement".

Un maître mot : la personnalisation de l'accompagnement

Ajuster les interventions proposées aux personnes autistes tout au long de leur vie, en prenant en compte leurs évolutions et aspirations, ainsi que celles de leurs familles, qui leur sont spécifiques : voilà tout l'enjeu de la prise en charge de l'autisme. Pour ce faire, l'HAS recommande la mise en place d’un projet personnalisé d’intervention individuel cohérent, adapté et réévalué régulièrement pour chaque enfant ou adolescent.

Et rappelle au parents la nécessité d'être particulièrement prudents vis-à-vis d’interventions présentées comme permettant de supprimer complètement les manifestations des TED, voire de guérir totalement leur enfant car aucun élément probant ne permet d’envisager une telle efficacité.

En savoir plus

  • Haute Autorité de Santé (HAS)
    - "Autisme : la HAS et l’Anesm recommandent un projet personnalisé d’interventions pour chaque enfant", rapport rendu public le 8 mars 2012.
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7 décembre 2016

Autisme : l'Inserm récompense une chercheuse tourangelle

article publié dans Le Parisien

06 décembre 2016, 15h58|0
La professeure de pédopsychiatrie Catherine Barthélémy, le 5 décembre 2016 à Tours (AFP/GUILLAUME SOUVANT)

Elle prône des soins précoces pour changer le destin des enfants autistes: le regard toujours vif à l'âge de 70 ans, la professeure tourangelle de pédopsychiatrie Catherine Barthélémy doit recevoir jeudi le prix de l'Inserm couronnant 40 ans de recherche.
"C'est formidable ! C'est une triple reconnaissance : d'une équipe (de l'université de Tours, NDLR) où tout le monde est pleinement impliqué, de l'infirmière au chercheur en passant par l'orthophoniste; (de ce) que l'autisme n'est pas une maladie honteuse, qu'elle mérite la recherche; du combat des parents pour qu'on fasse de la recherche", insiste la scientifique.
"J'ai consacré ma vie à ça, et je continue", explique Mme Barthélémy en exposant avec simplicité : "vous savez, c'est un engagement social. Je suis médecin... Je veux guérir, aider les gens".
"Il faut former les médecins pour qu'ils identifient le plus précocement possible les petits signes cliniques, neurologiques ou morphologiques chez les enfants", insiste Mme Barthélémy.
Car, et c'est l'une de ses plus importantes découvertes, pris précocement, "vers 18 mois, deux ans", un enfant autiste peut voir changer le cours de sa vie, pour peu qu'il bénéficie d'un traitement adapté. A Tours, on parle de "thérapie d'échange et de développement" : "grâce à des jeux, on refera avec l'enfant tout le cheminement du développement du cerveau".
Catherine Barthélémy se souvient de l'époque, pas si lointaine, dans les années 1980, où elle se faisait huer dans les congrès de spécialistes car elle osait dire que les enfants autistes n'étaient pas victimes du comportement de leur mère, qu'ils ne souffraient pas d'une maladie aux origines psychologiques, mais de troubles du développement de leur cerveau.
- Causes "multifactorielles" -
Aujourd'hui, elle décrit un trouble du comportement affectant la relation à l'autre et dont les conditions d'apparition, au delà de la prédisposition neurologique, sont "multifactorielles".
Elle cite ainsi l'exposition de la mère au médicament anti-épileptique Dépakine au cours de la grossesse comme l'un des facteurs pouvant favoriser le "déclenchement" de l'autisme chez l'enfant. Elle soupçonne d'autres circonstances pouvant aussi participer à l'apparition de la maladie... Mais le champ de recherche n'est pas clos.
Le spectre des patients affectés est très large, allant du surdoué au cas extrême de déficience intellectuelle : "Au moins 1% de la population française, tous âges confondus, présente des troubles autistiques", explique Mme Barthélémy. Dans ses formes les plus légères il peut s'agir peut-être de personnes "perçues seulement comme égoïstes, maniaques, indifférentes aux autres... Mais ce n'est pas une option pour elles : elles n'ont pas le choix", insiste la scientifique.
"Hormis les troubles des relations à l'autre, les comportements répétitifs et obsessionnels et l'extrême sensibilité au moindre changement dans leur environnement qui peut prendre pour eux des dimensions cataclysmiques, toutes les autres fonctions sont préservées", assure la pédopsychiatre, qui insiste encore sur l'importance du dépistage précoce.
"On a des cas d'enfants atteints d'autisme sévère et qui aujourd'hui ont passé le bac", souligne Mme Barthélémy. "Bien sûr, ce n'est pas le cas de tous, mais on améliore de toute façon leur qualité de vie en leur permettant d'accéder à la confiance, à l'échange, à la complicité et à la relation avec l'autre", insiste la scientifique.

 

  AFP

3 décembre 2016

Préparation du 4ème Plan Autisme

Information publiée sur le site du Ministère des Affaires sociales et de la Santé

Alors que le 3ème Plan Autisme s’achèvera en décembre 2017,le Président de la République a souhaité que les travaux de préparation du 4e Plan démarrent en amont, en parallèle d’une évaluation par l’IGAS des actions menées entre 2013 et 2017.

Dans ce cadre, une mission a également été confi ée à Josef Schovanec, philosophe et écrivain autiste, portant sur la formation, l’insertion et l’activité professionnelles des adultes autistes.

Le CIH du 2 décembre est ainsi l’occasion de fixer les premières orientations de ce 4ème plan afin de guider et d’orienter le travail de préparation. Sans préjuger des travaux de concertation qui seront menés ultérieurement, plusieurs axes de travail devront impérativement être abordés dans le cadre cette élaboration :

  • Révision de la gouvernance
  • Renforcement de la politique de diagnostic
  • Soutien aux familles
  • Formation des professionnels
  • Inclusion sociale et citoyenneté : accès au soin, scolarisation, emploi, formation professionnelle, logement, articulation entre le milieu sanitaire et le médico-social
  • Recherche

Voir les infos ci-dessous :

Préparation du 4ème Plan Autisme

Alors que le 3 ème Plan Autisme s'achèvera en décembre 2017,le Président de la République a souhaité que les travaux de préparation du 4e Plan démarrent en amont, en parallèle d'une évaluation par l'IGAS des actions menées entre 2013 et 2017.

http://social-sante.gouv.fr

 

29 novembre 2016

Autisme : il est urgent de changer de modèle

article publié dans Le Monde

Face à l’augmentation des cas d’autisme, estimés à plus de 1 pour 100, et à la veille du 4e plan Autisme, la France doit s’engager vers une médecine fondée sur la science, alertent 25 médecins et chercheurs, dont Stanislas Dehaene, Yves Agid et Jean-Pierre Changeux

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 28.11.2016 à 17h50 | Par

Depuis près de dix ans, la prise en charge médicale des personnes souffrant d’autisme a fait de remarquables progrès en France. Cette évolution reste cependant lente, freinée par de multiples résistances. A la veille du 4e plan Autisme, alors que la France a fait l’objet de plusieurs condamnations pour le retard de ses politiques publiques dans le champ de l’autisme, nous militons pour un effort accru de recherche et une meilleure diffusion des connaissances les plus récentes.

Nous, médecins, chercheurs ou professeurs d’université en psychiatrie, en neurologie, en neurosciences, en génétique, en physiologie, en psychologie, en immunologie ou en imagerie médicale, en appelons au choix résolu d’une médecine fondée sur les preuves, qui a permis de si grands progrès dans la prise en charge de nombre de maladies ou handicaps.

Lecture refondée

Comme beaucoup, nous mettons, au quotidien, nos savoirs et nos expertises au service d’une meilleure compréhension de l’autisme afin de favoriser un diagnostic et une prise en charge les plus précoces possible.

Depuis plus de vingt ans, les avancées scientifiques ont apporté des ­éléments de compréhension offrant une lecture totalement refondée de l’autisme, montrant que les anomalies cognitives, sensorielles et comportementales étaient liées à des altérations du développement et du fonctionnement de réseaux neuronaux, survenant dans la plupart des cas in utero.

Dans le domaine de la génétique, ce sont des équipes de recherche françaises qui furent, en 2003, les premières à découvrir dans l’autisme des mutations de gènes impliqués dans la formation des synapses. Depuis, nombre de gènes de vulnérabilité à l’autisme impliqués dans le développement du cerveau ont été identifiés, permettant d’espérer une meilleure compréhension des mécanismes. En parallèle, l’interaction entre facteurs de vulnérabilité génétiques et environnementaux a été mise en évidence. Leur identification est un axe de recherche important, qu’il s’agisse de facteurs toxiques (métaux lourds, pesticides, perturbateurs endocriniens…), immunologiques (auto-immunité), infectieux ou de prise de médicaments (comme le valproate) pendant la grossesse.

Ces découvertes majeures placent clairement l’autisme dans le champ des troubles neurodéveloppementaux. Seule la connaissance de l’ensemble des facteurs impliqués et des mécanismes sous-jacents permettra de réduire l’incidence de la pathologie, d’améliorer sa prise en charge, aujourd’hui éducative et comportementale, et demain, peut-être, médicamenteuse.

En 2010, la Haute Autorité de santé (HAS) a proposé une définition de l’autisme conforme aux critères diagnostiques internationaux. Dans le prolongement, la HAS a publié en 2012 des recommandations de prise en charge d’enfants autistes fondées sur l’examen exhaustif des données scientifiques existantes. Préconisant le recours aux méthodes comportementales, développementales et neurofonctionnelles, le rapport a écarté celles qui n’avaient pas fait l’objet de travaux suffisamment étayés, les considérant comme non consensuelles.

Trop peu d’accompagnement

Néanmoins, la mise en place de ces ­recommandations émanant d’une autorité indépendante de santé reste, à ce jour encore, plus l’exception que la règle. Si les deuxième et troisième plans Autisme ont indéniablement contribué à la dissémination des ­approches recommandées (comportementales et éducatives), de trop nombreuses familles n’ont toujours pas ­accès à un accompagnement adapté (77 % des enfants autistes n’en bénéficient pas, selon le Collectif Autisme).

Face à l’augmentation du nombre de cas recensés d’autisme, estimé à plus de 1 pour 100, le futur 4e plan Autisme doit être celui d’un véritable changement de modèle.

Voici nos propositions : définir et ­financer une politique ambitieuse de recherche fondamentale, clinique et translationnelle ; soutenir et développer des équipes spécialisées dans le diagnostic, la prise en charge et la ­recherche, aujourd’hui saturées de demandes ; faire respecter, partout sur le territoire, le droit à l’éducation des enfants (objet de plusieurs condamnations de la France, notamment par le Conseil de l’Europe) ; ­répondre aux besoins d’insertion professionnelle des adultes autistes par de la formation adaptée et un accompagnement personnalisé vers l’emploi ; refondre les programmes universitaires et les formations initiales des différentes professions de santé et de l’éducation impliquées dans l’accueil et l’accompagnement des personnes avec autisme ; veiller au respect des recommandations de la Haute Autorité de santé par l’ensemble des professionnels du secteur sanitaire et du secteur médico-social.

Il nous faut, à l’instar d’autres pays, aller plus loin dans la promotion d’une médecine fondée sur les preuves, la recherche et la science. Il est impératif également d’envisager l’autisme non plus comme une ­pathologie de l’enfant, mais comme un trouble neurodéveloppemental de la « vie entière ».

Jean-Louis Adrien, professeur émérite de psychologie (université Paris-Descartes) ;

Yves Agid, neurologue, membre de l’Académie des sciences ;

Catherine Barthélémy, professeure émérite de psychiatrie de l’enfant (université de Tours) ;

Joël Bockaert, membre de l’Académie des sciences, professeur et chercheur en neurosciences (université de Montpellier) ;

Frédérique Bonnet-Brilhault, professeure de physiologie (université de Tours) ;

Manuel Bouvard, professeur de psychiatrie de l’enfant (université de Bordeaux) ;

Thomas Bourgeron, membre de l’Académie des sciences, professeur de génétique et chercheur à l’Institut Pasteur ;

Jean-Pierre Changeux, membre de l’Académie des sciences, professeur et chercheur en neurosciences (Paris) ;

Stanislas Dehaene, membre de l’Académie des sciences, professeur au Collège
de France ;

Jean-François Dhainaut, professeur émérite (université Paris-Descartes) ;

Richard Delorme, professeur de psychiatrie de l’enfant (université de Paris-Diderot) ;

Jean-Antoine Girault, directeur de recherche en neurosciences (Paris) ;

Anne Fagot-Largeault, membre de l’Académie des sciences, psychiatre et philosophe au Collège de France ;

Magali Lavielle-Guida, orthophoniste et psychologue (Saint-Malo) ;

Maria Pilar Gattegno, psychologue (Bordeaux) ;

Bruno Giros, professeur et chercheur en neurosciences (Paris et Montréal) ;

Mohamed Jaber, professeur et chercheur en neurosciences (Poitiers) ;

Marion Leboyer, professeure de psychiatrie (université Paris Est-Créteil) ;

Christine Petit, membre de l’Académie des sciences, professeure au Collège de France et à l’Institut Pasteur ;

Pier Vincenzo Piazza, directeur de recherche en neurosciences (Bordeaux) ;

Franck Ramus, professeur de psychologie à l’Ecole normale supérieure (Paris) ;

Bernadette Rogé, professeure de psychopathologie développementale (Toulouse) ;

Scania de Schonen, directrice de recherche émérite en neurosciences cognitives (université Paris-Descartes) ;

Carole Tardif, professeure de psychopathologie développementale (Aix-Marseille) ;

Luc Vandromme, professeur de psychologie du développement (Amiens).



4 novembre 2016

Mon droit de réponse au Professeur Bernard Golse

3 nov. 2016
Par HUGO HORIOTBlog : Le blog de HUGO HORIOT
En tant que porte parole du CCNAF (Comité Consultatif National d'Autistes de France), j'use ici de mon DROIT DE REPONSE au Pr Bernard Golse, Président de la CIPPA (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant de personnes avec Autisme)

Souvenez-vous, en 1986, le nuage de Tchernobyl se serait officiellement arrêté net à la frontière de notre pays… On sait désormais que la contamination a été sérieuse dans tout l'est de la France.  

En revanche, affirmer que notre pays est un des derniers à subir l’influence de la psychanalyse à tous les niveaux, notamment dans le corps psychiatrique, sur la question de l’autisme en particulier, ne relève pas de la fiction. Son influence culturelle a pourtant totalement disparu en dehors de nos frontières dans bien des domaines.

Laurent Mottron, professeur de psychiatrie, clinicien et titulaire de la chaire de neurosciences cognitives de l’autisme à l’Université de Montréal, écrivait dans un article du Monde, en mars 2012 : « La psychanalyse n’a rien à dire ni à faire avec l’autisme. La psychanalyse est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants. On doit la sortir du soin, des enfants en particulier (et pas seulement de l’autisme). Je suis parti au Canada pour fuir cela il y a vingt ans »

La même année, dans le cadre de ses recommandations de bonnes pratiques, la Haute Autorité de Santé (HAS), établissait la nécessité du diagnostic précoce et, non sans provoquer de polémiques, désavouait officiellement la psychanalyse des pratiques « recommandées » pour l’autisme.

Le 13 octobre 2016, un groupe de parlementaires a déposé une proposition de résolution invitant le Gouvernement français à fermement condamner et interdire les pratiques psychanalytiques sous toutes leurs formes, dans la prise en charge de l’autisme car n’étant pas recommandées par la HAS.

Cela a fait vivement réagir le Président de la CIPPA, (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant de personnes avec Autisme), le Professeur Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker-Enfants malades et psychanalyste.

En tant que porte-parole du Comité Consultatif National d’Autistes de France (CCNAF), il est donc à propos d’user de mon droit de réponse.

Qui est donc le Professeur Bernard Golse ?

Pour commencer, il est de notoriété publique que, soucieux de ne pas « enfermer les parents (d’enfants autistes) dans un destin », il refuse catégoriquement la notion de diagnostic précoce et préfère parader à l’université Paris Decartes, faisant profiter de ses traits d’esprits son auditoire, allant jusqu’à insulter une communauté de plus de 600 000 personnes en France, qualifiant l’autisme comme étant une « pathologie empêchant d’être une personne. » 

Serait-il dans le déni de l’existence des nombreux témoignages de « personnes » autistes, dont certains peuvent également revendiquer le titre de « Professeur » ?

Concernant la question de l’autisme, le Professeur Bernard Golse déclare « prendre acte de la création du conseil national de la santé mentale (…) et espère vivement que les troubles envahissants du développement seront de la compétence de ce nouvel organe de réflexion. » Ce Monsieur semble beaucoup tenir à la notion obsolète et rejetée depuis longtemps par le monde scientifique, d’affilier l’autisme à un problème de « santé mentale », autrement dit, une « psychose ». L’autisme n’est pourtant pas une maladie. On n’en « guérit pas. » C’est une spécificité, une part de la neuro-diversité, une condition pour ne pas dire… un destin. On naît autiste, autiste on le reste toute sa vie et on meurt autiste.

Mais apparemment le Pr Bernard Golse « ne peut pas entendre ça ». Ferait-il une allergie aiguë à la science et à la recherche ou encore aux personnes autistes en mesure de témoigner ?

Heureusement, certains ne l’ont pas laissé se préoccuper de leur destin.

C’est le cas, entre autres, de l’acteur Francis Perrin, qui en présence de sa femme Gersende, s’est vu endurer un interrogatoire « culpabilisant » par ce même Professeur, qui, a défaut d’établir un diagnostic, a proposé « une mise en observation durant plusieurs semaines » de son fils en hôpital psychiatrique.

Ce n’est un secret pour personne. Le fils de Gersende et de Francis Perrin a ensuite été, diagnostiqué autiste par une équipe compétente.

Grâce à un accompagnement adapté et une inclusion en milieu ordinaire, loin des instituions psychiatriques, il évolue aujourd’hui favorablement vers une probable autonomie et, nous ne pouvons que lui souhaiter, vers une vie future d’homme épanoui.

Enfin, rappelons que le professeur Bernard Golse figure parmi les signataires d’une pétition soutenant le packing, méthode abandonnée partout ailleurs dans le monde, disqualifiée par la HAS et dénoncée comme acte de maltraitance par l’ONU qui a demandé à la France son arrêt. 

J’avais d’ailleurs moi même, à plusieurs reprises, publiquement qualifié cette méthode de « torture » et adressé une lettre ouverte, largement relayée dans les médias à son principal défenseur, le Professeur Pierre Delion, que je n’hésiterais pas ici, à qualifier de tortionnaire, à l’instar de tous ses soutiens. Après tout, pourquoi se gêner face à une corporation qui n’hésite pas à comparer les parents d’enfants autistes, les associations d’usagers, ainsi que toutes personnes s’opposant à leurs idées, à des « nazis» ?

Le Professeur Pierre Delion n’a jamais répondu à ma lettre ouverte. Je n’ai jamais été attaqué pour diffamation.

Quant au professeur Bernard Golse, quand on lui demande, après ses longs doubles discours « d’aller au bout de ses convictions », celui-ci semble briller par son silence.

Est-ce vraiment les personnes autistes qui ont le plus de problèmes de communication ?

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3 novembre 2016

Tout comprendre sur les neurones miroirs en moins de 3 minutes

Les neurones miroirs s’activent aussi bien quand on exécute une action que lorsqu’on regarde quelqu’un exécuter cette même action. Le même réseau de neurones s’activent chez les personnes qui activent une action et chez celles qui les observent.

Les neurones miroirs servent à imiter les actions vues mais ils jouent aussi un rôle dans le déchiffrage des intentions et émotions d’autrui.

Nous avons une tendance naturelle à être en sympathie (forme de fusion entre soi et autrui ) plutôt qu’en empathie (ressentir ce que ressent l’autre tout en gardant une perspective propre). Les neurones miroirs s’activent quand on est en sympathie mais un autre réseau de neurones prend le relais quand on est en empathie : c’est le réseau de la mentalisation qui permet de ressentir ce que l’autre ressent sans se laisser envahir par nos propres émotions. (source : Entre toi et moi, l’empathie – produit par Flair Production)

Les 3 rôles des neurones miroirs

  • Imitation des actions

Observer un comportement, un mouvement, c’est déjà le réaliser dans notre esprit, et de manière extrêmement précise. Voir un acte et l’accomplir entraîne l’activation des mêmes zones cérébrales.

Les enfants répètent les mots, les gestes, les situations qu’ils ont vécus; ils jouent et miment les scène de la vie quotidienne. Ils apprennent, comprennent et apprivoisent progressivement le monde en rejouant ce qui se déroule autour d’eux.

  • Déchiffrage des émotions

Des études par IRM ont montré que regarder un film avec des visages heureux, effrayés, maussades, active chez le spectateur les mêmes aires cérébrales, à un moindre degré, que lorsqu’on éprouve réellement ces sentiments. Les images, les photos ou les films ont donc un impact considérable sur notre cerveau.

Les enfants subissent de plein fouet les émotions véhiculées par les images, ils sont littéralement envahis par elles, n’ayant pas encore les moyens de les analyser et de prendre du recul. Ce qu’ils voient peut véritablement les terrifier, entraîner des crises d’angoisse et des cauchemars. – Catherine Gueguen

  • La contagion émotionnelle

Catherine Gueguen écrit : Quand nous avons le sentiment très agréable d’être en « communion », en parfaite résonance, en synchronie avec l’autre, de partager réellement l’instant présent, il existe alors une traduction biologique : nos neurones miroirs s’activent. Les neurones miroirs constituent une sorte de sixième sens qui rend les émotions contagieuses. Ainsi, quand les adultes crient, s’énervent, ces émotions sont transmises à l’enfant qui ressent ces mêmes émotions de colère.

Que souhaitons-nous transmettre à nos enfants ?

A cause (ou grâce) aux neurones miroirs, toute personne offre un modèle, bon ou mauvais, aux enfants. Les neurones miroirs entraînent des apprentissages implicites.

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, l’affection, la tendresse se transmettent et s’apprennent, comme la violence. L’enfant nous imite et nous lui transmettons en priorité ce que nous faisons et ce que nous sommes.

…………………………………………………

Source : Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen

1 novembre 2016

L'affaire du docteur Andrew Wakefield : les faits

article publié sur Science & pseudo-sciences

Dossier Autisme

par Darryl Cunningham - Science et pseudo-sciences n°317, juillet 2016

Nous reproduisons ici, avec l’aimable autorisation de l’auteur et de son éditeur et traducteur français (les Éditions Çà et là), le texte de l’histoire que Darryl Cunningham a consacrée à « l’affaire Wakefield ». Nous reproduisons aussi quelques unes des planches illustrées.

Nous sommes au XXIè siècle, bien loin de l’obscurantisme du Moyen âge. Les connaissances scientifiques ont transformé le monde. Et pourtant, les soupçons vis-à-vis de la science n’ont jamais atteint un tel niveau. La peur et la colère ont occulté le discours rationnel.

André Wakefield est un ex-chirurgien britannique, connu pour ses travaux sur le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole… ainsi que son lien présumé avec l’autisme et une maladie intestinale inflammatoire. Wakefield est l’auteur principal d’un article publié en 1998 dans la revue The Lancet.

L’article portait sur l’étude de douze enfants, tous atteints d’autisme… une maladie qui, selon les auteurs, était liée au vaccin ROR. Au cours d’une conférence de presse, Wakefield a déclaré qu’administrer aux enfants les vaccins séparément serait moins dangereux que de les administrer associés.

Cette suggestion ne figurait pas dans l’article, et des études ultérieures, réalisées par des confrères n’ont montré aucun lien entre le vaccin et l’autisme.

Un vent de panique

L’affaire a causé un vent de panique. Les parents inquiets hésitaient à faire vacciner leurs enfants.

Recrudescence des cas de rougeole

En 2009, le corps médical au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, en Australie et dans nombre d’autres pays a signalé une recrudescence de cas de rougeole. La National Academy of Science des États-Unis et le National Health Service britannique ont tous deux conclu qu’il n’existait aucune preuve d’un lien entre le vaccin ROR et l’autisme.

La première fois que j’ai entendu parler du Docteur Wakefield…

L’idée ne m’est jamais venue que Wakefield pouvait tirer un avantage financier de l’atmosphère délétère de peur, de culpabilité, autour d’une maladie infectieuse qu’il avait contribué à créer.

Un avantage financier

Deux ans avant la publication de son article par The Lancet, le docteur Wakefield a été engagé par un juriste, Richard Barr, un avocat du Royaume-Uni. Barr espérait déclencher une action en justice collective contre les fabricants de ROR et il a demandé à Wakefield de conduire des recherches scientifiques pour son compte afin de trouver une preuve que le vaccin n’était pas inoffensif. Cette preuve serait utilisée pour soutenir une procédure de litige lancée par 1600 familles.

L’ensemble a fini par coûter 435 643 £, plus les frais. Cette somme n’a jamais été déclarée à The Lancet, comme cela aurait dû être le cas. Et pire, presque neuf mois avant la conférence de presse au cours de laquelle Wakefield avait réclamé des vaccins distincts, il avait prescrit à un patient son propre vaccin contre la rougeole.

Ce nouveau vaccin avait des chances de succès uniquement si la confiance dans le ROR s’effritait. La théorie de Wakefielkd était que les maladies intestinales inflammatoires et l’autisme étaient causés par le virus de la rougeole présent à l’état vivant dans le vaccin ROR.

Le journaliste Brian Deer

Le journaliste Brian Deer s’est intéressé de près aux découvertes de Wakefield. Il a appris que les cliniciens et le service de pathologie au Royal Free Hospital où travaillait Wakefield n’avaient rien trouvé pour incriminer le ROR et qu’il existait une discordance évidente entre l’article de Wakefield et les dossiers du National Health Service sur les enfants en question. Des modifications dans les données concernant les douze enfants donnaient l’impression qu’on avait découvert un nouveau syndrome.

La commission disciplinaire du GMC [l’équivalent britannique de l’ordre des médecins] qui a siégé et écouté les témoignages cent quarante-sept jours durant, a découvert que de nombreuses accusations contre Wakefield étaient fondées. La commission s’est particulièrement inquiétée de la façon dont les enfants ont été utilisés pour les expériences de Wakefield. C’est un principe fondamental en pédiatrie : un enfant ne doit pas subir d’autre examen qu’un test sanguin, à moins que cela ne soit nécessaire à sa santé. Évident, pourrait-on penser. Cependant, dans le but de prouver la théorie de Wakefield, on a fait subir aux enfants une batterie d’examens.

Tous ces éléments ont anéanti la défense de Wakefield. Le GMC a jugé qu’il avait agi de façon malhonnête et irresponsable.

Wakefield érigé en héros

Wakefield ne travaille plus au Royal Free Hospital. Il vit aux États-Unis où il a été érigé en héros par le mouvement antivaccination. Il est soutenu par des célébrités comme Jim Carrey [acteur, scénariste et producteur de cinéma] et Jenny McCarthy [actrice et animatrice de télévision]

Pendant les dix années où la controverse a fait rage, les médias en Grande-Bretagne se sont pliés en quatre pour promouvoir et soutenir le docteur Wakefield. Les journaux, à quelques exceptions près, ont avalé tout rond, sans le moindre sens critique, les maigres preuves de l’étude en insistant sur le côté sensationnel de l’affaire et en minimisant, voire en ignorant, les études qui ne trouvaient aucun lien entre le ROR et l’autisme. Wakefield n’était pas le seul responsable de cette vague de panique, loin de là. Dans le domaine scientifique, les journalistes comme Brian Deer sont rares, au lieu de quoi les reportages médiocres et pseudo-scientifiques pour les journaux à sensation foisonnent.

Ces derniers répandent des opinions mal renseignées comme s’il s’agissait de pures vérités. Au XXIe siècle, est-ce trop demander aux journalistes que de procéder à une vérification des faits et aux rédacteurs en chef de confier les articles scientifiques à des journalistes qui connaissent le sujet ? Est-ce trop demander ?

Retrouver cette histoire avec l’intégralité des dessins, ainsi que d’autres fables scientifiques dans l’ouvrage de Darryl Cunningham. Darryl Cunningham a également publié Fables psychiatriques et L’ère de l’égoïsme (édités en français par Çà et là).
29 octobre 2016

Dépression : la psychanalyse pour la vaincre ?

Vidéo publié sur RTL TVI

Dépression: la psychanalyse pour la vaincre ? Charlotte Baut et Fanny Rochez arbitrent tour à tour le débat, en apportant informations pertinentes, statistiques, rapports d'enquêtes... Elles restituent les arguments et font avancer la réflexion de chacun... Diffusé le 27 oct. 2016

Pour voir la vidéo très intéressante voir ici

29 octobre 2016

Packing :le gouvernement remettra un rapport au Parlement

article publié sur la page de Philip Cordery

Article mis en ligne le 28 octobre 2016 dans À l'Assemblée nationale,Blog.

autisme

Dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale, j’ai déposé un amendement visant à demander au gouvernement un rapport sur la pratique du packing dans le secteur sanitaire. En effet, la France est l’un des derniers pays au monde à utiliser cette technique pour le moins controversée d’enveloppement corporel humide sur des enfants et des adultes atteints de troubles du spectre autistique.

Or, cette méthode est considérée comme une maltraitance, par des familles tout d’abord qui nous le rappellent souvent, à juste titre, mais également par l’Organisation des Nations unies elle-même, dont le comité des droits de l’enfant recommandait à la France, le 4 février dernier, d’en interdire l’usage.

Déjà en mars 2012, l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) et la Haute autorité de santé (HAS) se déclaraient « formellement opposée à l’utilisation de cette pratique (…) en l’absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité ».

Pour faire suite à ces recommandations, la circulaire du 22 avril 2016 a mis fin aux pratiques du packing dans les établissements médico-sociaux.

Toutefois, cette méthode est toujours pratiquée dans certains établissements de santé.

Dès lors, puisqu’il est impossible pour des parlementaires d’interdire une pratique qui se veut médicale, j’ai demandé et obtenu du gouvernement un rapport précis sur le nombre de structures qui font usage du packing, le coût pour la sécurité sociale et sa réelle efficacité dans la prise en charge des patients.

Ce rapport devra être remis pour le 1er juillet 2017 et intégrera le rapport d’évaluation de la Haute autorité de santé et le bilan du plan autisme.

J’espère qu’à l’issue de ce rapport, toutes les conséquences pourront être tirées.


 

Retrouvez ci-dessous mon intervention en séance, ainsi que la réponse de Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé :


PLFSS 2017 : mon intervention en séance... par PhilipCordery
PLFSS 2017 : la réponse de la ministre Marisol... par PhilipCordery

27 octobre 2016

Autisme : les bénéfices d'une intervention dès 2 ans

article publié sur Handicap.fr

Résumé : Intervenir auprès d'un enfant atteint de troubles autistique dès 2 ans permettrait de diminuer ses symptômes et d'améliorer sa communication de manière durable. Une étude britannique le confirme et révèle des résultats "encourageants".

Par , le 26-10-2016

Une intervention précoce dès l'âge de 2 ans pour aider les parents à communiquer avec leur enfant autiste permet de diminuer les symptômes de l'autisme, avec des résultats qui persistent six ans après la fin de la prise en charge. C'est ce que montre une étude britannique publiée le 26 octobre 2016 dans la revue médicale The Lancet.

En deux groupes

L'étude compare 152 enfants répartis en deux groupes, l'un bénéficiant d'une intervention précoce et l'autre (groupe témoin) d'une prise en charge habituelle dans des centres spécialisés. Les enfants ont été suivis pendant six ans en moyenne après l'arrêt de ces prises en charge. Selon la revue, l'étude est la première à identifier un effet sur le long terme d'une intervention précoce pour l'autisme. Les résultats sont « encourageants », estime le responsable de l'étude, le professeur Jonathan Green (Université de Manchester), qui souligne l'amélioration observée pour les principaux symptômes de l'autisme. Ce n'est pas un « remède », en ce sens que les enfants qui ont montré des améliorations conservent des symptômes dans des proportions variables, note-t-il toutefois.

Par tirage au sort

En pratique, des vidéos des parents interagissant avec leur enfant sont commentées par des thérapeutes afin de les aider à mieux le comprendre et mieux communiquer avec lui. Les parents prennent part à 12 séances de thérapie pendant plus de 6 mois, suivies par des sessions mensuelles de soutien pendant les 6 mois suivants. En outre, ils étaient d'accord pour se consacrer chez eux pendant 20 à 30 minutes par jour à des activités de communication et de jeux planifiés avec leur enfant. Une durée moins contraignante que celle exigée par certaines thérapies controversées. 152 enfants autistes âgés de 2 à 4 ans ont été répartis au départ par tirage au sort pour recevoir les 12 mois d'intervention précoce ou le traitement habituel.

Des améliorations de la communication

Globalement, les auteurs observent une réduction de 17% de la proportion d'enfants présentant des symptômes graves dans le groupe d'intervention par rapport au groupe témoin. Lors du suivi, dans le groupe d'intervention, des améliorations de la communication des enfants avec leurs parents ont été relevées. En outre, les parents du groupe d'intervention ont signalé des améliorations dans les relations avec les autres enfants, la communication sociale et les comportements répétitifs. Cependant, il n'y avait pas de différence significative sur la santé mentale des deux groupes d'enfants (anxiété, dépression, troubles d'opposition...). Ces enfants, en grandissant, continueront à avoir besoin de soutien dans de nombreux aspects de leur vie selon les auteurs, qui travaillent à améliorer leur méthode.

Handicap.fr vous suggère les liens suivants :

Sur Handicap.fr

25 octobre 2016

Les petits arrangements de la nouvelle présidente de la Haute autorité de santé

Buzin

Agnès Buzyn, la nouvelle présidente de la Haute Autorité de santé. © DR

Agnès Buzyn, qui prend ce lundi ses fonctions à la tête de la haute-autorité de santé (HAS), acteur clé du système de santé français, considère que les liens d’intérêt entre experts et laboratoires pharmaceutiques sont un gage de compétence. Plusieurs militants de la transparence comme le docteur Irène Frachon, à l’origine du scandale du Mediator, s’inquiètent auprès de Mediapart.

guillemets_Gris30Au moins, les choses sont claires. « L’industrie pharmaceutique joue son rôle, et je n’ai jamais crié avec les loups sur cette industrie. Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts» Tels furent les propos tenus par le professeur Agnès Buzyn, alors présidente de l’Institut national du cancer (INCA) et qui vient d’être nommée ce lundi à la tête de la Haute Autorité de santé (HAS), lors d’une réunion organisée par le Nile, un cabinet de lobbying, en février 2013. Entendue au Sénat le 20 janvier dernier, dans le cadre de travaux de la commission des affaires sociales, elle n’a pas changé de position.

guillemets_Gris30Intitulée « Prévention des conflits d’intérêts en matière d’expertise sanitaire », cette table ronde, loin de chercher à limiter les conflits d’intérêts en santé publique, avait au contraire pour cible la loi Bertrand. Adoptée en décembre 2011, à la suite du scandale du Mediator, cette loi vise à prévenir les conflits d’intérêts et à renforcer l’indépendance de l’expertise sanitaire publique. Elle rend obligatoire pour les professionnels de santé et décideurs publics la déclaration publique de leurs liens d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. De leur côté, les laboratoires doivent déclarer les avantages consentis aux professionnels de santé, aux associations et aux fondations.

guillemets_Gris30Mais cette avancée dans la prévention des conflits d’intérêts ne fait pas l’unanimité. Une partie de ses détracteurs n’ont pas hésité à faire entendre leur voix devant les sénateurs. Parmi eux, Agnès Buzyn a longuement expliqué que l’obligation de déclarer tout lien d’intérêt est devenue trop « handicapante » pour certains chercheurs. « Ils ne le supportent plus et refusent de venir aux expertises de l’INCA. On passe notre vie à écrire des mails d’excuses aux experts pour leur expliquer pourquoi on n’a pas pu les retenir à l’analyse de leurs déclarations. » Agnès Buzyn regrette de ne pouvoir prendre des chercheurs qui ont, avec l’industrie pharmaceutique, des liens d’intérêt pourtant susceptibles d’influencer leurs expertises.

guillemets_Gris30Selon la nouvelle présidente de la HAS, agence sanitaire en charge de l’évaluation et du remboursement des médicaments, le fait de ne pas travailler avec des laboratoires met en doute la qualité de l’expertise. « Quand on voit les débats que nous avons avec nos tutelles (…), l’indépendance des experts est mise en avant et personne ne semble se soucier de la qualité de l’expertise. (…) On commence à avoir des experts institutionnels qui n’ont plus aucun lien avec l’industrie pharmaceutique et dont on peut se demander, à terme, quelle va être leur expertise, puisqu’ils ne sont plus à aucun “board” [conseil de direction – ndlr] », a déploré Agnès Buzyn.

guillemets_Gris30En quoi consiste exactement la mission de l’expert dans un “board” ? Cette question, aucun sénateur n’a eu la curiosité de la poser… Participer au “board d’un laboratoire pharmaceutique ne relève pas de la recherche scientifique, mais consiste à conseiller l’industrie sur sa stratégie de marketing de développement d’un médicament. C’est, aussi, intervenir dans des colloques. Est-ce vraiment là un gage de compétence ? Si l’intérêt scientifique semble minime, en revanche, le gain financier n’est pas négligeable. Certains professeurs peuvent être rémunérés 2 000 euros la journée, pour une réunion.

guillemets_Gris30L’industrie pharmaceutique propose, en général, ces contrats à des médecins hospitalo-universitaires qui ont déjà le statut de leader d’opinion et qui peuvent ainsi asseoir leur renommée, voire l’étendre au niveau international. Un bon plan de carrière en somme. En février 2009, l’Inspection générale des affaires sociales avait déjà pointé ce problème : seule une part marginale des contrats liant les laboratoires pharmaceutiques aux professionnels de santé concerne des travaux de recherche. Plus de 90 % des liens d’intérêt publiés relèvent de contrats de marketing (contrats d’orateurs ou de consultants).

guillemets_Gris30Les propos d’Agnès Buzyn ne sont d’ailleurs pas sans rappeler ceux de Philippe Lamoureux, directeur général du Leem, syndicat des industries pharmaceutiques : « Un expert sans conflit d’intérêts est un expert sans intérêt. » Sans intérêt pour les laboratoires, mais non pour la santé publique. Le scandale du Mediator a pu être révélé grâce au travail de médecins ou pharmaciens indépendants rédacteurs de la revue Prescrire, ou à celui de la pneumologue Irène Frachon.

Agnès Buzyn, la nouvelle présidente de la Haute Autorité de santé. © DR

Agnès Buzyn, la nouvelle présidente de la Haute Autorité de santé. © DR

guillemets_Gris30Cette dernière, interrogée par Mediapart, regrette vivement les positions d’Agnès Buzyn : « La solution n’est pas, comme l’affirme Agnès Buzyn, de passer outre ces liens d’intérêt. L’affaire du Mediator le démontre de façon tragique : des experts indiscutablement “compétents” sont restés solidaires d’un industriel lourdement criminel, en minimisant notamment les dégâts de ce poison. Il faut donc se doter d’une expertise vraiment indépendante. Une des solutions, comme le proposent les membres de l’association Formindep, [Association pour une formation et une information médicales indépendantes – ndlr] est de créer des filières d’études de haut niveau d’expertise qui puissent assurer de belles carrières et des rémunérations suffisantes afin de prévenir la captation par l’industrie. »

guillemets_Gris30Mais on ne pourra pas reprocher à Agnès Buzyn de ne pas mettre en pratique ses propos. De 2009 à 2011, alors même qu’elle venait d’être nommée membre du conseil d’administration puis vice-présidente de l’Institut national du cancer, elle n’a pas pour autant renoncé à participer aux boards de deux laboratoires, Novartis et Bristol-Meyers Squibb.

guillemets_Gris30Doit-on parler de conflit d’intérêts ou de souci de parfaire ses compétences en tant que chercheuse ? Interrogée par Mediapart, Agnès Buzyn a minimisé le rôle de vice-présidente de l’INCA : « C’est au cas où le président tombe malade. C’est purement honorifique. » À l’entendre, on pourrait finalement se passer d’un vice-président à l’INCA. Pour Novartis et Bristol-Meyers Squibb, Agnès Buzyn a dispensé des formations à des médecins, participé à des réunions de marketing pour des traitements contre le cancer et est également intervenue dans des colloques.

guillemets_Gris30Concernant le montant de ces contrats passés avec les laboratoires, elle n’en a pas gardé un souvenir précis. Pourtant, ce travail a duré de 2007 à 2011. Une seule estimation nous a été donnée pour l’année 2009 : 10 000 euros. Si elle affirme aujourd’hui qu’il ne s’agit pas d’une situation de conflit d’intérêts, elle a néanmoins jugé nécessaire, en mars 2011, de cesser tout travail pour les laboratoires pharmaceutiques. À cette date, sa future nomination à la présidence de l’INCA devenait officielle et, en plein scandale du Mediator, une série de rapports sur les conflits d’intérêts était rendue publique.

guillemets_Gris30Selon Anne Chailleu, présidente du Formindep, association présente à la table ronde organisée au Sénat, « la conception de l’expertise d’Agnès Buzyn va à l’encontre du sens de l’Histoire mais également de la rigueur scientifique. Alors que la loi de santé vient de renforcer la transparence des liens entre industrie et professionnels de santé, et que le Conseil constitutionnel a rappelé récemment qu’elle était un principe fondateur de la sécurité sanitaire, de tels propos sont anachroniques et démontrent que toutes les leçons du Mediator n’ont pas été tirées ».

guillemets_Gris30Effectivement, lors de la présentation de sa candidature à la présidence de la Haute Autorité de santé (HAS), le 27 janvier dernier devant l’Assemblée nationale, Agnès Buzyn a totalement passé sous silence l’importance de garantir l’indépendance des experts de la Haute Autorité de santé. Il avait fallu l’intervention de la députée Catherine Lemorton, présidente de la commission affaires sociales, pour rappeler que la HAS doit être une agence « indépendante » des laboratoires pharmaceutiques.

 

***Pascale Pascariello / Mediapart

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24 octobre 2016

Autiste, on le reste toute sa vie. Il ne faut pas un remède, mais de l'accompagnement

article pubié dans le Nnouvel Observateur

Publié le 24-10-2016 à 12h22 - Modifié à 12h22

LE PLUS. Ce 18 octobre 2016, Autism Speaks - la plus importante fondation américaine de soutien à la recherche sur l’autisme - a enlevé la recherche d'un remède à l'autisme de la liste de ses objectifs. Le signale que l'autisme n'est pas une maladie à soigner, mais plutôt une particularité humaine à accompagner, explique le comédien, réalisateur et écrivain Hugo Horiot.


Édité par Barbara Krief  Auteur parrainé par Rozenn Le Carboulec

 Mathis, trois ans et demi, est atteint d'autisme. Image d'illustration. (FlickrCC/Chanlone)

Ce 18 octobre 2016, Autism Speaks, la plus importante fondation américaine de soutien à la recherche sur l’autisme, a modifié ses statuts pour la première fois depuis 2005, en ôtant la recherche d'un remède à l'autisme de la liste de ses objectifs.

Steve Silberman a salué ce changement comme étant une petite avancée vers l'acceptation de la neuro-diversité.

On ne devient pas autiste, on naît autiste

À l’âge de 2 ans, on a proposé à ma mère de m’enfermer en hôpital psychiatrique pour le restant de mes jours en lui déclarant :

"Faites le deuil de votre enfant. Votre enfant est bien plus malade que n’importe qui."

Je fais partie de ceux qui étaient considérés comme étant apparemment suffisamment "sévères" ou encore "sévèrement atteints" pour être condamnés.

On ne devient pas autiste, on naît autiste, on le reste toute sa vie et on meurt autiste.
On ne souffre pas d’autisme. On souffre du regard des autres.

Les enfants autistes deviennent des adultes autistes

Les pouvoirs publics et les diverses instances officielles oublient souvent ce que les parents savent très bien : les enfants autistes deviennent inévitablement des adultes autistes. Ce n’est pas une fatalité. C’est un fait.

Tous les adultes autistes en mesure de témoigner et la communauté scientifique internationale savent qu’on ne "guérit" pas de l’autisme.

Il est temps de cesser de regarder l’autisme comme une mystérieuse maladie incurable. L’autisme n’est pas une fatalité. L’autisme est une spécificité du genre humain appartenant à la neuro-diversité. L’autisme n’est pas un trouble mais une condition.

Une condition, comportant certes une grande variété d’un autiste à un autre, pouvant se révéler plus au moins "troublante", voir "handicapante" au regard des codes résultant d’une contrainte de "normalité", inévitablement imposée par la vie en collectivité. Mais lorsqu’une "contrainte de normalité" tend vers le rejet systématique de tout ce qui ne lui ressemble pas, elle devient alors dictatoriale, totalitaire, dangereuse et mortifère.

L'autisme doit être accompagné pas stigmatisé ou caché

La condition de l’autisme nécessite, à l’instar de beaucoup d’autres, non pas d’être cachée, stigmatisée et ghettoïsée mais au contraire d’être accompagnée afin de lui donner toutes ses chances de prendre part à la vie en société et pourquoi pas, parfois, remettre cette même société en question.

Plutôt que de tenter d’éradiquer l’autisme, une remise en question d’ordre culturel et sociétal, touchant à l’éducatif et l’ouverture du "milieu ordinaire" s’impose.

Tout ce qui touche au suivi médico-social et au soin, ne devrait jamais être envisagé comme première solution et encore moins tendre vers un aller simple fataliste, systématique et destructeur en institution spécialisée.

Record mondial du nombre d'autistes enfermés à vie

L’autisme aux États-Unis représente une naissance sur 68. Selon une autre étude, l’autisme en Corée du sud concerne même un enfant sur 38. Et de nombreuses études s’accordent pour dire que cela augmente.

De son côté, la France détient le record mondial du nombre d'autistes enfermés à vie. Selon l'IGAS, "60% des séjours longs sont le fait d'autistes", affirme un rapport rendu par le groupe d'études autisme de l'assemblée nationale, le 8 avril 2015.

Ce sont des autistes qui, bien sûr, dés leur petite enfance n’ont jamais eu la moindre chance d’inclusion.

Allons nous continuer à condamner à l’enfermement, à la mort sociale toutes ces personnes ?

Surtout quand nous savons aujourd’hui, fort de la recherche de la communauté scientifique internationale, que l’ouverture du milieu ordinaire et un accompagnement adapté dés la petite enfance sont les meilleures garanties pour que cette part de l’humanité prenne part à la société ?

 

20 octobre 2016

Comprendre comment les autistes perçoivent le monde : mon but pour mieux les aider

article publié dans le nouvel observateur
Publié le 15-10-2016 à 12h39 - Modifié le 17-10-2016 à 11h07

Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes
LE PLUS. Chaque année, la fondation L'Oréal, en partenariat avec l'Unesco et l’Académie des sciences, récompense de jeunes chercheuses pour promouvoir la place des femmes dans les matières scientifiques. Laurie-Anne-Sapey-Triomphe, doctorante s'intéressant à l'autisme Asperger, fait partie des lauréates. Elle témoigne, en cette semaine consacrée à la fête de la science.

Édité et parrainé par Rozenn Le Carboulec

 

Laurie-Anne Sapey-Triomphe a reçu une bourse L'Oréal-Unesco de 15.000 euros pour conduire ses recherches (Fondation L’Oréal)

 

L’autisme, j’en avais entendu parler comme tout le monde, et n’en avais pas une connaissance particulière, quand j’ai commencé mes études. Je voulais à cette époque m’engager dans la voie des neurosciences pour comprendre comment le cerveau nous permet d’interagir, de décrypter des émotions, mais également comment des dysfonctionnements peuvent tout d’un coup déstabiliser cet équilibre. Je m’intéressais à la fois au côté totalement fascinant du cerveau et à la manière dont de petites modifications peuvent bouleverser la vie d’une personne.

Et sur ce point, l’autisme s’avérait être un sujet d’étude particulièrement intéressant.

J’ai été fascinée par les patients avec autisme

La première fois que je me suis réellement intéressée à ce trouble, j’étais en master : mon professeur m’avait alors demandé de réaliser un dossier sur l’autisme. Au fil de mes lectures, cela m’a fascinée. J’ai ensuite eu l’occasion de rencontrer des personnes avec une certaine forme d’autisme, nommée syndrome d’Asperger, lors de mon stage dans un laboratoire – où je travaille actuellement – qui travaillait sur ce trouble. J’ai discuté avec plusieurs patients venant participer à des expériences, et j’ai été impressionnée par leur manière de percevoir le monde, bien différente de la nôtre.

Au départ, je m’étais orientée vers les neurosciences pour comprendre des maladies neurodégénératives qui touchaient des membres de ma famille. Puis j’ai réalisé que j’avais besoin de prendre un peu de distance car je perdais en objectivité. Ce stage auprès de personnes avec autisme a tout changé : j’ai rapidement eu envie de poursuivre en thèse pour approfondir le sujet, et, peut-être, essayer de les aider.

Comprendre leur perception de l’environnement

Je travaille aujourd’hui en neurosciences cognitives. J’essaie de comprendre comment des personnes avec Asperger perçoivent le monde et comment elles se créent des représentations mentales de leur environnement extérieur. Pour ce faire, je m’appuie à la fois sur des expériences comportementales – soit des tests sur ordinateurs – et des études en neuro-imagerie.

Cette seconde phase se fait en trois étapes grâce à l’IRM (Imagerie par résonance magnétique). 

1. Nous prenons tout d’abord une photographie très précise du cerveau, pour voir toute l’anatomie en détail.

2. Nous faisons ensuite passer des tests aux patients, afin d’observer les régions cérébrales impliquées dans un processus donné, en comparaison avec un groupe contrôle.

3. Lors de la troisième étape, nous mesurons grâce aux IRM la concentration dans le cerveau de certaines molécules importantes pour la communication cérébrale.

Un monde de détails et d’hypersensibilité

À ce jour, les expériences comportementales ont permis de montrer que les personnes autistes Asperger sont très sensibles, d’un point de vue perceptif. Cette caractéristique transforme par exemple pour eux le simple fait de marcher dans la rue en une expérience très intense. 

Ils s’attardent par ailleurs sur de petits détails et essaient de mémoriser chaque élément de manière un peu indépendante, au lieu de se créer une image globale qui permet de généraliser et simplifier.

En ce qui concerne l’IRM, je n’ai pas encore tous les résultats mais l’hypothèse est que les personnes avec autisme utiliseraient un réseau cérébral modulé différemment, avec certaines régions du cerveau qui vont plus ou moins influencer la perception que d’autres.

Des échanges extrêmement motivants pour nos recherches

De manière générale, mes recherches comportent toujours une phase de tests qui dure environ trois mois, lors de laquelle je rencontre des personnes avec autisme, qui est suivie par une phase d’analyses. Mais même lors de cette seconde étape, les patients rencontrés, souvent très curieux, continuent de m’envoyer des mails et nous échangeons en permanence. À la fin d’une expérience, nous essayons également de les revoir, avec leur famille, pour leur expliquer les résultats.

Les personnes avec syndrome d’Asperger nous posent toujours beaucoup de questions : elles sont conscientes de leur différence de fonctionnement, de leur décalage, mais souvent, elles ne réussissent pas à identifier sur quels points cela peut se jouer. Or il suffit parfois de leur expliquer notre manière de percevoir le monde – donc dans sa globalité – pour les aider à mieux l’appréhender.

Le fait de suivre sur le long terme des personnes dans le besoin, prêtes à s’investir dans des expériences, est extrêmement motivant. Et cela d’autant plus que les parents, eux aussi, sont en demande de conseils concrets, pour savoir de quelle manière ils peuvent soutenir leurs enfants au quotidien.

Le syndrome d’Asperger est un handicap invisible

Le syndrome d’Asperger est un handicap invisible, mais qui mérite que l’on s’y intéresse, comme toutes les formes d’autisme. Parmi les adultes touchés par ce syndrome, 70% ont ainsi déjà fait une dépression.

Le but de nos recherches n’est pas de "guérir" l’autisme, qui n’est pas forcément un terme approprié, mais de trouver un moyen d’atténuer ce qui, dans bien des situations, peut rendre la vie des personnes concernées très compliquée, et j’espère que mon travail pourra y contribuer.

 Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.

 

   

Créées en 2007, les bourses françaises L’Oréal-Unesco pour les Femmes et la Science visent à révéler et récompenser de jeunes chercheuses. Les femmes sont encore aujourd'hui largement

sous-représentées dans les carrières scientifiques. En 2015, elles ne représentaient que 34% des diplômés dans le monde, selon l'enquête Mutationnelles-Y Factor.

19 octobre 2016

Distorsion de la fonction ordinaire des molécules synaptiques d'adhésion cellulaire par des variants génétiques ...

17 octobre 2016

article publié dans Autisme Information Science

Distorsion de la fonction ordinaire des molécules synaptiques d'adhésion cellulaire par des variants génétiques en tant que risque de troubles du spectre de l'autisme

Traduction: G.M.
 
Brain Res Bull. 2016 Oct 12. pii: S0361-9230(16)30344-6. doi: 10.1016/j.brainresbull.2016.10.006. [Epub ahead of print]
Distortion of the normal function of synaptic cell adhesion molecules by genetic variants as a risk for autism spectrum disorders
Author information
  • 1Department of Biological Sciences, Forman Christian College, Zahoor Elahi Rd, Lahore, 54600, Pakistan.
  • 2Department of Oral and Maxillofacial Surgery, Faculty of Medicine, University of Tsukuba, Ibaraki, 305-8575, Japan.
  • 3Department of Molecular and Cellular Physiology, Shinshu University School of Medicine, 3-1-1 Asahi, Matsumoto, 390-8621, Japan; Institute for Biomedical Sciences, Interdisciplinary Cluster for Cutting Edge Research, Shinshu University, Matsumoto, 390-8621, Japan; PRESTO, JST, Saitama, 332-0012, Japan. Electronic address: ktabuchi@shinshu-u.ac.jp
Abstract

Les molécules synaptiques d'adhésion cellulaire (les SCAMS) sont une catégorie fonctionnelle de molécules d'adhésion cellulaire qui se connectent avant et après les synapses par l'interaction protéine-protéine par l'intermédiaire de leurs domaines extracellulaires d'adhésion cellulaire. Un nombre incalculable de variantes génétiques communes et de mutations rares dans SCAM ont été identifiés chez les "patients" avec troubles du spectre de l'autisme (TSA). Parmi ceux-ci, les protéines de la famille NRXN et NLGN fonctionnent en coopération dans les terminaux synaptiques, deux des gènes qui sont fortement impliqués comme des gènes à risque de TSA.  Des souris Knock-in porteuses d'une mutation ponctuelle unique rare de NLGN3 (NLGN3 R451C) découvert chez les "patient"s avec de TSA montrent un déficit dans l'interaction sociale et une amélioration de l'apprentissage spatial et la capacité de mémoire qui rappelle le phénotype clinique des TSA. Des souris NLGN4 KO (KO) et des souris KO NRXN2α montrent également un déficit de sociabilité ainsi que certains comportements neuropsychiatriques spécifiques. Dans cette revue, nous avons sélectionné NRXNs / NLGNs, CNTNAP2 / CNTNAP4, CNTN4, ITGB3 et KIRREL3 comme gènes de base à haut risque de TSA sur le score SFARI et résumons les structures des protéines, des fonctions au niveau des synapses, des découvertes représentatives dans les études génétiques humaines, et les phénotypes des  souris modèles mutantes à la lumière de la physiopathologie des  TSA.

Synaptic cell adhesion molecules (SCAMs) are a functional category of cell adhesion molecules that connect pre- and postsynapses by the protein-protein interaction via their extracellular cell adhesion domains. Countless numbers of common genetic variants and rare mutations in SCAMs have been identified in the patients with autism spectrum disorders (ASDs). Among these, NRXN and NLGN family proteins cooperatively function at synaptic terminals both of which genes are strongly implicated as risk genes for ASDs. Knock-in mice carrying a single rare point mutation of NLGN3 (NLGN3 R451C) discovered in the patients with ASDs display a deficit in social interaction and an enhancement of spatial learning and memory ability reminiscent of the clinical phenotype of ASDs. NLGN4 knockout (KO) and NRXN2α KO mice also show a deficit in sociability as well as some specific neuropsychiatric behaviors. In this review, we selected NRXNs/NLGNs, CNTNAP2/CNTNAP4, CNTN4, ITGB3, and KIRREL3 as strong ASD risk genes base on SFARI score and summarize the protein structures, functions at synapses, representative discoveries in human genetic studies, and phenotypes of the mutant model mice in light of the pathophysiology of ASDs.

19 octobre 2016

Génétique de l'autisme - une vue d'ensemble

article publié dans Autism Information Science

18 octobre 2016
Traduction: G.M.
 
Prenat Diagn. 2016 Oct 15. doi: 10.1002/pd.4942.
Autism genetics - an overview
Author information
  • 1Department of Molecular and Human Genetics, Baylor College of Medicine, Houston, TX, USA.
  • 2Jan and Dan Duncan Neurological Research Institute at Texas Children's Hospital, Houston, TX, USA.
  • 3Department of Molecular and Human Genetics, Baylor College of Medicine, Houston, TX, USA. schaaf@bcm.edu.
  • 4Jan and Dan Duncan Neurological Research Institute at Texas Children's Hospital, Houston, TX, USA. schaaf@bcm.edu
Abstract

Le trouble du spectre de l'autisme (TSA), un groupe hautement héritable, cliniquement diversifié des troubles neurodéveloppementaux. Son hétérogénéité génétique est remarquable, avec plus de 800 gènes de prédisposition au TSA identifiés à ce jour. Ils sont impliqués dans divers processus biologiques, y compris le remodelage de la chromatine et la régulation de la transcription des gènes, la croissance et la prolifération cellulaire, l'ubiquitination, et les processus neuronaux spécifiques, telles que l'organisation synaptique et l'activité, la morphologie dendritique et l'axonogenesis. Cette revue vise à discuter des génétique de l'autisme de base, des moyens d'enquêter sur les TSA dans des systèmes modèles, de mettre en évidence certains gènes clés et leurs voies moléculaires, et d'introduire de nouvelles théories de la pathogenè du TSA, tels que le déséquilibre des excitateurs et  inhibiteurs de l'activité cérébrale, de l'hétérozygotie oligogénique, et la modèle de protection féminin. 

Autism spectrum disorder (ASD) a highly heritable, clinically diverse group of neurodevelopmental disorders. Its genetic heterogeneity is remarkable, with more than 800 ASD predisposition genes identified to date. They are involved in various biological processes, including chromatin remodeling and gene transcription regulation, cell growth and proliferation, ubiquitination, and neuronal-specific processes, such as synaptic organization and activity, dendritic morphology and axonogenesis. This review aims to discuss basic autism genetics, ways to investigate ASD in model systems, highlight some key genes and their molecular pathways, and introduce novel theories of ASD pathogenesis, such as imbalance of excitatory and inhibitory brain activity, oligogenic heterozygosity, and the female protective model.
PMID: 27743394
DOI: 10.1002/pd.4942

15 octobre 2016

Le Professeur Barthélémy récompensée pour l''ensemble de ses travaux de recherche !

Caherine barthelemyarticle publié sur le site de la Faculté de Médecine de Tours

le 14 octobre 2016

Catherine Barthélémy, pédopsychiatre et physiologiste, Professeur Émérite à la Faculté de Médecine est lauréate du prestigieux Prix d’Honneur Inserm de la Recherche médicale.
Catherine Barthélémy est mondialement connue pour ses travaux sur l’autisme, la compréhension des mécanismes cérébraux de ce syndrome, le développement de thérapies neuro-fonctionnelles ciblées et la lutte contre l’exclusion des personnes avec autisme de la petite enfance à l’âge adulte.

Ce prix récompense l’ensemble de ses travaux de recherche menés depuis 1980 à Tours à la Faculté de Médecine, au CHRU et au sein de l’Unité Inserm Imagerie et Cerveau.

Il lui sera remis le 8 décembre 2016.

27 septembre 2016

Les processus de parentalité au coeur de l'autisme 1/2

26 sept. 2016
Par Jean VinçotBlog : Le blog de Jean Vinçot

Extraits d'un mémoire de master 2 de Ronan Marteau - Actions Sociales et de Santé - Université de Bretagne Occidentale Troisième chapitre - Autisme et parentalité

Dans cet ultime chapitre, nous allons tenter de rendre compte des difficultés éprouvées par les parents d’enfants souffrant de troubles autistiques. En effet, quand bien même « la blessure qu’inflige à ses parents le handicap de l’enfant est d’ordre symbolique (…) être parent d’un enfant handicapé constitue une épreuve qui désorganise tous les repères sur lesquels on s’appuie habituellement dans le processus de la parentalité.».(Korff-Sausse 2007, p.6-29). Nous prendrons appui conjointement sur la littérature scientifique ainsi que sur des extraits d’entretien afin d’étayer notre argumentaire.

a) Le rôle bénéfique des associations

L’impact considérable, que peut avoir la mobilisation des associations, sur l’inscription des problèmes spécifiques à un handicap sur l’agenda public n’est plus à démontrer. L’association de parents : American Society for Autism (ASA) en est une figure emblématique aux Etats-Unis. Toutefois, à la différence du modèle communautaire américain, « l’approche française, qualifiée de sociale, se caractérise par la « sollicitude sociale » mais ce ne sont pas les populations concernées qui façonnent la politique. » (Brigitte Chamak 2010, p.111). Néanmoins, le poids du réseau associatif en France fut déterminant s’agissant de faire naître une identité collective et d’obtenir la reconnaissance officielle de l’autisme comme handicap auprès des pouvoirs publics, notamment par le biais de l’adoption de la loi Chossy du 11 décembre 1996, devenue l'article L 246-1[1] du CASF. Par conséquent, il est difficile de réfuter que, « la force du groupe, lié par des revendications et des actions communes, s’affermit avec l’augmentation de la visibilité́ et de la diffusion de leurs doléances » (B. Chamak 2013, p.231). Il ressort des entretiens que nous avons pu mener, qu’à l’unisson, les parents tiennent des propos dithyrambiques à propos des associations qu’ils fréquentent et ce, quel que soit le temps depuis lequel ils y adhérent :

« Le docteur du CRA nous dit, venez aux réunions, je fais une réunion une fois par mois avec les parents d’enfants scolarisés, alors on intègre déjà ce groupe là et c’est vrai que ça nous…uffff, ça nous sauve ! Et puis c’est le premier qui me dit vous n’êtes pas responsable ! C’est un trouble neurologique. »

Petite digression, on perçoit là combien le discours déculpabilisant d’un professionnel, bien qu’anecdotique dans le paysage institutionnel, peut être paré de vertus lénifiantes pour les familles :

« Et là quand on me dit, il y a rien de pathologique, tout va bien votre enfant est très bien construit, c’est des choses positives qui font du bien à entendre. ».

Ce n’est pas tant les capacités revendicatives associatives qui sont mises en avant lors des entretiens, que l’apport informationnel et le soutènement moral que procurent les moments d’échanges entre parents lors des cafés-rencontres :

 « C’est pour ça je dis il faut aller dans les associations, rencontrer d’autres gens, qui sont passés par où vous êtes passés et vous aurez des infos, y’a que comme ça. C’est important selon vous de s’appuyer sur le tissu associatif ?Ah c’est énorme ! Ouais, parce que y’a qu’eux qui peuvent vraiment nous aider et nous dire…voilà ! » ;

« C’est vrai qu’au fil du temps, les réunions entre parents, ben on a commencé à comprendre, ben même l’autisme de haut niveau je savais pas ce que c’était non plus quoi.» ;

« Et puis quand on allait aux réunions on voyait d’autres parents, on discutait et après ouf quoi ! » ;

« Ben ça apporte du réconfort aussi, un échange énorme, et puis tu partages avec d’autres qui commencent le parcours et ça m’apporte du bien de faire quelque chose pour les autres.» 

« En fait, c’est en entendant d’autres parents, que tout doucement, suivant chaque individu, tu commences à faire le deuil de ton enfant parfait, ça se fait à force d’écouter les autres.» ; 

« En fin de compte dans les réunions au début tu te sens pas concerné, pas trop, et puis t’écoutes les gens et tu te dis tiens, ils vivent des trucs un peu comme nous.(…) Le seul soutien qu’on ait eu, c’est les associations finalement. (…) Là tu comprends qu’il va falloir se battre mais vraiment ! Et que si tu te bats… tu y arrives.»

 Au regard du parcours labyrinthique des familles, il ressort que les bonnes orientations sont principalement le fruit de leur opiniâtreté et de l’ensemble des rencontres faites, notamment au sein du tissu associatif :

« Tout ça il faut dire, c’est une affaire de rencontres hein !», (…) après c’est le contact, c’est un réseau hein (…), comme c’est les associations qui mettaient en place les formations TEACCH, ben on rencontre d’autres associations sur d’autres régions. C’est donc aux parents de s’approprier les méthodes éducatives ? Ben voilà, c’est ça ! Y’a rien, pas de personnel formé, c’est surtout les associations ! » ;

« Le milieu associatif ça fait beaucoup, ça te sert à t’orienter chez les professionnels, ils savent ceux qui sont mauvais et ceux qui sont bons, donc ça sert pour les bonnes adresses.» ; 

« En fin de compte, on se bat pas vraiment contre la différence de notre enfant, on se bat contre un système qui veut nous abandonner. (…) Je me suis rendu compte qu’il faut faire tout soi-même, alors internet t’aide beaucoup, même si y’a plein de bêtises.».

De nombreuses études ont en effet démontré les effets bénéfiques avérés de ces regroupements, qui permettent aux parents de considérer « davantage leur expérience parentale comme un défi ; ils éprouvent aussi moins de culpabilité quant à l’apparition des troubles et ont des pensées plus rationnelles. »(Cappe et al. 2012, p.192).

Les moments conviviaux organisés pour réunir les parents sont avant tout axés sur la parole et la verbalisation du vécu. Les échanges nourris peuvent, de notre point de vue, générer parfois un sentiment d’auto-efficacité lénitif, lorsqu’ils comparent les résultats obtenus avec leur enfant auprès d’autres parents, même si, rappelons-le, la finalité première des rencontres parentales repose sur un partage d’expérience et sur la possibilité d’objectiver les difficultés.  

b) L’effet libérateur de l’annonce du diagnostic

« L’enfant handicapé bouscule l’image idéale de l’enfance, que nous nous plaisons à imaginer » (Korff-Sausse 2011, p.8). Aussi, rien d’étonnant à ce que les parents nous aient exprimé la nécessité de faire le deuil de l’enfant idéalisé. Ce travail d’acceptation rendu nécessaire, généralement facilité par l’annonce du diagnostic, provoque bien souvent un effet de sidération :

« Le mot autisme me dérangeait, tu essayes de te rassurer comme tu peux. » ; 

« Ben, quand on te l’annonce, t’y crois pas. (…) Au départ je le prenais comme si c’était les autres qui avaient raté quelque chose avec mon enfant. En fin de compte, tu essayes de trouver un coupable quand quelque chose ne va pas bien. (…) D’autant plus que dans notre cas, en général, un enfant qui parle, c’est un enfant qui va bien. (…) Ce qu’il faut se dire, c’est que des parents, tu commences à leur dire que leur gamin il a un souci, ils supportent pas d’entendre ça. Ils veulent que leur enfant soit parfait, c’est culturel. » ;

« En plus quand on m’a annoncé que c’était de l’autisme, pfff là je me suis un peu écroulée, ouais ! Parce que j’avais pas compris les troubles du comportement, qu’on m’avait évoqué (…). Et puis c’est vrai que j’avais comme tout un chacun, quand on ne connaît pas, forcément l’autisme ça fait peur. Voilà ! Bon mon mari m’a dit on s’en fout de toute façon, qu’il soit dyspraxique ou autiste, ça reste ton enfant ! Et ça ça m’a fait du bien. C’est vrai que je me suis dit…on s’en fout !  » ;

« Ben au début j’ai pas trop assumé, l’autisme ça a plusieurs niveaux, je crois que je voulais pas y mettre mon enfant, parce que y’en a qui parlent pas ou qui ont un retard mental.».

De toute évidence, c’est « l’envie de reconstruire sa vie, d’aller de l’avant, de s’adapter dans une nouvelle vie dans les conditions créées par de nouvelles organisations matérielles et psychologiques, qui va signer l’avancée dans le travail de deuil, dans le cas d’un enfant déficient, on parlera de chemin d’acceptation.» (Baulinet 2013, p.19). Le diagnostic semble jouer un rôle prépondérant dans le travail de résignation qui s’impose aux parents :

« Tout ça, te permet aussi tout doucement de faire le deuil de ton enfant parfait, on a beau donner un problème à ton enfant, toi, tu le vois encore comme l’enfant parfait. Et puis finalement, avec le temps il faut quand même faire le deuil de l’enfant parfait, dans le sens, que notre système souhaiterait aussi quoi. ». 

 A l’unanimité les parents laissent entendre qu’ils sont soulagés par l’annonce. Le diagnostic, une fois posé de manière définitive, a incontestablement un effet libérateur :

« Ca a été un soulagement ! Parce qu’au moins on pouvait mettre un nom, et puis on a commencé à se renseigner (…) » ;

«  Mais ça a été un soulagement, et puis j’ai senti que ça m’a permis aussi un peu de me reconstruire ». 

On peut en inférer qu’il y a véritablement une « nécessité de nommer le handicap, c’est à dire cette marque qui différencie l’enfant de l’image de l’enfant tel qu’il est souhaité, tel qu’il est prévu dans le modèle du développement somatique et psychique.»(Grim et al. 2001, p.110-111) 

 c) Lorsque le handicap bouscule l’équilibre de la sphère familiale

Etre parent d’un enfant en situation de handicap n’est pas un phénomène isolé ou marginal, notamment dans le cas de l’autisme. Les  troubles du spectre de l’autisme, au même titre que n’importe quel handicap, mettent à mal l’équilibre familial. Aussi ne pouvons-nous nier l’authentique « épreuve affective que constituent les troubles, mais aussi leurs effets sur la vie conjugale, l’économie familiale, la fratrie, la santé physique et psychique de l’entourage.» (Beaud et Quentel 2011b, p.132). Dès lors, les retentissements des troubles autistiques sur le processus de parentalité sont indéniables.

Beaucoup de parents souffrent principalement de l’incompréhension que suscite le handicap de leur enfant et ce, qu’il s’agisse de professionnels ou de la sphère relationnelle :

« Je crois que les autres parents se rendent pas compte, parce que dès qu’on en parle autour de nous… je sais que pour eux c’est pas facile, mais bon. » ;

« On a toujours peur qu’on rejette notre enfant, juste parce qu’on lui colle une étiquette. Par exemple, quand tu téléphones pour faire des soins dentaires chez un dentiste, la réponse que t’as en général, c’est, ah non, ça je fais pas. Rien que le fait de dire, ça verrouille des trucs.» ;

« Le problème, c’est que ça dérange beaucoup de gens, parce que quand tu dis autisme, bon ben voilà, c’est de suite on voit ce qu’il y a de plus mauvais quoi, enfin le côté irrécupérable. (…) Prononcer autisme, je savais que la réaction des gens était pas bonne. » ;

« En fin de compte, y’en a qui comprennent pas trop, des parents avec qui t’es vachement jugé quoi. (…) Les gens qui ne savent pas, ils ne comprennent pas. Dire le handicap, ça peut fermer plein de portes.». 

 Il leur est notamment difficile de prévoir des sorties extérieures ou des repas en dehors de la sphère familiale, notamment du fait que « les parents sont d'ailleurs dans une double incertitude : ils ne peuvent prévoir le comportement de l'enfant en public et ne peuvent pas non
plus se faire une idée de 1'image que le public aura de 1'enfant handicapé. » (Famille et handicap dans le monde : analyse critique de travaux de la dernière décennie 1982, p.74)

 Il ressort de l’ensemble des témoignages recueillis, que la sphère familiale se trouve irrémédiablement bouleversée, pour ne pas dire lésée, par les logiques organisationnelles qu’exige l’accompagnement au quotidien des enfants atteints du syndrome d’Asperger.

Les troubles autistiques nécessitent notamment que les parents s’entourent d’infinies précautions afin de restreindre la mutabilité de l’environnement, qui peut se révéler particulièrement anxiogène. En effet, il n’est pas chose aisée d’envisager de confronter l’enfant à un univers inconnu déstabilisant (un balisage préalable est souvent requis), du fait que les enfants avec autisme ont un besoin impérieux, voire obsessionnel d’immuabilité :

« Nous on est obligé de prévoir et d’organiser les vacances super à l’avance. (…) Et on a appris à toujours séquencer les choses. Tu peux pas le balancer dans l’inconnu total.» ;

« On est des personnes qui aiment bien rencontrer du monde, par contre avec le handicap, c’est…est-ce que ce qu’on va lui proposer à manger, ça va le faire ? Suivant les endroits où tu vas, t’es obligé de dire mon enfant, il mangera pas ça. ».   

 Parmi les conséquences avérées de cet investissement constant autour du bien-être de l’enfant et de son devenir : l’absence d’intimité, l’affaiblissement du réseau de sociabilités, le sentiment d’aliénation, les rapports conjugaux conflictuels, la vie familiale déstabilisée etc. :

« Ben on vit avec des plannings, notre vie c’est ça, avec les rendez-vous à droite et à gauche, ce qui fait que notre enfant est devenu la priorité première de tout, moi j’ai le sentiment que l’on vit que pour ça quand même.» ; 

« Ben ça peut être assez destructeur, parce que ça crée des tensions en permanence.» ; 
« Bon, ça fait des dégâts au niveau du couple, ça peut être très douloureux.» ;

« Ah ben le handicap, ça a tout bouleversé hein, c’est pas évident, il y a eu des périodes très dur dans le couple, où on était pas forcément d’accord, ça s’est amélioré quand on a eu le diagnostic. Là on a vraiment commencé à poser les choses. » ; 

« Tu te rends compte que c’est à toi de changer et à t’adapter à ton gamin.» ; 

« La vie de couple c’est le néant, tout tourne autour de l’enfant. » ;

« Et il y avait des conflits, parce qu’avec les autistes, il y a des crises et ça peut s’apparenter à des caprices, moi je disais que c’était pas des caprices et le papa avait un regard plus masculin, ben il disait, ben si il faut le punir, ça générait des tensions bien sûr. ».

De notre point de vue, l’épreuve parentale tient à ce que le père et la mère doivent à la fois conjuguer organisation optimale, vie sociale et conjugale. Cela constitue bien souvent une véritable gageure, étant donné les multiples points d’achoppement générés par le handicap au quotidien. Non seulement, la centration permanente sur l’enfant contraint les parents à un surinvestissement, mais elle crée en quelque sorte « une circularisation du temps, source de servitude » (Ebersold, Bazin, et Bouchard 2005, p.23). Le témoignage d’une maman est tout à fait édifiant s’agissant de traduire concrètement cet engagement permanent :

« Ce qui nous bousille la vie c’est le système, c’est qu’il faut se battre pour avoir des bonnes prises en charge, il faut se battre pour que l’école fasse des efforts et mette en place des choses, c’est toujours à nous d’aller nous battre. » ;

« A l’école, je vois par exemple j’avais des petits mots, est-ce que vous pouvez lui apprendre à faire ceci, et moi je refaisais l’école le soir…, je fais mes barrettes de perles, je fais toute la pédagogie Montesori, je lui ai appris les additions, je faisais tout ça. »

Conséquemment, les aménagements continuels phagocytent les activités personnelles ou conjugales car l’enfant fait figure de centre de gravité, autour duquel s’articulent les logiques organisationnelles quotidiennes:

« Ben tout tourne autour de notre enfant. C’est notre préoccupation première, nous on passe au second plan. Vous vous interdisez des choses ? On s’interdit même pas, naturellement, on y pense même pas (…) Et puis j’ai dû réduire mon temps de travail pour m’occuper de mon enfant. » ;

« Tu dois tout le temps t’adapter, notre enfant pour beaucoup de choses de la vie a besoin d’une béquille, même si au bout d’un moment il peut en enlever. ». 

Aussi les processus transactionnels continuels (avec l’entourage, la famille, au sein même du noyau conjugal) sont primordiaux et ne doivent pas être passés sous silence, car ils participent indubitablement au maintien d’un équilibre, face à des repères existentiels plus labiles, lorsque la famille est confrontée au handicap.

d) Parents et institutions, une relation dyadique épineuse

Etre parent d’un enfant en situation de handicap induit une confrontation permanente avec les institutions et les professionnels, qu’il s’agisse des structures médico-sociales, du secteur médical ou infanto-juvénile, des services publics ou de l’école. Les parents nous ont fait part de leur souffrance, car ils se heurtent bien souvent à de l’incompréhension ou un manque de soutien. Au-delà de ces considérations, il s’avère que les dogmes culpabilisants, toujours adoptés par certains professionnels, semblent également très préjudiciables pour les familles :

« Après l’épisode des CMPP, les psychologues, j’avais plus du tout envie de les voir (…) on m’a fait comprendre que j’étais néfaste pour mon enfant. » ;

« C’est simple l’orthophoniste du CMPP, j’ai arrêté parce qu’elle m’accusait de coller des symptômes à mon enfant. On a arrêté, on a fait une pause thérapeutique comme on dit.». 

Les parents que nous avons eu l’opportunité d’interviewer, nous ont aussi relaté les multiples embûches s’agissant d’offrir des réponses adaptées, compte tenu des besoins spécifiques de leurs enfants :

« J’ai essayé un peu la halte-garderie, ça c’est très très mal passé la collectivité, c’était horrible, je l’entendais hurler de l’extérieur, il avait des plaques rouges à force d’hurler.».

Les familles expriment également leur insatisfaction et leur désappointement concernant le peu de considération des professionnels ou des enseignants vis-à-vis de leur investissement en matière d’éducation ou de leur savoir expérientiel parental, souvent sous-estimé :

« Je me suis rendu compte à chaque fois que tu rencontres des bons professionnels, qui sont très rares, c’est ceux qui t’écoutent, et ils te laissent parler. Et du coup, ceux qui sont bons, ils sont débordés. Donc ça manque de compétences. » ; 

« Mais je disais au pédiatre il a pas un problème aux oreilles ? Il nous disait non, non il aura l’oreille musicale » ;

«  Avez vous eu le sentiment qu’on s’appuyait sur votre expertise parentale ? Non, non, on est mis à l’écart, c’est très frustrant, on est pas écouté, notre parole n’a aucune valeur.» ;

« Je me rends compte avec l’orthophoniste. Je lui dis mon enfant fait des progrès et tout, elle est en relation avec une intervenante extérieure que j’emploie, et là la professionnelle nous dit, oui mais elle, elle n’est pas du paramédical. Et là tu te dis là c’est bon quoi, parce qu’il sont du secteur paramédical ils ont la science infuse et ils se remettent pas en question Moi je leur demande juste de travailler en équipe et d’avancer le mieux possible pour le bien être de l’enfant. » ;

« Même si tu as des compétences pour le paramédical, ça n’a aucune valeur.» ; 

« Mais on avait demandé à rencontrer l’AVS pour lui expliquer pour notre enfant, et puis ça n’a pas été possible.».

D’autre part, les parents se trouvent visiblement démunis lorsqu’il s’agit pour eux de trouver des solutions adéquates pour leur enfant ou de recourir à une assistance quelconque de nature à leur permettre de s’acquitter des démarches administratives :

« Il faut dire que y’a des moments où on se sent seuls (…) Même l’assistante sociale, j’avais des questions, je voulais la voir pour m’aider dans les papiers de la MDPH et elle m’a dit vous avez eu votre diagnostic, vous avez déjà eu un rendez-vous, alors voilà. Parce que quand on a le diagnostic, on a un rendez-vous avec l’assistante sociale pour nous expliquer nos droits et tout ça. Après ça c’est fini ! ».

 Parmi les obstacles majeurs qui jalonnent le parcours des parents : les centres de consultation de type CMPP, auxquels ils reprochent unanimement leur inefficience. En témoigne ce florilège de propos recueillis :

« Et puis je suis allé au CMPP et là ça a été l’engrenage, au final ça n’a servi à rien, j’ai rencontré une psychologue, on a fait des bilans, des bilans, des bilans…Et rien, rien du tout, une bilan psy, mais mon enfant était dans un coin et il jouait, et c’était des questions du style : Comment ça se passe à la maison ?, des questions personnelles sur nous, jamais d’échanges, aucun échange avec notre enfant, jamais pris en individuel, au bout d’un moment elle nous a dit, écoutez je peux rien faire pour vous (…)

(…) Puis on a vu un pédopsy, qui le prend en individuel, ça a duré un quart d’heure, puis il nous reçoit et me regarde moi et me dit écoutez Madame, il faudra peut-être relativiser un petit peu, votre gamin parle très bien, tout va bien ! On en attendait beaucoup et rien, et là ça c’est arrêté, plus rien, et les problèmes continuaient à l’école. » ;

« Souvent au CMPP ça dure un an, et puis après on vous dit ça va bien et d’un coup tout s’arrête. Et puis au CMPP rien n’est coordonné il a eu trois psychomot’ différents. (…) On a aucun suivi nous parents, pareil on est là dans le couloir on attend, il vous disent qu’ils ont des réunions d’équipe, mais on n’a jamais de bilan concrets, on a jamais de compte-rendu. Vous n’êtes pas acteurs de la prise en charge ? Non, non !».

 Au regard des propos colligés, on peut aisément mesurer le degré de déconvenue des parents et leur désillusion au sortir des multiples confrontations avec les différents professionnels :

« Je suis beaucoup déçu par les professionnels, avant le médecin, le professionnel de santé, on mettait un peu sur un piédestal, enfin on avait confiance, maintenant, ça n’a plus aucune valeur pour moi. » ;

« Parce que dans le milieu médical, y’a vraiment des charlatans. Qui méconnaissent, et qui ne veulent pas se remettre en question et qui nous font croire des choses. » ;

« Notre enfant il a ramassé aussi, il en a vu des professionnels de santé qui n’ont pas toujours été très sympa avec, qui l’on malmené. L’orthophoniste, tout ce qu’elle m’a vomi comme méchancetés, c’était devant mon enfant, ben oui, il n’est pas con ! Et maintenant il met du temps à accorder sa confiance, c’est difficile.».

 En outre il s’avère, au travers des témoignages, que « la mise en route d’une activité d’évaluation dans le champ de l’autisme ne va pas de soi. » (Assouline 2010, p.647)

 A suivre


[1] Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques.(Code de l’action sociale et des familles - Article L246-1 2016)

conditions d'utilisation conditions d'utilisation
Mémoire de master Ronan Marteau Mémoire de master Ronan Marteau
16 septembre 2016

Expériences d'éducation sexuelle et de sensibilisation sexuelle chez les jeunes adultes avec TSA

Expériences d'éducation sexuelle et de sensibilisation sexuelle chez les jeunes adultes avec trouble du spectre de l'autisme

Traduction: G.M.
 
J Autism Dev Disord. 2016 Sep 13.
Experiences of Sex Education and Sexual Awareness in Young Adults with Autism Spectrum Disorder
Author information
  • 1Anglia Ruskin University, East Road, CB1 PT1, Cambridge, UK.
  • 2Anglia Ruskin University, East Road, CB1 PT1, Cambridge, UK. steven.stagg@anglia.ac.uk
Abstract
La recherche a étudié impressions concernant l'éducation sexuelle et la sensibilisation sexuelle chez les jeunes adultes avec troubles du spectre de l'autisme (TSA). Les données ont été générées à partir des connaissances sexuelles, des expériences, des sentiments et du questionnaire des besoins (McCabe et al., 1999), du questionnaire de sensibilisation sexuelle (Snell et al., 1991) et des entretiens semi-structurés. Vingt personnes  avec un développement typique et 20 personnes autistes ont participé. Les impressions envers l'éducation sexuelle ne différaient pas entre les groupes, mais les groupes différaient significativement sur les mesures de sensibilisation sexuelle. Les expériences négatives de l'éducation sexuelle et les questions de vulnérabilité, l'anxiété sociale et la sexualité confuse étaient des traits saillants des entretiens qualitatifs. Ce rapport suggère que le sexe ordinaire et l'éducation à la relation ne suffisent pas pour les personnes avec TSA, des méthodes et des programmes d'études spécifiques sont nécessaires pour répondre à leurs besoins.
The research investigated feelings towards sex education and sexual awareness in young adults with autism spectrum disorder (ASD). Data were generated from the sexual knowledge, experiences, feelings and needs questionnaire (McCabe et al. 1999), the sexual awareness questionnaire (Snell et al. 1991) and semi-structured interviews. Twenty typically developing and 20 ASD individuals participated. Feelings toward sex education did not differ between the groups, but the groups differed significantly on measures of sexual awareness. Negative experiences of sex education and issues of vulnerability, social anxiety, and confused sexuality were prominent features of the qualitative interviews. This report suggest that mainstream sex and relationship education is not sufficient for people with ASD, specific methods and curricular are necessary to match their needs.

9 septembre 2016

Autisme et psychiatrie : l'exemple du Centre douleur et soins somatiques de l'Essonne

article publié sur infirmiers.com

08.09.16Mise à jour le 09.09.16

Le Centre régional douleur et soins somatiques en santé mentale et autisme, attaché à l'établissement public de santé (EPS) Barthélemy Durand, spécialisé en psychiatrie, pourrait conduire à des déclinaisons dans chaque région de France, a expliqué le Dr Djéa Saravane, son chef de service.

Même si nos patients sont dyscommunicants, on prend le temps de leur expliquer tout ce qu'on fait, on les laisse s'adapter à l'environnement du centre", pointe le Dr Djéa Saravane.

La secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion, Ségolène Neuville, venue visiter le centre lors de son ouverture en 2013, souhaiterait créer d'autres centres sur son modèle dans chaque nouvelle région, mais sans la partie recherche. Je souhaite que le centre du Dr Saravane fasse des petits pour que, dans chaque région, on puisse trouver une consultation spécialisée de ce type, avait également déclaré Ségolène Neuville lors du congrès Autisme France, à Bordeaux, le 23 janvier. Nous serons le centre de référence national, en connexion avec ces centres régionaux, a résumé le Dr Djéa Saravane.

Le suivi somatique chez les patients atteints de troubles mentaux est un sujet majeur de santé publique, de nombreuses associations, dont l'Union nationale des amis et familles de malades psychiques (Unafam), le dénonçant comme "trop souvent négligé".

Le Centre régional douleur et soins somatiques en santé mentale et autisme a ouvert sur l'un des deux sites d'hospitalisation de l'EPS Barthélemy Durand, celui d'Etampes (le second se trouve à Sainte-Geneviève-des-Bois). Placé sous la responsabilité du Dr Djéa Saravane, il s'adresse à des personnes souffrant de pathologie mentale et atteintes de troubles envahissants du développement (TED) et d'autisme, enfants et adultes, hospitalisés ou suivis en ambulatoire à l'EPS Barthélemy Durand ou tout autre établissement de santé mentale d'Ile-de-France, ainsi qu'aux résidents des institutions médico-sociales, est-il précisé sur son site internet.

Une prise en charge globale pour les patients dyscommunicants

La prise en charge est un peu spécifique, elle concerne tous les patients avec un handicap psychique, l'autisme, et aussi les handicaps génétiques rares. Nous avons essentiellement des patients avec de gros troubles du comportement, majoritairement dyscommunicants, âgés de 2 à 78 ans. Notre prise en charge consiste à détecter et prendre en charge les pathologies organiques associées non traitées, et la douleur, qui sont chroniques, précise-t-il. Environ 300 patients ont été reçus en 2013, note-t-on. Les consultations sont uniquement externes. Elles peuvent durer jusqu'à deux heures. En règle générale, quatre patients y sont reçus par jour. Chaque consultation nécessite un médecin, et deux infirmières en permanence. A l'heure actuelle, nous tournons avec une PH [praticienne hospitalière] à temps plein, quatre postes infirmiers, une secrétaire médicale, une cadre de santé, et un ingénieur hospitalier pour la recherche, qui n'est pas médecin mais docteur en neurosciences. Un deuxième PH devrait être recruté l'année prochaine, a expliqué le chef de service du centre. Actuellement, je pense que ce centre est vraiment unique en France, dans le sens où nous avons une prise en charge globale de ces patients dyscommunicants. On a tous les critères de labellisation des centres de référence, comme le prévoit la circulaire DGOS du 22 juin 2012. On a donc déposé un dossier pour devenir le centre de référence national. Depuis juin 2016, nous faisons également des téléconsultations et téléexpertises, indique le Dr Djéa Saravane.

Le centre a aussi pour mission de diffuser de bonnes pratiques professionnelles dans tous les établissements hospitaliers et médico-sociaux, par le biais de l'élaboration de recommandations avec la Haute autorité de santé (HAS) notamment. Le centre était un axe des projets stratégiques de l'EPS Barthélémy Durand 2012-16, il a été créé grâce à ce projet médical, et labellisé par l'agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France. Il a pu être créé en 2013 grâce à une enveloppe de 400.000 euros, dans le cadre du Plan autisme, explique le responsable, également président de l'Association nationale pour la promotion des soins somatiques en santé mentale (ANP3SM).

Des consultations entièrement gratuites

Ce centre, c'est un vieux projet, que j'avais depuis plus de 20 ans, et que j'avais dû mettre de côté parce qu'aucun établissement n'était vraiment intéressé. Barthélémy Durand a décidé de prendre le problème du handicap à bras le corps. Le projet a été voté unanimement. Désormais, ça fonctionne et on commence même à être un peu surchargé, avec des délais de consultation qui s'allongent de plus en plus : on est arrivé à quatre ou cinq mois, commente le Dr Saravane. Nous avons donc demandé à l'ARS un complément budgétaire de 300.000 euros environ pour 2016, parce qu'on est en train de faire une extension du centre pour ouvrir une deuxième salle de consultation, ce qui nécessitera de nouveaux moyens humains. La salle est déjà équipée, mais je ne peux pas l'ouvrir tant que je n'ai pas les moyens humains, constate-t-il, avant d'indiquer attendre un retour courant septembre. Si on ouvre la deuxième salle de consultation, on arrivera à 800 consultations par an en 2017, espère le chef de service. Nous ne sommes pas tarifés à l'activité (T2A). Je l'ai demandé, et le ministère nous l'a accordé. Même si nos patients sont dyscommunicants, on prend le temps de leur expliquer tout ce qu'on fait, on les laisse s'adapter à l'environnement du centre, pointe le Dr Djéa Saravane. J'ai de la chance que ma direction me suive : je ne rapporte rien à l'hôpital, ma consultation est entièrement gratuite, tout est pris en charge à 100% sur la carte Vitale du patient. Pour le moment, je n'ai pas de moyens, donc la pharmacie centrale de l'hôpital me fournit ce dont j'ai besoin, mais je ne sais pas du tout comment facturer mes consultations, explique le Dr Saravane, qui compte se pencher prochainement sur le sujet avec l'ARS ou la direction générale de l'offre de soins (DGOS).

Une unité de recherche clinique

Le centre est également doté d'une unité de recherche clinique. Nous sommes membres de l'unité Inserm, et nous avons une convention de partenariat avec l'université de Sherbrooke au Canada, et l'université de Paris Sud, ce qui fait que de nombreux projets de recherche sont en cours actuellement, comme la mise en place d'une échelle d'hétéro évaluation de la douleur des patients dyscommunicants ou la perception de la douleur chez la personne autiste, détaille le responsable. En octobre 2015, l'EPS Barthélemy Durand indiquait s'être associé à la start-up Auticiel pour concevoir et développer une application numérique d'aide à l'expression de la douleur pour les patients dyscommuniquants rappelle-t-on. De gros travaux d'extension ont lieu actuellement sur le centre : de 200m2, il devrait passer à environ 330m2 au terme de quatre mois de travaux. L'extension accueillera les bureaux administratifs (bureau des médecins, salle de recherche, salle de réunion). Les travaux vont commencer mi-septembre, et devraient durer jusqu'à la fin 2016.

5 septembre 2016

Autisme : le zinc pourrait inverser le comportement d'un gène responsable de la maladie

article publié dans LA DEPECHE

Publié le 02/09/2016 à 17:32

Selon l'association de parents SOS Autisme, un nouveau-né sur 100 serait atteint de troubles du spectre de l'autisme (TSA) et

Selon l'association de parents SOS Autisme, un nouveau-né sur 100 serait atteint de troubles du spectre de l'autisme (TSA) et "650.000 personnes, dont 250.000 enfants", seraient concernées en France.

D'après une nouvelle étude néo-zélandaise, le zinc, cet oligo-élément essentiel à la croissance des enfants, pourrait faciliter les échanges neuronaux déficients en cas d'autisme en inversant l'expression d'un gène, le plus sévèrement touché par la maladie.


La carence en zinc chez les enfants autistes a été mise en évidence en 2013 par des chercheurs japonais. D'autres travaux ont également démontré que la carence en zinc dans la petite enfance provoquait des troubles de déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH), des caractéristiques que l'on retrouve chez les enfants autistes.

Le zinc est un oligo-élément essentiel pour la synthèse de l'ADN et des protéines. C'est pourquoi une carence pourrait affecter l'expression des gènes. Par ailleurs, le zinc est aussi nécessaire aux mécanismes permettant aux cellules de se multiplier et donc à la croissance et à la réparation des tissus. C'est pourquoi les jeunes enfants ont besoin de grandes quantités de zinc pour bien grandir et se développer.

Des chercheurs néo-zélandais ont, cette fois-ci, constaté chez l'animal la capacité du zinc à inverser les déficits de communication entre les cellules du cerveau, propre à l'autisme.

Concrètement, c'est au niveau d'un gène- appelé Shank 3-impliqué dans les troubles du comportement et la schizophrénie- que les modifications ont été constatées. D'habitude, l'interaction entre les neurones se trouve affaiblie par les modifications génétiques causées par l'autisme. Le zinc renverse ce processus en facilitant les échanges neuronaux au niveau du gène Shank 3.

En 2014, des chercheurs de l'institut Pasteur ont découvert que les mutations affectant le gène Shank3 étaient les plus sévères et concerneraient plus d'un enfant sur 50 avec autisme et déficience intellectuelle.

D'après les scientifiques, ces résultats suggèrent que "des facteurs environnementaux et des apports en zinc plus importants pourraient changer le système de signaux de ce gène et réduire son action dans le cerveau".

Cette nouvelle piste fera donc prochainement l'objet d'une application directe en proposant aux enfants malades en bas âge un régime alimentaire riche en zinc pour voir si cet apport peut prévenir et arrêter le développement de la maladie.

À l'état naturel, le zinc se trouve à des doses intéressantes dans les huîtres, le foie de veau, la viande de boeuf, les lentilles, le jaune d'oeuf, le pain complet, les flocons d'avoine et le hareng.

L'autisme est un trouble du développement neurologique qui apparaît avant l'âge de trois ans. Il se caractérise par un handicap dans la communication sociale, ainsi que par des intérêts restreints et répétitifs invalidants. Les manifestations cliniques sont très différentes d'un patient à l'autre.

Selon l'association de parents SOS Autisme, un nouveau-né sur 100 serait atteint de troubles du spectre de l'autisme (TSA) et "650.000 personnes, dont 250.000 enfants", seraient concernées en France.

Ces travaux ont été publiés dans le Journal of Neuroscience.

Pour consulter l'étude : http://www.jneurosci.org/content/36/35/9124.short?sid=231a18f7-8ca3-44d3-afa7-092f0dba3dcc

 

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