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1 septembre 2016

L'autisme handicapé par son diagnostic

article publié dans L'imprévu

On les dit « dans leurs bulles » quand ils ne sont pas « dans la Lune ». Cette vision poétique et sans nuance de l’autisme, partagée par le grand public mais aussi certains médecins, a des conséquences sur les jeunes patients. Entre diagnostic trop tardif et solutions pas toujours adaptées à une prise en charge efficace, la France accuse un retard considérable en la matière.

31.08.2016 par Anne-Laure de Chalup
10 min
Faute de diagnostic, les familles se retrouvent dans le flou. (Illustration CC BY Surian Soosay) Faute de diagnostic, les familles se retrouvent dans le flou. (Illustration CC BY Surian Soosay)

Dans la rue, ils passent inaperçus, aucun signe physique ne trahit le trouble neurologique du développement dont ils sont atteints. Ils seraient près de 600 000 en France, mais les chiffres sont à prendre avec des pincettes tant le diagnostic est encore délicat à poser et les causes des troubles du spectre autistique encore méconnues. Qu’il s’agisse de syndromes d’Asperger ou de Rett, les différents types d’autisme se caractérisent par des difficultés dans les interactions sociales, la communication et le comportement. Une réalité plus complexe que l’image donnée par des films comme Rain man. En 2012, la France a décidé de briser les tabous et a fait de l’autisme une « grande cause nationale ». Une mesure symbolique suivie l’année suivante d’un vaste plan de lutte, le troisième, à l’échelle du pays.

Et cette fois, Anne-Marie de Belleville, pédiatre et référente autisme au sein de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Aquitaine, l’assure : pour la première fois, les objectifs ont été clairement définis. Ils tournent autour de cinq axes : soutien aux familles, accompagnement, recherche, formation et diagnostic. « Les autres plans n’étaient pas aussi tranchés dans leur volonté d’avancer », se satisfait cette conseillère médicale.

Un diagnostic tardif

Le diagnostic, souvent tardif, pose bien des problèmes. C’est avant les deux ans de l’enfant qu’il faut agir : après, le cerveau perd de sa plasticité et donc sa malléabilité. Avant 18 mois, les neurones se connectent entre eux et des évolutions majeures sont encore possibles, en matière de psychomotricité, mais pas seulement. Gloria Laxer, orthophoniste et directrice de recherche à l’Université de Lyon II, assure qu’il est possible de « démutiser », c’est-à-dire de redonner la parole à un enfant mutique à 8-10 mois, pas après. Le diagnostic de l’autisme doit donc être précoce, à l’âge où les enfants sont encore suivis par leurs pédiatres. C’était l’un des engagements du plan autisme. Problème, ces acteurs de premier plan n’ont pas été formés au diagnostic de l’autisme.

Le grand public connaît encore très mal l'autisme. (Illustration CC BY Surian Soosay)Le grand public connaît encore très mal l'autisme. (Illustration CC BY Surian Soosay)

C’est ainsi que Jacky Gratecap, président de l’association de parents d’enfants atteints d’autisme Lo Camin, et son épouse se sont entendus dire à la fin des années 1990 que tout allait bien alors que les colères de leur fille Clémentine n’avaient rien d’habituel. Un cas parmi tant d’autres, conséquence de l’absence de mention de l’autisme dans les cursus de médecine. Le troisième plan autisme prévoyait en 2013 de former 5 000 professionnels du secteur médico-social. Des modules spécifiques sur l’autisme ont été créés, mais ils ne s’adressent qu’aux professionnels sur la base du volontariat.

Une formation des médecins à repenser

Les médecins du monde entier ont longtemps pensé que l’autisme relevait de la psychose et qu’il fallait en chercher les causes dans la relation parents – enfants. Selon cette conception, les blocages mentaux des enfants autistes seraient liés à des peurs ou des traumatismes, qu’il faut dépasser par la psychanalyse. À savoir faire parler le patient ou observer son comportement. Conception abandonnée par la communauté internationale à l’exception de l’Argentine et de la France.

La formation universitaire obligatoire évoque certains troubles autistiques, avec une approche largement imprégnée par la culture psychanalytique. Une situation que Danièle Langloys, présidente d’Autisme France, juge très sévèrement : « on dit qu’il faut attendre que les mentalités changent, c’est scandaleux, un enfant n’a qu’une seule fois 1 an ou 2 ans. »

Diagnostiquer l'autisme, un enjeu aussi pour les parents. (Illustration CC BY Surian Soosay)Diagnostiquer l'autisme, un enjeu aussi pour les parents. (Illustration CC BY Surian Soosay)

Le terme « psychose infantile » est encore quelquefois employé au sujet des troubles du spectre autistique et des méthodes controversées continuent d’être enseignées dans les facultés de médecine. Mais une volonté de réforme a été émise par Ségolène Neuville, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Au sujet du plan autisme, elle déclarait en 2015 : « Je le redis devant vous : il est inacceptable que des contenus pour le moins obsolètes et contraires aux connaissances scientifiques soient encore délivrés. »

"Si je vous parle d’autisme, qu’est ce que ça va changer ?"

Jacky Gratecap se remémore les années « perdues » à arpenter un hôpital de jour de tradition lacanienne. Sa fille Clémentine, autiste, a tardé à être diagnostiquée comme telle. « Le personnel l’observait, il n’y avait aucune stimulation cognitive. » Le père de famille se souvient d’un psychiatre lui demandant, incongru : « si je vous parle d’autisme, qu’est ce que ça va changer ? » Pour certains professionnels, il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre que l’enfant dépasse de lui-même les blocages qui le freinent. À leurs yeux, les parents doivent être exclus du processus. Refus d’un diagnostic clair et établi, aussi. « C’était terrible, mais il n’y avait rien d’autre à l’époque » raconte le père de Clémentine, véritablement diagnostiquée autiste à 12 ans, en 2007 dans un centre de ressources autisme (CRA).

Un espoir pour les familles

Ces établissements publics ont été impulsés par Simone Veil en 1995. Quatorze ans après, la France comptait 24 CRA. Ils tendent aujourd’hui à devenir les lieux de référence en matière d’autisme, se démarquant par la pluridisciplinarité de leurs membres. S’y côtoient en effet des pédopsychiatres, psychomotriciens, orthophonistes, psychologues et documentalistes. Ils réalisent ensemble les nombreux tests cliniques – entretiens avec les parents et observations des enfants – utiles au diagnostic. Ils assurent également une fonction d’accompagnement des familles et de formations des aidants et professionnels de première ligne, comme les médecins de famille.

Un but commun à tous les CRA, mais des modalités de fonctionnement différentes : les équipes sont formées de spécialistes de différentes branches et les approches varient. Modalités qu’a promis d’harmoniser le 3e plan autisme, lequel est mis en branle par des agents de terrain comme l’ARS qui transmettent annuellement leur bilan à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Leur priorité, comme le rappelle Anne-Marie de Belleville de l’ARS, est de « veiller au respect des recommandations de bonnes pratiques de la HAS et de l’Anesm ». Avec ce guide, une distance est, pour la première fois établie avec l’approche psychanalytique de l’autisme. Une avancée majeure pour Anne-Marie de Belleville. Auparavant, « on était encore à cheval entre l’ancien modèle et le nouveau », souligne-t-elle. En dépit de ces mesures d’harmonisation, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a cette année encore pointé du doigt les disparités régnant entre les différents CRA, l’un des principaux déséquilibres territoriaux concerne le délai de diagnostic.

Plus d'un an d'attente pour un diagnostic

Dans ce guide de bonnes pratiques à destination des professionnels de santé est précisé que le « temps d’attente pour réaliser une évaluation ne devrait pas dépasser 3 mois ». La durée moyenne est aujourd’hui de 387 jours, soit plus d’un an, d’après l’enquête de l’IGAS. Alors que les parents suspectant des troubles du spectre autistique chez leurs enfants se tournent de plus en plus vers ces centres ressources, le nombre de professionnels médicaux, quant à lui, n’augmente pas ou peu et de manière inégale à l’échelle du territoire.

Plusieurs facteurs expliqueraient cette situation selon Gloria Laxer, orthophoniste et auteure de plusieurs ouvrages sur les troubles du développement. Le premier serait, selon elle, le numerus clausus : le quota qui limite le nombre d’étudiants en médecine. Seuls 19 % des étudiants parviennent à intégrer la deuxième année de médecine, le début du cursus étant particulièrement sélectif. Un écrémage qui se répercute naturellement sur le nombre de médecins spécialistes obtenant leurs diplômes. Le nombre de places en deuxième année de médecine a cependant été revu à la hausse dans certaines régions à la rentrée 2016. Une hausse de 136 places seulement qui ne portera pas ses fruits avant que soit diplômée cette nouvelle génération d’étudiants.

Diagnostiquer l'autisme signifie avoir des praticiens formés pour le faire (Illustration CC BY Surian Soosay)Diagnostiquer l'autisme signifie avoir des praticiens formés pour le faire (Illustration CC BY Surian Soosay)
"Le pire ce n’est pas l’ignorance, c’est le refus de connaître"

La solution pourrait être de se tourner vers le réseau de psychologues français, mais là aussi, les demandes sont immenses et en constante augmentation. « Il y a de plus en plus de psychoses adolescentes à prendre en charge, la drogue n’y est pas pour rien », analyse Gloria Laxer, « et puis, le recours à des cellules psychologiques se multiplie également en ce moment », conclut-elle.
Face à cette pénurie, les CRA proposent des formations, aussi bien aux professionnels du secteur médico-social qu’aux familles. Une plateforme à destination des aidants a aussi été lancée sur Internet. Sous forme ludique, le site TSARA propose aux familles un jeu de rôle. Chaque situation du quotidien donne lieu à un questionnement sur la bonne pratique à adopter.

Des solutions efficaces, mais qui surviennent tard dans le processus de diagnostic. Quand les parents arrivent aux CRA, l’errance diagnostique dénoncée par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) touche à sa fin. C’est le chemin vers ces centres ressources qui doit être dégagé. Or, les médecins ne disposent aujourd’hui pas de tous les outils pour assurer ce rôle de guide et la remise en cause est difficile. Preuve qu’en France, comme le disait Jean-Claude Ameisen, le président du CCNE, cité dans Télérama « le pire ce n’est pas l’ignorance, c’est le refus de connaître ».

Le défi de la sensibilisation

Reste une nécessaire sensibilisation. Avec des spots appelant à « porter un regard juste » sur l’autisme, diffusés notamment dans les cinémas, le gouvernement a offert à l’autisme la médiatisation dont la maladie manquait. Une première qu’il faudra nécessairement renouveler pour que les mentalités changent. Danielle Langloys, d’Autisme France, confirme que la France est à la traîne : « À Montréal, la population est complètement habituée, mon fils a été identifié comme autiste sans problème. Au restaurant, on m’a demandé si je souhaitais un repas particulier pour lui, car les autistes souffrent souvent des troubles intestinaux. »

L’ARS d’Aquitaine a par exemple initié une campagne de sensibilisation sous forme d’affiches et de plaquettes visibles chez les médecins généralistes et les centres de Protection maternelle et infantile (PMI). Une mesure simple visant à aider le grand public à identifier les signes de l’autisme, exigée depuis longtemps par les associations, mais qui tarde à se mettre en place. À Bordeaux, « les plaquettes sont prêtes », assure Julie Dutauzia de l’ARS d’Aquitaine. « Mais nous souhaitions y ajouter une liste de professionnels compétents en matière d’autisme, le recensement a pris du temps », poursuit-elle. Le pédiatre Michel Gilot milite quant à lui pour une refonte du carnet de santé. Regrouper les signes alarmants (comme l’absence de regard dans les yeux, les colères pour des changements mineurs ou l’absence de communication) et prévoir un point d’étape à 18 mois est plus qu’urgent pour ce spécialiste de la petite enfance. « Dans le carnet de santé, rien n’est prévu pour inciter les médecins à repérer un trouble du développement à 18 mois », déplore-t-il. Entre 2005 et 2017, la France aura mis en œuvre 3 plans autisme. 12 années qui n’auront pas suffit pour lever les verrous.

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29 août 2016

Autisme, la thérapie précoce qui change la donne

article publié dans LE TEMPS.ch

thérapie précoce

Une des stratégies de l'Early Start Denver Model consiste à susciter et renforcer les comportements sociaux de l'enfant autiste, comme le fait ce père auprès de son fils à l'Université Davis en Californie, d'où est parti ce programme.

 

Sandrine Cabut (Le Monde)
Publié jeudi 15 octobre 2015 à 09:15, modifié jeudi 15 octobre 2015 à 12:53.

 

Un programme de prise en charge précoce des troubles du spectre autistique obtient d'encourageants résultats auprès des plus jeunes patients. Genève en est une des pionnières européennes

Pong, pong. Dans une petite pièce au décor dépouillé, un enfant et une jeune femme se lancent un ballon de baudruche. Au bout de quelques passes, Jules (son prénom a été changé), 2 ans et demi, part dans un coin. «Fini», bredouille-t-il. Immédiatement, Carolina, l’adulte, range le ballon et lui propose un livre. Puis un puzzle. Sans succès. Alors elle embraye, se dissimule sous une couverture. Jules vient la chercher. D’une voix enjouée, la jeune femme l’incite à se cacher à son tour. Pas de réaction. Alliant le geste à la parole, elle tente «la petite bête qui monte».

Dès qu’un enfant émet un comportement social, on le renforce. Et dans cette démarche, trouver son sourire est un élément essentiel

Cette fois, l’enfant sourit, son regard s’éclaire. Elle recommence encore et encore. Jules éclate de rire, cherche le contact physique avec Carolina. Un joli moment de complicité, mais pas seulement. «C’est une RSS, une routine ­sociale sensorielle, et c’est exactement ce que nous cherchons à obtenir, explique la jeune femme. Dès qu’un enfant émet un comportement social, on le renforce. Et dans cette démarche, trouver son sourire est un élément essentiel.»

Carolina Villiot est psychologue. Jules, atteint d’autisme. Depuis près d’un an, ce petit bonhomme vient ainsi passer cinq demi-journées par semaine au Centre d’intervention précoce en autisme (CIPA), en plein centre de Genève. Il participe à un programme de prise en charge précoce et intensive de l’autisme né il y a un peu plus de cinq ans aux Etats-Unis et en plein essor dans le monde : l’Early Start Denver Model (ESDM).

Obtenir des résultats moins «robotiques»

En pratique, tout est très codifié, à commencer par la formation et la certification des intervenants, dispensée par le Mind Institute de l’Université Davis (Californie), à l’origine de cette approche destinée aux enfants de 1 à 3 ans. L’ESDM est programmé sur une durée de deux ans, à raison de quinze à dix-huit heures par semaine, principalement sous forme de séances individuelles.

Lire aussi: Les antidépresseurs pendant la grossesse augmenteraient de 87% le risque d’autisme

«Tous les trois mois, en présence des parents, nous réalisons une évaluation très complète des forces et des faiblesses du patient, précise Hilary Wood, psychologue responsable du programme à Genève. Puis nous définissons ensemble une vingtaine d’objectifs, portant par exemple sur les interactions sociales, les comportements d’imitation, la motricité globale, l’autonomie… Pour chacun, nous détaillons des étapes intermédiaires, avec des paliers de quinze jours. C’est une approche chaleureuse, qui donne des résultats naturels, moins “robotiques” que les autres méthodes. Mais tout ce que l’on fait est quantifié, avec des données rigoureuses.»

«Pendant les séances, on joue et dès que c’est possible, on inclut un objectif. Au fur et à mesure, on coche les items réussis et on note les observations sur nos fiches. Les interventions peuvent être filmées», ajoute Carolina Villiot.

C’est une approche chaleureuse, qui donne des résultats naturels, moins “robotiques” que les autres méthodes

Dans la floraison de méthodes comportementales, développementales et éducatives proposées dans les troubles du spectre autistique – qui touchent désormais plus d’un enfant sur cent –, rarement une approche a suscité une telle vague d’enthousiasme chez les spécialistes hospitalo-universitaires. C’est en janvier 2010 que Sally Rogers et Geraldine Dawson, les deux psychologues américaines qui ont conçu cette thérapie, publient leur première étude, randomisée, dans la revue Pediatrics. Parmi 48 jeunes patients, âgés de 18 mois à 30 mois, la moitié sont pris en charge par ESDM, les autres ont un suivi classique dans des centres médico-sociaux. Au bout de deux ans, le niveau de langage, les comportements sociaux et le QI sont significativement améliorés dans le groupe ESDM, comparativement au groupe contrôle. Et les scores d’autisme ont diminué, de façon plus ou moins marquée selon les enfants.

Un travail issu du «modèle de Denver»

L’ESDM est en fait issu du modèle de Denver, mis au point dans les années 1980, notamment par Sally Rogers, pour des autistes de 2 à 5 ans. Son principe fondateur était d’élaborer des relations proches avec ces enfants, pour développer les habiletés sociales et communicatives leur faisant défaut. La version «early start» emprunte aussi à des méthodes d’apprentissage comme l’ABA (analyse appliquée du comportement). En juin, la même équipe a publié un nouvel article scientifique, montrant que les bons résultats de l’ESDM se maintiennent deux ans après la fin de la prise en charge. Deux des enfants n’ont d’ailleurs plus les critères de l’autisme, ce qui n’a pas été retrouvé dans le groupe contrôle, soulignent les auteurs.

Aucun spécialiste ne se risque à employer le terme de guérison, gardant la prudence de mise face à une méthode récente et qui n’a été évaluée que sur un nombre encore modeste de patients. Mais beaucoup se disent impressionnés par les publications de Rogers et Dawson, et leurs présentations dans les congrès internationaux.

«On sait depuis les années 1990 qu’une intervention précoce est favorable dans les troubles autistiques, mais il n’y avait pas de méthode aussi structurée que l’ESDM. Les résultats sont inédits en termes de communication et surtout de socialisation, et ces petits patients peuvent gagner jusqu’à 20 points de QI», souligne ainsi le professeur Stephan Eliez (directeur de l’Office médico-pédagogique à Genève), l’un des pionniers de l’ESDM dans les pays francophones.

Une Suissesse formée aux Etats-Unis

En 2009, ­séduit par une communication de Sally Rogers, le pédopsychiatre suisse a ­envoyé une de ses psychologues se former aux Etats-Unis. Puis il a convaincu les autorités suisses de miser sur cette ­approche, et d’autoriser une étude pilote. Stephan Eliez a également créé une ­fondation, Pôle Autisme, pour soutenir financièrement le projet. Fin 2010, un premier centre a ouvert ses portes à ­Genève, pour accueillir six patients ; puis un deuxième en 2014, avec la même capacité. La Suisse dispose aujourd’hui de six centres nationaux agréés avec des intervenants formés à l’ESDM.

Lire aussi: Qui peut dire le destin d’un enfant handicapé?

Le nombre de places va encore augmenter, prévoit Stephan Eliez, qui n’en revient pas de ses résultats préliminaires. « Parmi nos cinq premiers enfants pris en charge, quatre ont rejoint un cursus scolaire ordinaire, alors qu’ils étaient au départ non verbaux et avec un score d’autisme élevé. Habituellement, avec un tel profil, seulement un sur quatre intègre une école maternelle », se réjouit le spécialiste. Une étude de plus grande ampleur (180 patients) est en cours, en collaboration avec d’autres centres européens, et notamment français.

« Ce qui est essentiel et unique dans ­notre organisation, c’est le dialogue ­constant entre le dispositif de soins et la dynamique de recherche », souligne ­Stephan Eliez. De fait, les deux centres d’ESDM genevois sont adossés à un programme de recherche et à une consultation spécialisée, qui permet de recruter les jeunes patients. «La question du repérage précoce se pose différemment en population générale et dans les familles à risque, note-t-il. En population générale, les premiers signes évocateurs d’autisme – difficultés de communication et des interactions sociales – apparaissent au plus tôt à 12 mois, et la plupart du temps vers 18 mois. D’où l’importance de sensibiliser les pédiatres et les crèches, pour qu’en cas de doute ils nous adressent rapidement ces enfants, en sachant que l’on peut leur proposer une intervention.» L’idéal, selon lui, est de la démarrer avant 2 ans, quand la plasticité cérébrale est maximale. «Dans les familles où il y a déjà des cas d’autisme, le repérage peut être effectué encore plus tôt, entre 6 mois et 12 mois, et l’ESDM ­débutée dès 1 an», poursuit M. Eliez.

«Eye-tracking»

Pour poser le diagnostic, et suivre concrètement les progrès des patients pendant leur thérapie, l’équipe genevoise a recours à des examens comme l’«eye-tracking», qui mesure la motivation sociale. « Pendant que des scènes sont projetées sur un écran d’ordinateur, un récepteur infrarouge capte sur le reflet de la cornée la zone précise que regarde l’enfant. On peut ainsi observer et quantifier ses préférences pour des personnages ou des objets», explique le docteur Marie Schaer (universités de Genève et de Stanford).

Ce qui est essentiel et unique dans ­notre organisation, c’est le dialogue ­constant entre le dispositif de soins et la dynamique de recherche

Au-delà du suivi individuel, elle constitue une cohorte à laquelle participent déjà une cinquantaine de jeunes autistes, quelques frères et sœurs de ces derniers, et 30 enfants atteints d’autres troubles du développement. Pendant douze ans, ils seront suivis régulièrement, avec des tests cliniques et tout une batterie d’examens : eye-tracking, électroencéphalogramme à haute résolution, tests épigénétiques…

«L’hypothèse que nous explorons est celle d’un déficit de la motivation sociale, qui entraîne une privation d’expériences sociales, d’où un défaut d’apprentissage dans ce domaine et finalement une atteinte des régions cérébrales impliquées dans le traitement des informations sociales, détaille Marie Schaer. Grâce à cette cohorte, nous espérons élucider les origines de ce manque de motivation sociale ; comprendre à quel niveau de la cascade agit l’ESDM ; et identifier les petits patients qui ont le plus de chances d’en bénéficier.»

«Un fort investissement humain»

« Formellement, le diagnostic d’autisme ne peut être porté avant 36 mois, car cela nécessite une stabilité des symptômes, tempère le professeur Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré (AP-HP), à Paris. Or, l’évolution est très variable. Certains ­enfants ont des troubles évocateurs vers 18 mois qui peuvent s’amender quelques mois plus tard. Même parmi les cas les plus sévères, 10 % évoluent spontanément vers la normalité. » En outre, poursuit-il, « les stratégies d’intervention précoce intensives comme l’ESDM nécessitent un fort ­investissement humain. Quant aux méthodes plus souples, leurs bénéfices sont difficiles à mettre en évidence. Ainsi, une étude internationale – publiée en 2015 dans The Lancet – n’a pas pu démontrer qu’une prise en charge avant 1 an des bébés à haut risque, par simple guidance parentale, prévient l’autisme ».

En ce qui concerne l’ESDM, Stephan Eliez et ses collaborateurs insistent en tout cas sur le rôle crucial des parents. «Le partenariat avec eux est l’une des valeurs primordiales. Il faut leur donner des outils, car nous, professionnels, ne sommes que de passage», soutient Carolina Villiot.

«J’ai des rapports constants avec l’équipe, de visu et au téléphone. On se sent soutenus moralement, et plus aptes à aider notre enfant », confirme de son côté Lucia, maman d’un garçon autiste de 5 ans suivi à Genève. Une perception d’autant plus rassurante que la famille a traversé une rude épreuve. «A 2 ans, mon fils ne prononçait pas trois mots. Je ne pouvais pas entrer en contact avec lui. Il avait une alimentation restreinte, et le bruit le dérangeait, se souvient Lucia. La première équipe que j’ai vue ne nous a proposé qu’une heure de musicothérapie hebdomadaire. Ici, il a été pris en charge dix-huit heures par semaine. L’autisme est un marathon, mais grâce à cela nous avons passé une étape. Aujourd’hui, mon fils va à l’école avec un accompagnant, il parle, mange presque seul et de tout. On peut même ­recommencer à sortir, à voir des amis.»

Face à un coût de 70 000 francs par an, la recherche d'alternatives

Face au coût élevé de l’ESDM (environ 70 000 francs par an et par patient en Suisse), qui limite sa diffusion, l’équipe de Stephan Eliez envisage des modèles alternatifs, avec une participation encore plus active des familles, préalablement formées. C’est aussi le cas à Lyon. «Nous prenons en charge douze patients en ESDM, douze heures par semaine, grâce à un financement de l’Agence régionale de santé, mais il faudrait trois fois plus de places, explique Marie-Maude Geoffray (hôpital du Vinatier, à Bron, près de Lyon), première professionnelle en France à être allée se former aux Etats-Unis pour dispenser l’enseignement aux familles. Du coup, nous développons – avec les moyens existants – et évaluons des formations auprès des parents (douze sessions d’une heure et demie), pour qu’ils puissent intervenir le plus tôt possible auprès de leur très jeune enfant.» Et la pédopsychiatre d’insister : «Les parents peuvent améliorer le développement de leur enfant, en utilisant les principes de l’ESDM dans les activités du quotidien, ou sous forme de séances. La formation doit être pratique, en présence du petit patient, et individualisée.»

Première à avoir expérimenté le modèle ESDM en France, à partir de 2010, le professeur Bernadette Rogé (Toulouse) s’engage dans la formation des professionnels, pour mieux diffuser cette approche dans notre pays. «Je suis assaillie de demandes», souligne la psychologue, qui a par ailleurs assuré la traduction française des deux manuels de Rogers et Dawson, l’un destiné aux professionnels (L’Intervention précoce en autisme, Dunod, 2013), l’autre aux familles (à paraître en 2016). Mais, en dépit de l’expertise de l’équipe toulousaine, les moyens manquent encore pour les prises en charge des petits patients. Pourtant, plaide Bernadette Rogé, «aujourd’hui, la question principale n’est plus celle de l’efficacité de l’ESDM, spectaculaire dans certains cas, mais celle des modalités d’application».

Lire aussi: Quand le génie et le handicap se tutoient à la tête des entreprises

19 août 2016

Autisme : Appel à projets de recherche ...

 

Appel à projets 2016 Autisme - session 3 | GIS-IReSP

L'IReSP lance la troisième session de l'appel à projets de recherche (AAP) Autisme, financé par la CNSA dans le cadre du troisième Plan autisme (2013-2017), qui fait du développement de la recherche en sciences humaines et sociales spécifiquement consacrée aux troubles du spectre de l'autisme (TSA) une de ses quatre priorités de recherche (Mesure 28 du plan autisme 2013-2017).

http://www.iresp.net

 

19 août 2016

Un accouchement provoqué n'augmente pas le risque d'autisme

article publié dans LA PRESSE.CA

Publié le 17 août 2016 à 09h20 | Mis à jour le 17 août 2016 à 09h20

Le risque qu'un bébé soit autiste n'augmente pas... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE)

Le risque qu'un bébé soit autiste n'augmente pas si l'accouchement a été provoqué avec un médicament, a conclu une étude publiée en juillet dans la revue JAMA Pediatrics.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Provoquer un accouchement avec un médicament n'augmente pas le risque que le bébé soit autiste, contrairement à ce qu'affirmait il y a trois ans une importante étude américaine. Telle est la conclusion d'une nouvelle étude, tirée de données suédoises, qui a trouvé une manière originale de départager la génétique de l'ocytocine, le médicament couramment utilisé pour provoquer le travail.

«Après l'étude de la Caroline du Nord, nous nous sommes demandé s'il pouvait y avoir un effet génétique ou de l'environnement, explique Anna Sara Oberg, épidémiologiste à l'Université Harvard, qui est l'auteure principale de l'étude publiée en juillet dans la revue JAMA Pediatrics. Heureusement, nous avons accès à des données suédoises qui permettent beaucoup de croisements.»

L'étude de la Caroline du Nord, publiée elle aussi dans le JAMA Pediatrics, avait examiné les dossiers de 650 000 enfants nés entre 1990 et 1997. Elle avait conclu qu'un accouchement provoqué augmentait de 27 % le risque d'autisme.

Celle de Mme Oberg a examiné les dossiers de 1,4 million d'enfants nés en Suède entre 1992 et 2005. Un accouchement provoqué augmentait aussi le risque d'autisme. Mais quand l'analyse était restreinte aux bébés cousins, le risque diminuait. Quand les chercheurs de Harvard n'examinaient que les dossiers des frères et soeurs, un accouchement provoqué n'augmentait plus du tout le risque d'autisme.

«Il semble qu'il y a quelque chose dans la génétique des parents qui mène à la fois à un accouchement provoqué et à l'autisme.»

Clinique de fertilité et déficience intellectuelle

L'équipe de Harvard veut maintenant s'attaquer à une autre étude du même genre, qui avait conclu en 2013 que les couples qui ont des enfants après des traitements dans une clinique de fertilité ont 18 % plus de risque d'avoir un bébé souffrant de déficience intellectuelle. «L'étude de 2013 de Sandin utilisait aussi des données scandinaves, dit Mme Oberg. Nous pensons qu'il devrait être possible d'analyser de nouveau les données pour comparer les enfants d'une même fratrie, comme nous l'avons fait.»

Dans un éditorial accompagnant l'étude de Mme Oberg, un pédiatre de l'Université d'État de l'Ohio, Daniel Coury, a souligné que même si le risque de déficience intellectuelle associé aux cliniques de fertilité s'avérait malgré une réanalyse en tenant compte de la fratrie, le risque demeure faible. 

«Pour les 60 000 enfants nés aux États-Unis de cette manière chaque année, on parle de 1416 enfants avec une déficience intellectuelle plutôt que 1200, dit le Dr Coury en entrevue. Quand on dit aux parents que le risque de déficience intellectuelle ou d'autisme augmente de 20 % ou 30 %, ils s'inquiètent. Je pense qu'il vaudrait mieux leur faire valoir que le risque augmente de 1,5 % à 1,8 % pour l'autisme, ou de 2 % à 2,4 % pour la déficience intellectuelle. Ça permettrait aux parents de prendre des décisions plus éclairées.»

L'avantage scandinave

Plusieurs grandes études épidémiologiques utilisent des données scandinaves. La raison est simple: dans ces pays nordiques, les chercheurs peuvent souvent accéder à des bases de données centralisées combinant des données médicales parents-enfants ainsi que des ministères de l'Éducation et de l'Emploi. «Je ne pense pas qu'il serait possible avec les cohortes américaines d'identifier de cette manière les enfants d'une même mère comme nous l'avons fait», dit Anna Sara Oberg. Y a-t-il trop de protection des données aux États-Unis et au Canada? «C'est assez délicat pour moi, mais j'aurais tendance à dire que oui, dit-elle. Mes recherches sont grandement facilitées par cet accès aux données, par cette confiance qu'ont les Scandinaves envers la sécurité de leurs bases de données publiques. Il est frustrant de voir combien l'absence d'une telle confiance complique la recherche ici.»

«En chiffres

11 % des accouchements en Suède entre 1992 et 2005 ont été provoqués

10 % des accouchements aux États-Unis en 1990 ont été provoqués

23 % des accouchements aux États-Unis en 2012 ont été provoqués

7 % des accouchements à 35 semaines de gestation aux États-Unis en 2012 ont été provoqués.

33 % des accouchements à plus de 42 semaines de gestation aux États-Unis en 2012 ont été provoqués

Sources : CDC, JAMA Pediatrics»

18 août 2016

Le cognitif quèsaco ? Par Franck Ramus

mercredi 17 août 2016

De nos jours, le mot « cognitif » est sur toutes les lèvres, soit pour s’en réclamer, soit pour s’en distancier (à tort ou à raison). Le problème est que le mot « cognitif » prend souvent des sens différents en fonction de la personne qui les utilise. Notamment, le mot « cognitif » est souvent utilisé en opposition à d’autres termes, comme : comportemental, perceptif, émotionnel, clinique, subjectif, psychique, mental… Ces oppositions ont, certes, des racines historiques, mais sont-elles encore bien fondées ?

Dans les sections qui suivent, j’explique chacune de ces oppositions, son origine, et son bien-fondé actuel. Mais commençons par quelques définitions.


Définitions

Les sciences cognitives ont pour hypothèse de travail que tout ce qui passe dans la tête des êtres humains (et des autres animaux) consiste en des représentations porteuses d’information, et des opérations sur ces représentations (du traitement de l’information).

Les représentations cognitives (aussi appelées représentations mentales) peuvent être des représentations du monde extérieur (notamment les perceptions, les plans d’actions) ou du monde intérieur (ressenti subjectif, méta-cognition). Elles peuvent être verbales (parole ou pensée) ou non verbales (visuelles, sonores, spatiales, sensori-motrices, émotionnelles, affectives, abstraites). Elles peuvent concerner le présent, le passé (souvenirs), ou ni l’un ni l’autre (imagination). Des représentations peuvent être qualifiées de « cognitives » ou de « mentales » dès lors qu’elles sont stockées dans un cerveau, contrairement à une photographie, qui est une représentation d’une scène visuelle sur du papier ou sur un écran, ou à un disque, qui est une représentation d’une scène sonore codée sur un support physique.

Les processus (ou traitements, ou calculs, ou opérations) cognitifs sont tous les mécanismes par lesquels les représentations mentales sont fabriquées, reliées les unes aux autres, ou converties les unes en les autres. Par exemple les mécanismes qui conduisent de l’image d’un chien sur la rétine, au concept de chien, puis au mot « chien » que l’on peut prononcer. Ou les mécanismes qui conduisent de la perception d’un stimulus effrayant (ou du souvenir de sa perception passée, ou de l’imagination de sa perception éventuelle) à un ressenti subjectif particulier, par exemple la peur, et aux réactions comportementales associées.

La cognition est l’ensemble de nos représentations mentales et des processus opérant sur ces représentations (conscientes ou non-conscientes).

L’adjectif « cognitif » peut qualifier toute représentation mentale et tout processus opérant sur des représentations mentales.

Oppositions traditionnelles

Cognitif vs. Comportemental Historiquement, les sciences cognitives se sont fondées en partie en opposition au comportementalisme (behaviorism en anglais). Le comportementalisme modélisait le comportement en termes de relations entre stimuli (perçus par l’organisme) et réponses (produites par celui-ci), et s’abstenait délibérément de conjecturer sur ce qui se passait dans le cerveau de l’organisme situé entre stimulus et réponse. Les sciences cognitives ont constaté l’insuffisance de ce modèle pour comprendre des comportements et capacités complexes, et ont bâti des modèles postulant des représentations mentales dans le cerveau, permettant d’expliquer des relations plus complexes entre stimuli et réponses.

Néanmoins, l’opposition n’est pas aussi tranchée qu’il n’y parait. B. F. Skinner (un des leaders du comportementalisme) lui-même prenait en compte les pensées, simplement il les considérait comme des comportements (internes, non manifestes). Quoi qu’on pense de ce procédé, il révèle bien que même dans le cadre du comportementalisme strict, il s’est avéré nécessaire de reconnaître l’existence d’au moins certaines représentations internes. Par ailleurs, les sciences cognitives ont, pour une large part, simplement complété le comportementalisme, en construisant des modèles plus complexes. Elles n’ont pas remis en cause beaucoup des résultats du comportementalisme, concernant les situations dans lesquelles les comportements s’acquièrent et se renforcent. Elles les ont largement confirmés, et elles ont permis de les affiner, de les interpréter dans un cadre théorique plus large, et de mieux en comprendre les bases cérébrales.

On retrouve la même opposition entre cognitif et comportemental dans l’appellation des thérapies cognitivo-comportementales (TCC). A l’origine, les thérapies comportementales, inspirées par le comportementalisme, se focalisaient sur les moyens de modifier le comportement, en manipulant des renforcements. La seconde génération de thérapies a pris en compte l’intérêt qu’il y avait à modifier également des représentations mentales, comme par exemple des croyances inadaptées ou des schémas de pensée. Elles se sont donc appelées thérapies cognitives. Les psychothérapies modernes se font appeler TCC parce qu’elles s’appuient sur les deux stratégies, qui ne sont nullement contradictoires, mais sont au contraire complémentaires.

Au final, ce qui reste de la distinction entre comportemental et cognitif, c'est simplement l'idée que le comportement est quelque chose de manifeste et observable (pour un observateur externe à l'individu), alors que la cognition est interne à l'individu, et donc par nature inobservable. Les représentations et processus cognitifs sont les causes immédiates du comportement.

Cognitif vs. Perceptif
Dans les débuts des sciences cognitives, il était d’usage de réserver le mot cognitif à des activités mentales de haut niveau (langage, raisonnement…), en les distinguant notamment des traitements perceptifs jugés de plus bas niveau (plus proches des organes périphériques, que sont les récepteurs sensoriels et les muscles). Il est maintenant clair qu’il n’y a pas de différence qualitative entre représentations de bas et de haut niveau, et que les représentations perceptives ou motrices sont tout aussi cognitives que les autres. Le terme cognitif s’applique donc aujourd’hui à tous les étages du traitement de l’information, depuis les récepteurs sensoriels jusqu’aux motoneurones.

Cognitif vs. Emotionnel
De manière similaire, il a aussi été longtemps d’usage de réserver le mot cognitif aux représentations et traitements « froids » (langage, raisonnement…), c’est-à-dire dénués de toute charge affective ou émotionnelle (représentations « chaudes »). Là encore, il est apparu évident que les affects, les émotions, sont tout autant des représentations mentales porteuses d’information (même s’ils sont associés à des réactions physiologiques spécifiques), et qu’ils font donc tout autant partie de la cognition.

Cognitif vs. Clinique

Il est courant (notamment dans les facultés de psychologie) de distinguer la psychologie cognitive et la psychologie clinique, en considérant que les deux domaines utilisent nécessairement des méthodes radicalement différentes et sont mutuellement impénétrables voire incompatibles. Or ce sont essentiellement les objectifs qui les distinguent. La psychologie cognitive a pour but de comprendre le fonctionnement de l’esprit humain (et aussi ses dysfonctionnements). La psychologie clinique a pour but d’aider les personnes ayant des troubles mentaux (/cognitifs/psychiques/psychologiques) et diverses difficultés dans leur vie. Il est évident que la psychologie clinique atteindra d’autant mieux son objectif qu’elle se fondera sur une compréhension correcte (donc scientifique) du fonctionnement de l’esprit humain. Les psychologies cognitive et clinique sont donc parfaitement complémentaires, et la psychologie clinique a toutes les raisons de se fonder sur la psychologie cognitive. La psychologie clinique est une application de la psychologie cognitive.
NB : cette affirmation peut sembler ne pas correspondre à la situation observée actuellement en France, mais correspond très bien à la situation dans d’autres pays.

Cognitif vs. Psychanalyse
Il est d’usage d’opposer les sciences cognitives et la psychanalyse. Pourtant, la psychanalyse repose, elle aussi, sur la postulation de représentations mentales (comme les désirs, pulsions, rêves, symboles…) et de mécanismes opérant dessus (par exemple le refoulement, le transfert…). De ce point de vue, la psychanalyse est parfaitement en accord avec les fondements des sciences cognitives. Ce qui empêche la psychanalyse d’être une véritable science cognitive, ce n’est pas l’aspect cognitif, c’est l’aspect scientifique. En formulant des théories non réfutables, en se gardant de mettre ses hypothèses à l’épreuve des faits, et en refusant de rejeter ses hypothèses déjà démenties par les faits, la psychanalyse s’est, tout au long de son histoire, tenue à l’écart de la démarche scientifique. La psychanalyse n’est donc pas une science psychologique non-cognitive, c'est tout le contraire: la psychanalyse est une pseudoscience cognitive.

Cognitif vs. Psychique vs. Mental (loi de 2005)
Dans la loi française du 11 février 2005, le handicap est défini comme résultant « d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques (…). »

Cette juxtaposition des termes mental, cognitif et psychique peut donner l’impression qu’il s’agit de concepts véritablement différents. Il n’en est rien. Si le législateur a inclus tous ces termes dans la loi, c’est pour être sûr de n’exclure personne du champ du handicap. En effet, historiquement, différentes catégories de personnes se sont reconnues comme relevant d’une catégorie ou d’une autre. Les « troubles psychiques » font traditionnellement référence à ceux qui concernent la subjectivité, la personnalité ou les émotions, comme la dépression, l’anxiété, les troubles de la personnalité, etc. Les « troubles mentaux » sont souvent synonymes de « troubles psychiques », avec une connotation impliquant une sévérité plus grande (incluant notamment les troubles psychotiques comme la schizophrénie). En revanche, le « handicap mental » ou le « retard mental » fait traditionnellement référence à ce que l’on appelle aujourd’hui la déficience intellectuelle, c’est-à-dire une faible intelligence générale (QI inférieur à 2 écarts-types sous la moyenne de la population). Plus récemment, différents troubles ont préféré se regrouper sous la bannière « cognitive », car ne souhaitant être assimilés ni aux troubles psychiques, ni aux troubles mentaux, ni à la déficience intellectuelle (quoique le terme « trouble cognitif » soit dans certains contextes utilisé comme un euphémisme pour « déficience intellectuelle », notamment dans l’éducation nationale). C’est le cas par exemple pour les troubles des apprentissages ou les troubles du spectre de l’autisme. Chaque mot a son histoire, ses connotations, et les personnes concernées sont très sensibles à la manière dont leur trouble est représenté, par quels mots il est désigné, et à quel autre trouble il est associé. C'est pour cela que le législateur a pris soin d'inclure les principaux termes traditionnels dans le texte de la loi, pour que chacun s'y retrouve sans avoir besoin de changer symboliquement de catégorie.

Il n’en reste pas moins que, qu’un trouble soit psychique, mental ou cognitif, il affecte toujours ce qui se passe dans la tête de la personne, et est en lien avec son cerveau. Considérant la définition du mot cognitif que nous avons donnée ici, tous les troubles mentaux et psychiques sont également des troubles cognitifs, et d'un point de vue de la stricte logique scientifique, ce dernier terme pourrait parfaitement suffire pour décrire toutes les catégories (ce qui n'empêche pas bien sûr d'utiliser des termes plus fins pour préciser la nature du trouble lorsque c'est nécessaire; c'est exactement ce que font les classifications internationales avec leurs catégories emboîtées de manière hiérarchique).

Conclusions

La principale idée que je souhaite avancer ici, c’est donc qu’en 2016, la meilleure définition de la cognition, qui fait maintenant consensus au sein de la plupart des acteurs des sciences cognitives, est la définition maximaliste que j’ai donnée ci-dessus. La cognition englobe tout, absolument tout ce qui se passe dans la tête des gens. Les oppositions entre cognitif et comportemental/émotionnel/psychique/etc. sont juste des résidus de l’histoire de la psychologie, le reflet de différentes écoles de pensée et de la manière dont elles ont réagi à la révolution cognitive. Mais elles n’ont aujourd’hui plus aucune raison d’être. L’approche cognitive englobe (ou du moins peut potentiellement englober) tout la compréhension scientifique de l’esprit humain. Il n’y a plus de sens à vouloir cantonner le cognitif à tel aspect de l’être humain, à telle discipline ou à telle affiliation idéologique.

D’ailleurs, toutes les branches de la psychologie sont cognitives, dans le sens où elles postulent des représentations mentales et des mécanismes qui opèrent dessus. C’est évidemment le cas de la neuropsychologie, mais également de la psychologie clinique, la psychopathologie, la psychologie sociale, la psychologie différentielle, la psychanalyse.

Aujourd’hui, les vraies oppositions ne se situent pas entre le cognitif et autre chose. Elles se situent tout simplement autour de l’adoption, ou pas, de la démarche scientifique, c'est-à-dire la démarche qui consiste à émettre des hypothèses réfutables et à les évaluer à l’aune de données factuelles. La psychologie cognitive illustre bien cette démarche scientifique, mais n'en a pas l'exclusivité. Toutes les sous-branches de la psychologie peuvent embrasser la démarche scientifique (et le font déjà à des degrés divers). Il est donc temps d'abandonner les anciennes oppositions pour réunir toutes les composantes de la psychologie autour d'une seule exigence: la démarche scientifique, d'ailleurs inscrite au cœur du code de déontologie des psychologues.

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16 août 2016

Risque accru de développement de l'autisme chez les enfants dont les mères ont eu des complications à la naissance ...

article publié sur Autisme Information Science

13 août 2016

Risque accru de développement de l'autisme chez les enfants dont les mères ont eu des complications à la naissance ou ont reçu des médicaments pour le travail et la délivrance

Traduction: G.M.
 
ASN Neuro. 2016 Aug 9;8(4). pii: 1759091416659742. doi: 10.1177/1759091416659742. Print 2016 Aug.

Increased Risk of Autism Development in Children Whose Mothers Experienced Birth Complications or Received Labor and Delivery Drugs

Author information
  • 1Neuroscience Program, Trinity University, San Antonio, TX, USA.
  • 2Department of Mathematics, Trinity University, San Antonio, TX, USA.
  • 3Neuroscience Program, Trinity University, San Antonio, TX, USA Department of Biology, Trinity University, San Antonio, TX, USA twilliam@trinity.edu
Abstract
Autism spectrum disorder (ASD) is a perplexing and pervasive developmental disorder characterized by social difficulties, communicative deficits, and repetitive behavior. The increased rate of ASD diagnosis has raised questions concerning the genetic and environmental factors contributing to the development of this disorder; meanwhile, the cause of ASD remains unknown. This study surveyed mothers of ASD and non-ASD children to determine possible effects of labor and delivery (L&D) drugs on the development of ASD. The survey was administered to mothers; however, the results were analyzed by child, as the study focused on the development of autism. Furthermore, an independent ASD dataset from the Southwest Autism Research and Resource Center was analyzed and compared. Indeed, L&D drugs are associated with ASD (p = .039). Moreover, the Southwest Autism Research and Resource Center dataset shows that the labor induction drug, Pitocin, is significantly associated with ASD (p = .004). We also observed a synergistic effect between administrations of L&D drugs and experiencing a birth complication, in which both obstetrics factors occurring together increased the likelihood of the fetus developing ASD later in life (p = .0003). The present study shows the possible effects of L&D drugs, such as Pitocin labor-inducing and analgesic drugs, on children and ASD. 
Le trouble du spectre de l'autisme (TSA) est un trouble du développement embarrassant et généralisé caractérisée par des difficultés sociales, des déficits de communication et des comportements répétitifs. Le taux accru de diagnostic de TSA a soulevé des questions concernant les facteurs génétiques et environnementaux qui contribuent au développement de ce trouble; En attendant, la cause du TSA reste inconnue. Cette étude a évalué les mères d'enfants TSA et non TSA afin de déterminer les effets possibles des médicaments du travail et de l'accouchement (L & D)  sur le développement du TSA. L'enquête a été administrée aux mères; cependant, les résultats ont été analysés par enfant, comme l'étude portait sur le développement de l'autisme. En outre, un ensemble de données indépendantes du TSA du Centre de recherche et de ressources sur l'autisme de Southwest a été analysé et comparé. En effet, les médicaments L & D sont associés aux TSA (p = 0,039). De plus, l'ensemble de données de recherche et Centre de ressources autisme de Southwest montre que le médicament d'induction du travail, Pitocin, est significativement associé au TSA (p = 0,004). Nous avons également observé un effet synergique entre les administrations des médicaments L & D et l'expérience d'une complication à la naissance, dans laquelle les deux facteurs obstétriques qui se produisent ensemble ont augmenté la probabilité que le fœtus développe un TSA plus tard dans la vie (p = 0,0003). La présente étude montre les effets possibles de L & D, des médicaments tels que les le Pitocin inducteur du travail et les médicaments analgésiques, sur les enfants et le TSA.
© The Author(s) 2016.
5 août 2016

Non, les personnes autistes ne disposent pas d'un système de neurones miroirs cassé - nouvelle preuve

article publié sur le blog Autisme Information Science

05 août 2016

Traduction: G.M.
 
No, autistic people do not have a "broken" mirror neuron system – new evidence
By guest blogger Helge Hasselmann
Scientists are still struggling to understand the causes of autism. A difficulty bonding with others represents one of the core symptoms and has been the focus of several theories that try and explain exactly why these deficits come about.
Les scientifiques ont encore du mal à comprendre les causes de l'autisme. Une difficulté de contact avec autrui représente l'un des principaux symptômes et a été l'objet de plusieurs théories qui tentent et expliquent exactement pourquoi ces déficits viennent à propos.
One of the more prominent examples, the “broken mirror hypothesis”, suggests that an impaired development of the mirror neuron system (MNS) is to blame. First observed in monkeys, mirror neurons are more active when you perform a certain action and when you see someone else engage in the same behavior – for example, when you smile or when you see someone else smile.
Un des exemples les plus importants, l'"hypothèse du miroir cassé", suggère qu'une altération du développement du système des neurones miroirs (MNS) est en cause. Tout d'abord observé chez les singes, les neurones miroirs sont plus actifs lorsque vous effectuez une action et quand vous voyez quelqu'un d'autre s'engager dans le même comportement - par exemple, quand vous souriez ou quand vous voyez quelqu'un d'autre sourire.
This “mirroring” has been hypothesised to help us understand what others are feeling by sharing their emotional states, although this is disputed. Another behaviour that is thought to depend on an intact mirror neuron system is facial mimicry – the way that people spontaneously and unconsciously mimic the emotional facial expressions of others.
Cette «mise en miroir» a été émise pour nous aider à comprendre ce que les autres ressentent en partageant leurs états émotionnels, bien que cela soit contesté. Un autre comportement dont on pense qu'il dépend d'un système de neurones miroirs intact est la mimique faciale - la façon dont les gens spontanément et inconsciemment imitent les expressions faciales émotionnelles des autres.
Interestingly, studies have shown that people with autism do not spontaneously mimic others’ facial expressions, which could explain why they often struggle to “read” people’s emotions or have trouble interacting socially. Some experts have claimed these findings lend support to “broken” mirroring in autism, but this has remained controversial. Now a study in Autism Research has used a new way to measure facial mimicry and the results cast fresh doubt on the idea that autism is somehow caused by a broken mirror neuron system.
Fait intéressant, des études ont montré que les personnes présentant de l'autisme n'imitent pas spontanément les expressions faciales des autres, ce qui pourrait expliquer pourquoi elles ont souvent du mal à «lire» les émotions des gens ou ont du mal à interagir socialement. Certains experts ont affirmé ces résultats corroborent le miroir "cassé" dans l'autisme, mais cela est resté controversé. Aujourd'hui, une étude dans Autism Research a utilisé une nouvelle façon de mesurer les mimiques faciales et les résultats mettent en doute l'idée selon laquelle l'autisme est en quelque sorte causé par un système de neurones miroir brisé. 
Martin Schulte-Rüther and his colleagues made use of a well-studied psychological phenomenon: that performing certain movements (e.g. lifting the right finger) is more difficult when we see another person perform a similar (but not the same) movement (e.g. lifting the middle finger). This could be explained by us automatically mirroring the movements of the other person, which then interferes with our own action. Something similar happens with facial expressions, too: Seeing someone smile makes frowning more difficult for us. Because this relies on an intact mirror neuron system, the authors hypothesised that, if this system is perturbed in autism, then people on the spectrum will not experience interference by others' facial expressions.
Martin Schulte-Rüther et ses collègues ont utilisé un phénomène psychologique bien étudié: l'exécution de certains mouvements (par exemple, soulever le doigt à droite) est plus difficile quand on voit une autre personne effectue un mouvement similaire (mais pas le même) (par exemple en soulevant le majeur). Ceci pourrait être expliqué par le fait que la mise en miroir automatique des mouvements de l'autre personne, ce qui interfère alors avec notre propre action. Quelque chose de semblable se produit avec des expressions faciales, aussi: voir quelqu'un rend le froncement de sourcils plus difficile pour nous. Parce que cela repose sur un système de neurones miroirs intact, les auteurs ont émis l'hypothèse que, si ce système est perturbé dans l'autisme, alors les gens sur le spectre ne connaîtront pas l'interférence par les expressions faciales des autres. 
The researchers asked 18 boys/teenagers with autism (average age 16 years) and 18 neurotypical age-matched male controls to smile or frown depending on the color of a dot that appeared superimposed on the picture of a smiling, frowning or neutral face. Participants were instructed to focus on the dot color rather than the faces, but actually part of the idea of this design was that the location of the dots meant the faces were impossible to ignore – this was to counteract the possibility that participants with autism would simply be less inclined than normal to look at facial or social stimuli.
Les chercheurs ont demandé à 18 garçons/adolescents avec autisme (âge moyen 16 ans) et 18 témoins neurotypiques de sexe masculin appariés selon l'âge de sourire ou de froncer les sourcils en fonction de la couleur d'un point qui semblait superposé sur l'image d'un visage souriant, fronçant les sourcils ou neutre. Les participants ont été invités à se concentrer sur la couleur des points plutôt que sur les visages, mais en fait une partie de l'idée de cette conception est que l'emplacement des points signifiait que les visages étaient impossibles à ignorer - cela pour contrecarrer la possibilité que les participants présentant de l'autisme seraient tout simplement moins enclins que la normale à regarder les stimuli faciaux ou sociaux. 
To check if any observed deficits were specific to emotional stimuli, the participants also completed a similar task with dots superimposed on non-facial stimuli devoid of emotion, such as a diamond. For all stimuli types, the researchers assessed whether and how fast participants performed the appropriate emotional expressions by recording their facial muscle activity with a technique called electromyography.
Pour vérifier si les déficits observés étaient spécifiques aux stimuli émotionnels, les participants ont également rempli une tâche similaire avec des points superposés sur des stimuli non-visage dépourvus d'émotion, comme un diamant. Pour tous les types de stimuli, les chercheurs ont évalué si et comment les participants accomplissaient les expressions émotionnelles appropriées en enregistrant l'activité musculaire de leur visage avec une technique appelée électromyographie. 
Across both tasks, control participants and those with autism performed faster and with fewer errors where the required action was congruent with the emotional expression of the superimposed face – in other words, automatic facial mimicry was intact in autism. Interestingly, controls with higher self-rated empathy showed faster smiling in congruent conditions whereas individuals with autism showed no correlation between automatic facial mimicry and empathy.
À travers les deux tâches, les participants de contrôle et ceux avec autisme effectuaient plus rapidement et avec moins d'erreurs lorsque l'action requise était en rapport avec l'expression émotionnelle du visage superposé - en d'autres termes, la mimique faciale automatique était intacte dans l'autisme. Fait intéressant, les personnes du groupe contrôle avec une plus grande auto-évaluation de l'empathie  ont montré un sourire plus rapide dans des conditions congruentes alors que les personnes présentant de l'autisme n'ont montré aucune corrélation entre mimique faciale automatique et empathie.

What does this mean for understanding autistic spectrum conditions?
Qu'est-ce que cela signifie pour la compréhension de troubles du spectre de l'autisme ?
These results do not support the broken mirror hypothesis because they show that involuntary, spontaneous facial mimicry – which supposedly depends on the mirror neuron system – is intact in individuals with autism. This is an exciting result because it contrasts with previous investigations and indicates that while people with autism struggle to understand others this is not attributable to “broken mirrors”.
Ces résultats ne confirment pas l'hypothèse de miroir brisé car ils montrent que la mimique faciale spontanée,
involontaire - qui dépend prétendument sur le système de neurones miroirs - est intacte chez les personnes autistes. Ce résultat est intéressant, car il contraste avec les enquêtes précédentes et indique que, bien que les personnes présentant de l'autisme luttent pour comprendre les autres, cela n'est pas imputable à des «miroirs brisés». 
In line with a functional mirror neuron system, autism-related deficits in social interactions/bonding might instead be the consequence of reduced social motivation. For example, perhaps individuals with autism mimic the facial expression of others less not because they lack the capacity to do so, but because they are less motivated to bond socially or because social stimuli are not as salient or rewarding to them. On a positive note, since the mirror neuron system seems to be intact in autism, future studies could zoom in on how to make use of this fact for developing possible therapies. En phase avec un système de neurones miroirs fonctionnels, les déficits liés à l'autisme dans les interactions sociales/contact pourraient plutôt être la conséquence d'une motivation sociale réduite. Par exemple, peut-être des personnes autistes imitent moins l'expression faciale des autres non pas parce qu'elles manquent de capacité pour le faire, mais parce qu'elles sont moins motivées à se lier socialement ou parce que des stimuli sociaux ne sont pas aussi importants ou enrichissants pour eux. Fait positif, puisque le système de neurones miroirs semble être intact dans l'autisme, les futures études  pourraient se focaliser sur la façon de faire usage de ce fait pour le développement de thérapies possibles.
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ResearchBlogging.org

Schulte-Rüther, M., Otte, E., Adigüzel, K., Firk, C., Herpertz-Dahlmann, B., Koch, I., & Konrad, K. (2016). Intact mirror mechanisms for automatic facial emotions in children and adolescents with autism spectrum disorder Autism Research 

 

1 août 2016

Le Docteur Mottron plaide pour une reconnaissance des atouts des autistes

Photo collaboration spéciale Laurent Mottron a publié plusieurs articles dans la grande revue scientifique, Nature.

Laurent Mottron, grand spécialiste de l’autisme, se démarque depuis plus de 20 ans par son approche qui défend l’idée que l’autisme n’est pas une maladie à guérir, mais une façon différente d’appréhender le monde. Il publie un deuxième ouvrage dans lequel il conseille de miser sur les forces des autistes, plutôt que les obliger à entrer dans un moule.

Chercheur, professeur et clinicien de renommée internationale, Laurent Mottron est entre autres responsable de la clinique spécialisée de l’autisme à l’Hôpital Rivière-des-Prairies, établissement phare en matière de pédopsychiatrie et des troubles du spectre de l’autisme.

C’est en 1990 que le Dr Mottron, psychiatre et chercheur français, décide de s’installer au Québec.

«Il y a 25 ans, la France était en retard sur ces questions-là et les spécialistes considéraient l’autisme comme une condition indépendante du cerveau. Le Canada était au contraire chef de file dans l’établissement des liens entre la pensée et le cerveau», explique celui qui a également fondé le Centre d’excellence en autisme de l’Université de Montréal.

Le tournant de cette carrière québécoise, c’est sa rencontre avec Michelle Dawson, une chercheuse autodidacte souffrant de ce trouble. «Elle travaille toujours avec nous. Elle a une grande influence sur nos travaux, notamment car elle y apporte des critiques constructives, sans préjugés scientifiques», détaille-t-il avec une vive admiration.

Il concentre en effet ses recherches sur «la manière dont les personnes autistes traitent l’information, étudiant leurs mécanismes de perception, de mémoire et de raisonnement par lesquels ils appréhendent le monde», selon le site Web de l’hôpital de Rivière-des-Prairies.

Ses nombreuses études ont permis d’établir que la perception visuelle et auditive des autistes est différente des non-autistes. «Leur manière de réfléchir, d’apprendre, se fait avec des parties du cerveau différentes. Ils sont par exemple meilleurs en logique non verbale, apprennent plus précocement à lire, etc. », poursuit le chercheur avec passion.

Le spécialiste plaide pour une définition objective de l’autisme qui va au-delà des comparaisons désavantageuses aux non-autistes et des attributs perçus négativement, comme le manque de communication ou les gestes répétitifs. Il faudrait plutôt tenir compte de l’autiste, avec ses forces et ses faiblesses.

Depuis toujours, M. Mottron plaide pour qu’on aide les autistes à utiliser ces avantages, et ce, dès la petite enfance, en leur fournissant une éducation fondée sur leurs forces.

C’est d’ailleurs l’objet de son dernier ouvrage, L’intervention précoce pour enfants autistes.

L’idée n’est plus de leur apprendre à imiter les autres enfants, «mais de les mettre dans des situations de socialisation normales, en acceptant qu’ils soient en retard dans ce domaine, mais en avance dans d’autres ».

Il souhaitait ainsi développer l’aspect «santé publique» de cette problématique et espère pouvoir interpeller les pouvoirs publics et les convaincre que les techniques que propose son équipe «apporteraient plus de bien-être à tout le monde».

Son ouvrage, déjà disponible en format numérique, sera sur les étagères des librairies le 15 juin.

1 août 2016

Leçon inaugurale Professeur Nadia Chabane - Lausanne 10 mars 2016

30 juillet 2016

Et si l'autisme était lié à l'absence d'une bactérie intestinale ?

article publié dans LE TEMPS

La microbiote ou flore intestinale, dont fait par exemple partie Escherichia coli, est suspecté d'avoir plusieurs effets sur le système nerveux et le comportement

3 minutes de lecture

Neurosciences Santé

ATS
Publié vendredi 17 juin 2016 à 17:34.

Lorsque «Lactobacillus reuteri» est absente de la flore intestinale de souris, ces dernières souffrent de symptômes similaires à l’autisme. Bien que rien ne garantisse que ce phénomène soit à l’œuvre chez l’humain, la découverte ouvre la voie à de nouvelles recherches

L’absence d’une espèce de bactérie intestinale est liée à des symptômes similaires à l’autisme chez des souris de laboratoire, ont constaté des chercheurs. Leur découverte pourrait ouvrir des pistes de traitement de ce trouble comportemental chez les humains.

Piste intéressante pour l’être humain

En introduisant ces bactéries dans les intestins des rongeurs, les scientifiques ont pu inverser des déficits de comportements sociaux, qui rappellent les symptômes du trouble du spectre autistique, expliquent-ils dans leurs travaux, publiés jeudi dans la revue américaine «Cell».

«Nous ne savons pas encore si cette approche peut être efficace chez les humains, mais il est extrêmement intéressant d’agir sur le cerveau par le biais de la faune intestinale», relève le Dr Mauro Costa-Mattioli, professeur à la faculté de médecine Baylor à Houston (Texas), le principal auteur.

Lire aussi: Quand le ventre fait mal au cerveau

Cette étude a été inspirée par des recherches épidémiologiques montrant que l’obésité maternelle pendant la grossesse peut accroître le risque chez les enfants de développer des troubles du développement, y compris l’autisme. De plus, certains autistes ont des problèmes gastro-intestinaux récurrents.

Des liens entre autisme et alimentation grasse

Les chercheurs ont soumis 60 souris femelles à une alimentation riche en graisses saturées, ce qui équivaut à manger plusieurs fois par jour de la restauration rapide. Ils ont nourri ces souris jusqu’à ce qu’elles aient des petits, qui sont restés trois semaines avec leur mère avant d’avoir une alimentation normale.

Après un mois, ces souriceaux ont montré des déficits de comportement, passant par exemple moins de temps que la normale avec leurs semblables.

Lire aussi: Le microbiote influence-t-il le comportement?

«Nous avons trouvé une nette différence dans les flores intestinales des deux groupes de souris, l’un soumis à une alimentation normale et l’autre à un régime malsain», précise Shelly Buffington, une chercheuse du laboratoire du Dr Costa-Mattioli, un des coauteurs.

«En analysant seulement la flore intestinale d’une souris, on pouvait dire si l’animal souffrait ou pas de problèmes de comportement», souligne la chercheuse.

Comme les souris mangent leurs excréments, les scientifiques ont mélangé tous les animaux de l’expérience dans des cages. Quand des souriceaux «autistes» se sont retrouvés avec d’autres jeunes souris normales, après quatre semaines, ils ont restauré leur faune intestinale et amélioré leurs comportements sociaux, expliquent les scientifiques.

Ils ont pu déterminer que la présence d’un type de bactérie (Lactobacillus reuteri) était très réduite dans la flore intestinale des souriceaux nés de mères nourries avec des aliments riches en graisse.

27 juillet 2016

Marine Couteau, Leka le robot pour les enfants autistes





Marine Couteau, le robot pour les enfants autistes
par Europe1fr

Les 30 glorieux
est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
diffusée le vendredi 22 juillet 2016

Tout l’été, Michel Grossiord s’entretient avec un jeune de moins de 30 ans au talent prometteur.

www.leka.io

@marinecouteau

@WeAreLeka

Invité(s) : Marine Couteau, 25 ans. Co-fondatrice de Leka

25 juillet 2016

Formation du personnel en autisme : Le One-Eyed Wo / Man ...

24 juillet 2016

article publié sur le blog Autisme Information Science

Traduction: G.M.
 
Une attention toute particulière pour cet article qui est le 2000ème paru sur le blog Autisme Information Science, qui a démarré grâce à José Klingbeil !

Un article d'actualité puisqu'il est question de formation du personnel dans l'autisme. En toute logique, la formation des équipes devrait être le point clé des prochains "plan autisme" et des recommandations pour les adultes, à moins qu'elles ne soient phagocytées par les psychanalystes de service, qui prônent les formations fondées sur l'absence de preuves... et le modèle pseudo-scientifique du début du XXème siècle...
 
 
 
Int J Environ Res Public Health. 2016 Jul 16;13(7). pii: E716. doi: 10.3390/ijerph13070716.
Staff Training in Autism: The One-Eyed Wo/Man….
Author information
  • 1Centre for Behaviour Analysis, Queen's University Belfast, Belfast BT7 1NN, UK. k.dillenburger@qub.ac.uk
  • 2Centre for Behaviour Analysis, Queen's University Belfast, Belfast BT7 1NN, UK. l.mckerr@qub.ac.uk
  • 3Centre for Behaviour Analysis, Queen's University Belfast, Belfast BT7 1NN, UK. ja.jordan@qub.ac.uk
  • 4School of Psychology, Ulster University at Coleraine, Londonderry BT52 1SA, UK. m.keenan@ulster.ac.uk
Abstract
Having well-trained staff is key to ensuring good quality autism services, especially since people affected with autism generally tend to have higher support needs than other populations in terms of daily living, as well as their mental and physical health. Poorly-trained staff can have detrimental effects on service provision and staff morale and can lead to staff burn-out, as well as increased service user anxiety and stress. This paper reports on a survey with health, social care, and education staff who work within the statutory autism services sector in the UK that explored their knowledge and training with regards to autism. Interview data obtained from staff and service users offer qualitative illustrations of survey findings. Overall, the findings expose an acute lack of autism-specific training that has detrimental impacts. At best, this training was based on brief and very basic awareness raising rather than on in-depth understanding of issues related to autism or skills for evidence-based practice. Service users were concerned with the effects that the lack of staff training had on the services they received. The paper concludes with a discussion of policy routes to achieving quality staff training based on international best practice. The focus is on improving the quality of life and mental health for services users and staff, as well as making potentially significant cost-savings for governments. 
Avoir un personnel bien formé est essentiel pour assurer des services de bonne qualité dans l'autisme, d'autant plus que les personnes avec autisme ont généralement tendance à avoir des besoins de soutien plus importants que d'autres populations en termes de la vie quotidienne, ainsi que pour leur santé mentale et physique. Le personnel mal formé peut avoir des effets néfastes sur la prestation de services et le moral du personnel et peut conduire le personnel au burn-out, ainsi que de l'anxiété et du stress accru pour l'utilisateur du service . Ce document rend compte d'une enquête avec du personnel de santé, des services sociaux, et de l'éducation qui travaillent dans le secteur légal des services de l'autisme au Royaume-Uni, qui a exploré leurs connaissances et la formation en ce qui concerne l'autisme. Les données des entrevues obtenues auprès du personnel et des services utilisateurs offrent des illustrations qualitatives des résultats de l'enquête. Dans l'ensemble, les conclusions montrent un manque aigu de formation spécifique à l'autisme qui a des effets néfastes. Au mieux, cette formation a été basée sur une sensibilisation brève et très basique plutôt que sur la compréhension approfondie des questions liées à l'autisme ou des compétences pour la pratique fondée sur des preuves. Les utilisateurs de services ont été concernés par les effets que le manque de formation du personnel avait sur les services qu'ils ont reçus. Le document se termine par une discussion sur les chemins politiques de la politique vers la réalisation de la formation de qualité du personnel , fondée sur les meilleures pratiques internationales. L'accent est mis sur l'amélioration de la qualité de vie et de santé mentale pour les usagers des services et du personnel, ainsi que sur la réalisation d'économies potentiellement importantes pour les gouvernements.
PMID: 27438846

23 juillet 2016

Le thème de l'autisme abordé en juin 2013 lors des rencontres d'Hippocrate à l'université Paris Descartes

Dans le cadre des Rencontres d’Hippocrate, l’Université Paris Descartes a proposé une conférence autour du thème de l’autisme le 3 juin 2013.

"Que dire de l’autisme, un an après l’année de la grande cause nationale"

- La conférence a été animée par Josef Schovanec, 31 ans, personne avec autisme, ancien élève de Sciences-Po Paris, docteur en philosophie, auteur de "Je suis à l’Est" (Plon, 2012).

Invités :

- Bernard Golse, chef de service de psychiatrie infantile à l’Hôpital Necker-Enfants malades à Paris et professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris Descartes.

- Thomas Bourgeron, Professeur à l’université Paris Diderot, Directeur du département Neuroscience de l’Institut Pasteur et chef de l’unité Institut Pasteur – Paris Diderot – CNRS de Génétique humaine et fonctions cognitives.

- Jean-Claude Ameisen, président du Comité consultatif national d’éthique.

- La conférence peut être revue sur le site de l’Université Paris Descartes ou sur son canal Youtube.

=> Tout est intéressant, j'y étais, je vous propose d'aller vers 1h09 l'intervention de Thomas Bourgeron (jjdupuis)

 

Ajoutée le 14 juin 2013

Conférence prononcée par :

Monsieur Josef Schovanec, personne avec autisme, ancien élève de Sciences-Po Paris, docteur en philosophie, auteur de "Je suis à l'Est" (Plon, 2012).


Les « Rencontres d'Hippocrate » sont des conférences mensuelles ouvertes au grand public, organisées par le Doyen Patrick Berche et Christian Hervé (Société Française et Francophone d'Ethique Médicale).
Lors de ces soirées, des personnalités du monde de la politique, de la santé ou des sciences humaines et sociales viennent échanger et débattre avec le public sur des thématiques d'actualité liées à la santé et à l'éthique.
Retrouvez le programme des conférences mensuelles sur notre site: http://www.medecine.parisdescartes.fr/

10 juin 2016

Autisme : le niveau inflammatoire pendant la grossesse lié au retard mental

Une étude sur 1001 femmes

Des chercheurs américains ont  trouvé un lien entre l'autisme avec déficience intellectuelle et le système immunitaire de la mère durant la grossesse. Deux familles de molécules sont impliquées.  

Autisme : le niveau inflammatoire pendant la grossesse lié au retard mental
coffeemill/epictura
Publié le 08.06.2016 à 15h28

La déficience intellectuelle chez un enfant autiste serait associée aux dysfonctionnements du système immunitaire chez la mère. Des chercheurs de l'université de Californie ont remarqué que les femmes ayant eu un enfant autiste avec un retard mental avaient beaucoup plus de marqueurs d'inflammations durant leur grossesse. Les résultats ont été publiés dans la revue Molecular Psychiatry.

Un retard mental dû aux cytokines

L'objectif des chercheurs américains a été d'évaluer les biomarqueurs de l'autisme chez les mères durant leur grossesse et comprendre l'origine des différentes formes du syndrome des troubles autistiques. Pour cela, ils ont analysé des échantillons de sang de femmes enceintes entre les années 2000 et 2003. Plus précisément, l'analyse a porté sur 184 mères d'enfants autistes avec déficience intellectuelle, 201 mères ayant eu un enfant autiste sans retard mental, 188 mères qui ont accouché d'un enfant avec déficience intellectuelle seule et 428 mères d'enfants sans souci de santé particulier. Tous les échantillons ont été prélevés au deuxième trimestre de grossesse. 

Les résultats ont montré que les femmes enceintes avec un niveau élevé de cytokines et de chimiokines étaient plus a risque d'avoir un enfant autiste avec déficience intellectuelle. Ces molécules sont utilisées par les cellules du système immunitaire pour communiquer.

Les chercheurs se sont même aperçus que les taux de ces protéines étaient plus élevé chez les femmes ayant eu un enfant autiste avec déficience intellectuelle que chez les mère d'enfants autistes sans retard mental. 

Des taux élevés n'expliquent pas tout

Les auteurs pensent que le dysfonctionnement immunitaire durant la grossesse, qui se caractérise par des taux de cytokines et chimiokines élevés, peut altérer le développement neuronal du fœtus. Mais les scientifiques restent prudents, les taux élevés de ces molécules ne sont pas la seule origine d'un autisme avec déficience intellectuelle. 

Ils ont aussi montré que les profils des mères pouvaient entrer en ligne de compte dans le risque d'avoir un enfant autiste. Durant la grossesse, certaines femmes sont prédisposées génétiquement pour avoir des taux de cytokines élevé. Par ailleurs, certains facteurs environnementaux, comme l'exposition aux pesticides ou à d'autres perturbateurs endocriniens, peuvent aussi influencer le fonctionnement du système immunitaire des femmes enceintes.

 

25 mai 2016

Autisme : l'obscurantisme contre-attaque

article publié dans FR Blog le blog de Franck Ramus

mercredi 25 mai 2016

Monsieur le Président de la République,
Nous nous adressons à vous une nouvelle fois, dans des circonstances similaires à la précédente, dans le but de contrer une campagne concertée de désinformation sur l’autisme de la part d’un certain nombre d’organisations représentant une partie de la psychiatrie française.

Les recommandations de bonne pratique de la Haute Autorité de Santé (2012), puis le 3ème plan autisme et l’attitude résolue du secrétariat d’état aux personnes handicapées, pouvaient laisser penser que la France avait laissé derrière elle des années de maltraitance et de mauvaises pratiques condamnées de multiples fois par le Conseil de l’Europe et l’Unesco. Quatre lettres ouvertes récentes signalent malheureusement un retour en force de l’obscurantisme. Il s’agit d’une lettre du 12 avril 2016, issue d’un certain nombre d’organisations psychanalytiques parisiennes et dénonçant le Centre ressources autisme d’Ile-de-France (CRAIF) ;  d’une pétition lancée le 10 mai 2016 demandant la suppression d’une circulaire interdisant le packing ; d’un communiqué de presse du 12 mai 2016 issu de 3 organisations de psychiatrie (FFP, CNU, CFQSP); et enfin d’une lettre signée de 4 autres organisations psychiatriques (SIP, API, FDCMPP, SFPEADA). De nombreux thèmes se retrouvent de manière récurrente à travers ces quatre lettres.
 
Elles prennent la défense de la psychiatrie institutionnelle pour l’autisme et en dressent un tableau flatteur, comme d’une discipline ouverte sur le monde et aux dernières connaissances scientifiques, aux antipodes de ce dont la plupart des familles d’enfants autistes peuvent faire quotidiennement l’expérience. Elles revendiquent des pratiques « intégratives », terme fourre-tout qui n’est qu’un cache-sexe pour un ensemble de pratiques sans cohérence et sans validation scientifique.

Sont dénoncés des conflits d’intérêts, sans pour autant donner la moindre précision qui permette de vérifier la réalité des faits dénoncés, tout en se gardant bien de mentionner les conflits d’intérêts massifs des psychiatres psychanalystes qui vivent des subsides de l’état et de l’assurance-maladie, tout en continuant à revendiquer des pratiques sans validité scientifique connue et sans efficacité éprouvée, en pleine contradiction avec le code de déontologie médicale. 

Des « familles inquiètes » « de plus en plus nombreuses » sont évoquées à l’appui des propos des organisations psychiatriques, en même temps que les associations représentées dans le Collectif autisme sont vilipendées et assimilées à une poignée d’extrémistes. Un tel renversement de perspective est vertigineux, quand on sait que le collectif autisme fédère la plupart des associations et représente plusieurs dizaines de milliers de familles, alors que les seules associations citées comme soutenant les pratiques psychanalytiques sont la Main à l’Oreille et le RAAHP, deux associations virtuelles au nombre d’adhérents inconnu en dehors de leurs porte-paroles s’exprimant dans tous les congrès psychanalytiques.
Sont évoquées « des dérives antidémocratiques » et la demande aux gouvernants d’un « retour à la démocratie ». C’est totalement méconnaître le fait qu’en science comme en médecine, la vérité et l’efficacité ne sont pas affaire de démocratie et ne s’établissent pas par un vote. L’histoire a amplement montré que l’immense majorité des médecins peut avoir tort de persister dans certaines pratiques (la saignée pendant 2000 ans, l’usage systématique des antibiotiques jusqu’à récemment), et que seules des études scientifiques rigoureuses (comme les essais randomisés contrôlés) peuvent déterminer avec fiabilité quelles pratiques médicales ont une certaine efficacité. Réclamer de la démocratie dans ce domaine, c’est vouloir obtenir par le rapport de forces (encore favorable à la psychanalyse au sein de la psychiatrie et dans les cercles du pouvoir) ce que l’on ne peut obtenir par la science et par la raison. Un tel argument est donc parfaitement irrecevable et inacceptable.

Alors que les autres textes jettent un voile pudique et hypocrite sur leurs références théoriques, la pétition en faveur du packing revendique explicitement l’héritage psychanalytique, l’assimilant à une théorie scientifique à l’égal de la géométrie euclidienne ou de la physique quantique (excusez du peu) ! Faire un tel parallèle revient à vider l’approche scientifique même de toute sa substance, tant la psychanalyse a su se mettre à  l’abri de toute réfutation et a jusqu’à aujourd’hui largement ignoré les évaluations basées sur des données factuelles. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’arguer ensuite que le gouvernement aurait dû attendre les résultats de l’essai clinique sur le packing, démarré en 2009 et dont les résultats n’en finissent pas de se faire attendre (sans parler de sa méthodologie discutable).

Enfin, la lettre du 12 avril 2016, rendue publique récemment, dénonce le Centre ressources autisme d’Ile-de-France (CRAIF) pour avoir refusé de diffuser les annonces de leurs brillantes formations et journées d’études sur les psychoses infantiles (catégorie diagnostique désuète dans le reste du monde et recouvrant partiellement le trouble du spectre autistique). Cette lettre surréaliste reproche au CRAIF de faire précisément le travail pour lequel il est financé, à savoir, diffuser des connaissances à jour sur l’autisme et promouvoir les bonnes pratiques, ce qui implique, bien entendu, de faire un tri parmi toutes les informations et publicités reçues, afin d’éviter de diffuser des communiqués allant à l’encontre des connaissances scientifiques et des pratiques recommandées pour l’autisme (tous les CRA ne peuvent pas en dire autant). 

L’explication de texte faite dans cette lettre sur la distinction lexicale entre pratiques « non consensuelles » et « non recommandées » est particulièrement savoureuse, quand on se souvient qu’en 2012 la HAS, sur la base de l’examen exhaustif des données scientifiques, avait initialement déterminé que les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle étaient « non recommandées ou non consensuelles». C’est alors que la version préliminaire du rapport avait opportunément fuité dans la presse (Libération du 13 février 2012), puis que des psychanalystes avaient fait jouer leurs appuis politiques pour subrepticement faire promouvoir ces pratiques au rang de « non consensuelles » lors de la publication officielle de la recommandation de bonnes pratiques. Déjà à l’époque, le trafic d’influence tentait de se substituer (non sans succès, malheureusement) à l’examen objectif des données scientifiques. Un tel scandale va-t-il à nouveau se reproduire ?

Enfin, soulignons que « la recherche INSERM sur les psychothérapies conduite par JM Thurin » qui tendrait « à démontrer l'efficacité de la psychothérapie psychanalytique dans la prise en charge de l’autisme » est une vaste supercherie, qui a été analysée en grand détail dans un article récent (Approches psychothérapiques de l'autisme: A propos d'une étude française de 50 cas, F. Ramus, 2016). Il est stupéfiant que les auteurs de cette lettre osent encore évoquer une « étude » aussi discréditée. Cela a tout de même le mérite de montrer que, s‘il s’agit là des seules données scientifiques que la psychanalyse pour l’autisme est en mesure de revendiquer, c’est bien que le dossier reste désespérément vide, aussi vide que lorsque la HAS a publié sa recommandation de bonne pratique il y a 4 ans.

En résumé, il n’y a absolument aucune raison de reprocher au CRAIF de refuser de diffuser des informations relatives à des approches de l’autisme contraires à celles recommandées par la Haute Autorité de Santé, pas plus qu’il n’y a de justification scientifique à laisser pratiquer le packing dans des établissements sous financement public. Les organisations psychiatriques ne regagneront pas la moindre crédibilité en continuant à revendiquer des théories et des pratiques d’un autre âge, et en refusant obstinément d’évoluer, comme toutes les autres spécialités médicales, vers la médecine fondée sur des preuves. Leurs revendications doivent être prises pour ce qu’elles sont : des revendications purement corporatistes, visant à pouvoir perpétuer ad vitam les pratiques du passé, sans jamais avoir à les mettre à jour en fonction des connaissances scientifiques nouvelles, et sans jamais avoir à rendre de compte en contrepartie du financement public. De telles revendications sont totalement inacceptables, à la fois pour les familles d’enfants autistes, pour les contribuables et cotisants à l’assurance-maladie, et pour les gouvernants responsables de la santé publique.

Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS
Le KOllectif du 7 janvier
24 mai 2016

Autisme : le packing vit-il ses dernières heures en France ?

article publié dans Sciences et Avenir

Hervé Ratel Publié le 24-05-2016 à 16h30

Méthode thérapeutique controversée de traitement de l'autisme, le packing ne sera bientôt plus utilisé en France. Ses promoteurs s'en désolent. Les familles de malades s'en réjouissent.

Méthode controversée, le packing est dénoncé par les familles de malades qui la considèrent comme une torture. © FACELLY/SIPA
Méthode controversée, le packing est dénoncé par les familles de malades qui la considèrent comme une torture. © FACELLY/SIPA
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INTERDICTION. Serait-ce bientôt la fin du packing ? Dans une circulaire publiée le 3 mai 2016, la secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées a pris une décision qui risque de faire date en France. En se prononçant le 22 avril sur l’interdiction de cette pratique consistant à envelopper les enfants autistes dans des linges humides et froids, Ségolène Neuville n’a fait que se conformer aux positions de l’Organisation des Nations unies qui considère la méthode comme une maltraitance. Objet de toutes les crispations autour des soins thérapeutiques envers les autistes, le packing vit donc ses dernières heures.

Du moins, c’est ce qu’espèrent les associations de parents arc-boutés contre cette pratique. Seulement, en matière d’autisme, en France, rien n’est simple. Notre pays est le seul au monde à utiliser cette technique. Face à cette incohérence, le 4 février 2016, l’ONU demandait à la France d’en interdire l’usage, s’inquiétant des cas de mauvais traitements d’enfants handicapés. Déjà en mars 2012, l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) et la Haute autorité de santé (HAS) estimaient qu’ "en l’absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité, du fait de questions éthiques soulevées par cette pratique et de l’indécision des experts en raison d’une extrême divergence de leurs avis, il n’est pas possible de conclure à la pertinence d’éventuelles indications des enveloppements corporels humides (dits packing), même restreintes à un recours ultime et exceptionnel."

Une étude... introuvable

Les jours suivant la décision de Ségolène Neuville, un article dans le quotidien Libération tendait d’inverser la tendance. Intitulé "L’aberrante interdiction du packing", l’article s’étonnait de l’attitude quasi schizophrène d’une secrétaire d’Etat qui, d’une main interdisait l’utilisation du packing, tandis que de l’autre elle aurait demandé “il y a deux ans, la réalisation d’une étude scientifique pluridisciplinaire [...]. Cette enquête, réalisée par l’Inserm, doit être rendue publique le mois prochain et publiée dans une grande revue médicale." Dit comme ça, il est vrai qu’on pouvait s’étonner de l’incohérence, surtout que, comme le conclut l’article, l’étude en question “semble indiquer la grande efficacité de cette pratique, dans certaines indications."

Capture d'écran de l'article "L'aberrante interdiction du packing, Libération", mai 2016

Seulement, à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il nous a été clairement dit que “nous n’avons pas confirmation d’une étude réalisée sur le sujet." Même réponse du côté du secrétariat d’Etat aux personnes handicapées. "Ségolène Neuville n’a jamais commandé d’étude sur le packing!", nous a-t-on affirmé. Quant aux CHRU de Lille et celui de la Pitié Salpétrière qui auraient été en charge d’une telle étude, ils n’ont cessé de botter en touche face à nos multiples demandes d’éclaircissement.

Des techniques similaires d’enveloppement sont utilisées depuis des siècles pour calmer les patients violents. La contention est parfois même auto-administrée par les autistes. Temple Grandin, célèbre autiste, racontait ainsi avoir conçu une machine qui la serrait (“squeeze machine“) pour calmer ses crises. Cependant, elle-même a dénoncé le packing : “Je détesterais le packing. L’enfant doit pouvoir contrôler lui-même la pression. La 'machine à serrer' fonctionne sur ce principe. Le packing serait inutile et très stressant pour l’enfant." Car le packing n’est pas qu’une simple technique de contention. Il est sous-tendu par des théories psychanalytiques comme celles de la “mère réfrigérateur" promue par Bruno Bettelheim dans son ouvrage La forteresse vide. Des théories totalement caduques aujourd’hui que l’on sait que l’autisme est un trouble neuro-développemental à composante génétique et non pas le résultat d’un rapport mère-enfant problématique.

300 hôpitaux emploieraient encore le packing

Selon l’association Vaincre l’autisme, 300 hôpitaux emploient encore aujourd’hui le packing. Avec quels résultats ? Impossible à dire. Il n’existe aucune preuve scientifique que cette technique ait une quelconque efficacité. Faute d’études. De fait, le packing est utilisé en France depuis une trentaine d’années sans aucune évaluation scientifique et sans connaissance étayée de ses bénéfices et de ses risques. Un Projet Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC) porté par le CHRU de Lille a bien été lancé en 2008 afin d’en évaluer la pertinence dans le cas d’enfants et d’adolescents présentant des troubles graves du comportement. Mais, huit ans plus tard, les résultats se font toujours attendre. Peut-être plus pour très longtemps puisque, comme nous l’assure Dominique Deplanque du CHRU de Lille, l’étude est terminée, l'analyse quasi-finalisée et la publication en préparation." Seulement, impossible d’en savoir plus pour l’instant quant à son contenu. Mais quelqu’en soient les résultats, il n’est pas certain qu’une seule étude, de surcroit sous la direction d’un des promoteurs les plus fervents du packing (le service du Pr Delion à Lille), soit suffisante pour inverser la tendance actuelle en matière de traitement efficace et éprouvé de l’autisme.

4 mai 2016

CRISPR-Cas9 : des ciseaux génétiques pour le cerveau

03.05.2016, par
En permettant d’intervenir sur l’ADN de manière chirurgicale, les ciseaux génétiques CRISPR-Cas9 ne font pas que révolutionner les techniques d’édition du génome, ils ouvrent aussi des opportunités enthousiasmantes pour l’étude du cerveau.

CRISPR-Cas9… Derrière cet acronyme barbare se cache une innovation révolutionnaire : remplacer un gène par un autre ou le modifier. La méthode paraît presque trop simple, et pourtant elle est le fruit de près de trente ans de recherche. CRISPR-Cas9 (prononcez « crispère ») fonctionne comme des ciseaux génétiques : il cible une zone spécifique de l’ADN, la coupe et y insère la séquence que l’on souhaite.

CRISPR-Cas9 est un complexe formé de deux éléments : d’un côté, un brin d’ARN, de séquence homologue à celle de l’ADN que l’on veut exciser, et de l’autre, une endonucléase, le Cas9. Dans la cellule, le brin d’ARN va reconnaître la séquence homologue sur l’ADN et s’y placer. L’enzyme Cas9 se charge alors de couper la chaîne ADN complémentaire à ce brin ARN. Le trou laissé par le passage du CRISPR-Cas9 pourra alors être comblé par n’importe quel nouveau fragment d’ADN.

Schéma expliquant les différentes étapes du processus d'édition génomique à l'aide du complexe CRISPR-Cas9.

« C’est une technique révolutionnaire, certainement l’innovation majeure du XXIe siècle en biotechnologie ! », s’enthousiasme Jean-Stéphane Joly, directeur de recherche à l’Institut des neurosciences Paris-Saclay1. Si CRISPR-Cas9 met le monde scientifique en émoi, c’est qu’il étend les possibilités de retouche génétique à l’infini : supprimer un gène malade, le remplacer par une séquence saine ou encore étudier la fonction précise d’un brin d’ADN, à la molécule près… Aucun secteur de la biologie n’y échappe, et de nouvelles applications sont publiées quotidiennement.

De la recherche fondamentale à la biotechnologie

Les origines de la découverte du CRISPR-Cas9 remontent à 1987, lorsque des chercheurs japonais 

C’est une
technique
révolutionnaire,
certainement
l’innovation
majeure du XXIe siècle en
biotechnologie !

découvrent chez la bactérie Escherichia coli des séquences d’ADN dont l’enchaînement des bases (A, C, T, G) se lit de la même manière dans les deux sens : à l’instar des mots « radar » ou « kayak », on parle de palindromes… Le rôle de ces fragments, baptisés CRISPR, pour « courtes répétitions en palindrome regroupées et régulièrement espacées », ne sera finalement mis en lumière que vingt ans plus tard : d’une part quand on constatera que les morceaux d’ADN intercalés entre les palindromes sont souvent des séquences d’ADN de virus, d’autre part quand on montrera que les bactéries porteuses de ces séquences résistent mieux aux infections. L’ARN d’un complexe CRISPR-Cas9 lui permet ainsi de reconnaître et se lier à l’ADN viral présent dans la bactérie, pour ensuite le détruire.
Dès 2012, les chercheuses Emmanuelle Charpentier et Jennifer

Doudna vont s’inspirer de cette réaction immunitaire bactérienne et la détourner pour en faire un véritable outil biotechnologique à la portée de tous.

Supprimer et remplacer l’ADN pour comprendre la logique du cerveau

Cela suscite de nombreux espoirs, et notamment celui d’élucider le fonctionnement du cerveau. L’utilisation des CRISPR démultiplie en effet les possibilités de recherche fondamentale en neurosciences : en coupant un gène précis sur un modèle animal, on peut déterminer plus précisément son rôle, dans le développement du cerveau par exemple. De plus, elle ouvre la voie à de nombreuses applications thérapeutiques. Par exemple, si un gène est incriminé dans une maladie mentale, il devient envisageable, à terme, de l’éliminer, le corriger ou le remplacer avec notre bistouri génétique.

Emmanuelle Charpentier (à gauche) et Jennifer Doudna (à droite) sont les co-inventrices de la technique d'édition génomique utilisant CRISPR-Cas9.

On ne s’étonnera donc pas qu’en neurosciences plusieurs recherches utilisent déjà le CRISPR2. C’est notamment le cas des travaux de Jean-Stéphane Joly. « Grâce à l’édition génomique, nous caractérisons avec précision des mutations responsables de la microcéphalie chez le poisson zèbre », explique-t-il. Le chercheur coordonne également le Réseau d’étude fonctionnelle chez les organismes modèles (Efor), qui s’appuie en autres sur l’édition du génome pour construire la carte génétique et phénotypique de nombreux modèles animaux et végétaux.

Dresser la carte d’identité génétique des maladies cérébrales

Tumeurs cérébrales, étude du développement des neurones, autisme… En coupant de simples fragments d’ADN, il devient possible d’établir le profil génétique d’un nombre immense de maladies mentales. D’autant plus qu’elles sont souvent multigéniques. Pour l’autisme, par exemple, plus de 300 variations génétiques ont déjà été identifiées. Seulement, elles ne s’expriment pas tous de la même façon au niveau des différents neurones. Avec CRISPR-Cas9, il devient possible d'étudier localement ces expressions génétiques. D’ailleurs, les gènes codants pour une protéine ne sont pas les seules parties de l’ADN impliquées dans le développement de troubles. Entre ces parties, il existe des séquences d’ADN régulatrices, que l’on considérait longtemps comme des déchets génétiques. Or ces parties non codantes jouent en réalité un rôle essentiel dans de nombreuses pathologies. À l’avenir, CRISPR-Cas9 pourrait servir à mieux caractériser le rôle encore largement méconnu de ces fragments.

Une technique simple, rapide et bon marché

Si CRISPR-Cas9 constitue une avancée révolutionnaire, d’autres techniques d’édition du génome existaient avant elle. Frédéric Causeret, chercheur en neurosciences3, les utilisait auparavant sur ses souris, pour étudier notamment leur développement cérébral . Pourtant, il envisage désormais d’avoir recours à CRISPR-Cas9 dans les mois qui viennent. « Pour modifier le génome de la souris, nous disposons déjà de la recombinaison homologue. Mais le CRISPR est nettement plus rapide ! », précise-t-il.

Alors qu’avec l’ancienne technique il faut près d’un an pour obtenir une souris avec la mutation souhaitée, le CRISPR permet d’obtenir ces modifications en deux mois à peine. Et à moindre coût ! La manipulation revient au total à quelques milliers d’euros, alors que certaines souris mutantes valent parfois jusqu’à 50 000 euros. « La technique est très simple à mettre en œuvre, elle nous épargne certaines étapes fastidieuses », explique Frédéric Causeret.

Le CRISPR-Cas9, c’est l’iPhone de la biotechnologie.

 

Le CRISPR-Cas9 suscite les rêves les plus fous notamment parce qu’il permet de supprimer et de remplacer plusieurs gènes en même temps, contrairement aux autres techniques d’édition génétique. « On va pouvoir générer des modèles de pathologies mentales multigéniques de manière simple et rapide », prédit Frédéric Causeret. Certaines recherches utilisant CRISPR-Cas9 sont mêmes parvenues à moduler l’expression d’un gène donné, sans avoir à l’éditer lui-même.

L’édition du génome pour tous !

« Le CRISPR ne va pas changer nos routines, mais nous ouvre des perspectives que l’on n’envisageait même pas car c’était beaucoup trop long », indique Frédéric Causeret. La technique permet en effet de générer des pertes de fonction génétique extrêmement rapides, sur de nombreuses lignées, ou encore de tracer n’importe quelle protéine dans le cerveau. Pour Jean-Stéphane Joly, cette avancée va révolutionner la biologie ; à l’instar de la méthode d’amplification génique PCR, qui a révolutionné la biologie moléculaire et l’analyse génomique il y a une trentaine d’années. « Le CRISPR-Cas9, c’est l’iPhone de la biotechnologie », sourit-il, précisant que l’on verra certainement apparaître dans les années à suivre des centaines de nouveaux brevets.

Représentation moléculaire du complexe CRISPR-Cas9 provenant d’une bactérie «Streptococcus pyogenes».

Alors qu’il y a quelques années, l’édition génomique n’était disponible que pour les souris, le CRISPR-Cas9 permet désormais d’éditer le génome de tous les êtres vivants : poisson zèbre, primate, insectes sociaux…. Si les recherches se multiplient, leurs résultats ne sont pour l’instant pas extrapolables à l’homme.

Quels freins à l’application humaine ?

Envisager une application thérapeutique avec le CRISPR-Cas9 pose en premier lieu la question de l’administration. Si, in vitro, il suffit d’injecter le mélange dans le noyau, in vivo, la tâche reste ardue. En particulier, comment le délivrer jusqu’au cerveau ? « Chez la souris, nous transférons in utero le matériel génétique dans l’embryon par la méthode dite d’électroporation », explique Frédéric Causeret.

Pour certaines maladies neurodégénératives, on pourrait envisager une édition du génome avant l’apparition des premiers symptômes.

Mais cette méthode semble difficilement applicable à l’homme. La voie d’entrée des CRISPR pourrait donc se faire grâce un vecteur viral, à l’instar des thérapies géniques classiques. Enfin, l’inoculation du matériel génétique pourrait aussi avoir lieu après le stade embryonnaire. « Dans le cadre de certaines maladies neurodégénératives par exemple, on pourrait envisager une édition du génome chez l’adulte avant l’apparition des premiers symptômes », imagine Frédéric Causeret.

Néanmoins, pour ces applications humaines, les problèmes éthiques et de sécurité prédominent. Les risques que les CRISPR manquent leur cible sont faibles, mais existent. « Il suffirait que le CRISPR-Cas9 modifie une séquence qui ressemble beaucoup à celle que l’on cible pour déclencher une catastrophe. Comme si, par erreur, il découpait un gène suppresseur de tumeur par exemple », précise Frédéric Causeret.

Agronomie, écologie, neurologie… Les applications des CRISPR semblent sans limites. « Certains pensent par exemple utiliser l’édition génomique pour rendre le moustique stérile et ainsi éradiquer le paludisme. Ou même à empêcher les pommes de terre de noircir ! », explique Jean-Stéphane Joly, ajoutant qu’il faudra strictement contrôler ces modifications génétiques et leur effet sur l’environnement. Une chose est sûre, le CRISPR-Cas9 est loin d’avoir dévoilé toute l’étendue de ses applications. « À l’évidence, les découvertes sur la réécriture du génome méritent le prix Nobel ! », assure même Jean-Stéphane Joly.

Notes
  • 1. Unité CNRS/Univ. Paris Sud.
  • 2. Le 24e colloque de la Fondation Ispen, tenu en avril dernier, était exclusivement consacré à l’édition du génome dans les neurosciences.
  • 3. Laboratoire Génétique et développement du cortex cérébral, Institut Jacques Monod (CNRS/Univ. Paris Diderot).
3 mai 2016

Les pesticides favoriseraient l'autisme

Mis à jour : 02-05-2016 21:06
- Créé : 02-05-2016 15:20

DANGER - Une nouvelle étude américaine montre qu'il y a bien un lien entre les pulvérisations aériennes de pesticides et un risque accru de développer un trouble du développement.

Les données suggèrent que l'épandage par voie aérienne affecte davantage la santé

Les données suggèrent que l'épandage par voie aérienne affecte davantage la santé                           Photo : SIPA

L'impact des pesticides sur l'homme divise les experts. Le glyphosate, par exemple, est classé comme "cancérogène probable" par le Centre international de recherches en cancérologie alors qu'il est considéré "sans danger pour l’homme" par l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA).

EN SAVOIR + >> Bruxelles va proposer une réautorisation du Roundup pour dix ans

Mais voilà qu'une nouvelle étude vient confirmer les soupçons qui pèsent sur les pesticides. Présentée lors du Pediatric Academic Societies Meeting qui se tient du 30 avril au 3 mai à Baltimore (Etats-Unis), la recherche montre un risque plus élevé de développer une forme d'autisme dans les régions exposées à l'épandage de produits anti-moustiques.

Un risque accru de 25%

Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont confronté le nombre d'enfants diagnostiqués comme autistes par région en fonction de l'utilisation des pesticides. Ils ont ainsi comparé ses résultats sur 16 villes aux alentours de New-York. Les scientifiques ont aussi pris en compte d'autres facteurs comme la richesse des foyers et le sexe des enfants.

Résultats: les enfants exposés à l'épandage d’anti-moustiques par voie aérienne présentent un risque accru de 25% d'être diagnostiqués comme autiste par rapport à ceux qui ne vivent pas dans ces zones.

Des études complémentaires nécessaires

"Nos données suggèrent que le moyen utilisé pour l'épandage impacte la santé", affirme le Dr Steve Hicks interrogé par Time. Cette étude s'inscrit dans une longue liste de travaux déjà menés pour prouver le lien entre l'exposition aux pesticides et l'autisme. Plusieurs éléments montrent que ces toxiques peuvent affecter des neurotransmetteurs même si "les effets exacts sur le développement du cerveau sont toujours à l'étude".

EN SAVOIR + >> Virus Zika : les malformations pourraient venir d'un insecticide Monsanto

Des incertitudes demeurent. En effet, les chercheurs ne savent si les enfants diagnostiqués ont été en contact pendant la grossesse ou après leur naissance. Ils conseillent cependant aux habitants de ces régions de "rester à l'intérieur pendant l'épandage et de recouvrir les jardins et les jeux pour enfants." La pulvérisation de ces produits aux Etats-Unis permet de lutter contre la prolifération des moustiques communs. Les scientifiques ne s’aventurent pas à les déconseiller, particulièrement à l’heure où la menace du virus Zika plane sur le territoire. Ils souhaitent mener des études complémentaires dans d’autres régions pour confirmer ces résultats.

29 avril 2016

Cette appli sur montre connectée pour les enfants autistes est en lice au concours Lépine à la Foire de Paris

Publication: 29/04/2016 17h15 CEST Mis à jour: il y a 5 heures

APPLICATION - Vendredi 29 avril, le Parc des expositions de la porte de Versailles accueillait des milliers de visiteurs pour l'ouverture de la Foire de Paris. Parmi les 1800 exposants, il y a notamment les 536 inventions en lice pour le concours Lépine.

Ameublement, électroménager, beauté, loisir... Tous les domaines sont représentés par des innovations très variées. Parmi ces centaines d'inventeurs, Le HuffPost a retrouvé Estelle Ast, qui nous avait présenté en décembre dernier WatcHelp, son projet d'application pour montre connectée pour améliorer le quotidien des enfants autistes.

Sortie en février sur le magasin d'application d'Android, WatcHelp est une des innovations qui participe au fameux concours des inventeurs, vieux de 115 ans. Qu'elle gagne la compétition ou non, Estelle Ast est déjà plus que satisfaite du parcours de son invention.

Plus de 1000 téléchargements

"Il y a eu plus de 1000 téléchargements en deux mois et plusieurs centaines d'abonnés. J'ai eu beaucoup de retours positifs. Egalement des suggestions d'améliorations que nous allons, pour certaines, mettre en place dans les prochains mois", précise-t-elle.

Comment ça marche? L'application se télécharge sur le smartphone de l'aidant et sur une montre connectée (la liste des appareils compatible est disponible ici) pour la personne atteinte d'un handicap (autistes, mais aussi personnes âgées, hyperactifs, ou personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, de trisomie 21, etc).

Sur son téléphone, l'aidant va mettre en place des programmes spécifiques, minutés, à respecter, et va les planifier tout au long de la semaine.

foire de paris

Les "séquentiels peuvent contenir des images, des photos et du texte, et disposent chacun d'un timer.

27 avril 2016

Vidéo Autisme : La France est-elle à la traîne dans le diagnostic et la prise en charge ?

Interview de Monica Zilbovicius, psychiatre et directrice de recherche à l'INSERM


Autisme: La France est-elle à la traîne dans le... par BFMBUSINESS

Le 2 avril est la journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Un Français sur cent est touché par ce trouble du développement, qui s'exprime le plus souvent par des problèmes de communication. Pourtant, la France semble être en retard en matière de dépistage et certaines familles de patients dénoncent une mauvaise prise en charge. Quelle est l'origine du trouble ? Comment le traiter ? Quels sont les éléments de prise en charge ? - Avec : Monica Zilbovicius, psychiatre et directrice de recherche à l'INSERM. - Votre santé m'intéresse, du samedi 2 avril 2016, présenté par Alain Ducardonnet, sur BFM Business.
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