Léa, 6 ans, handicapée et privée de rentrée scolaire : ce n'est pas la seule ...
LE PLUS. Faute de personnels adaptés, à l'heure actuelle, certains élèves handicapés n'ont pas encore fait leur rentrée. Une situation intolérable pour Christine Philip, responsable de formation à l’Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et des enseignements adaptés (INS-HEA), Isabelle Resplendino, maman d'un enfant autiste, et Marion Aubry.
Édité par Sébastien Billard Auteur parrainé par Aude Baron
Des élèves handicapés du lycée professionnel Marcel Deprez à Paris(F.DURAND/SIPA).
Léa* a 6 ans et demi. Sa rentrée en grande section de maternelle, elle a pu la faire mais avec deux semaines de retard. La raison ? Léa est handicapée, et s’est retrouvée sans auxiliaire de vie scolaire (AVS) le jour-J. Comme chaque année, l’Education nationale n’avait pas recruté le personnel nécessaire en temps et en heure.
Léa a finalement pu aller à l’école grâce à la mairie, qui a trouvé une solution temporaire. À ce jour, soit plus d’un mois après la rentrée scolaire, l’AVS n’a toujours pas été recrutée.
La maman de Léa s’est confiée à nous :
"Nos enfants sont traités comme des citoyens de seconde zone. Quel parent accepterait qu’on lui dise à la rentrée que son enfant ne pourra pas aller à l’école car on n’a pas trouvé d’enseignant pour la classe ? C’est ce qui arrive à de nombreux élèves handicapés, privés d’école dans l’indifférence la plus totale."
Un manque de moyens
Léa n’est malheureusement pas un cas isolé. On pourrait aussi citer les cas en Seine Saint-Denis de Gaël* (7 ans) qui devrait être au CP, et sa sœur Laura* (8 ans) qui devrait être en CE2. Eux non plus n’ont pas d’AVS depuis la rentrée.
Certains élèves devraient être scolarisés au sein d’établissements ordinaires, avec des dispositifs adaptés, que ce soit en CLIS (Classe d’inclusion scolaire) en élémentaire, ou en ULIS (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) au collège et au lycée.
Mais là encore, certaines inspections académiques n’ouvrent pas suffisamment de CLIS et d’ULIS pour que tous les élèves bénéficiant d’une décision d’orientation de la MDPH (Maison départementale pour les personnes handicapées) puissent avoir une place.
Djohra, maman d’Adam (13 ans) :
"J’ai dû me battre pour que mon fils trouve une place cette année. Mais il aura perdu un an de scolarisation. Pourquoi ? Après une scolarisation en CLIS, j’ai suivi la recommandation de l’équipe éducative et mon fils a été orienté vers un établissement spécialisé. Je me suis rendu compte trop tard que c’était une erreur : il ne recevait dans son institut médico-éducatif aucun enseignement scolaire. J’ai dû le déscolariser en novembre 2012 pour l’instruire à domicile et j’ai fait une demande d’orientation en ULIS. Compte tenu des délais d’instruction des dossiers, nous n’avons obtenu l’accord qu’en mai 2013. Mais à la rentrée, coup de tonnerre : l’Inspection académique de l’Essonne m’écrit pour me dire qu’il n’y a pas de place en ULIS. J’ai dû envoyer des lettres de mise en demeure, contacter les élus. Grâce à cela, l’Inspection académique a finalement trouvé une place et mon fils fera sa rentrée mi-octobre."
Combien d’enfants sont encore aujourd’hui à la maison ? Nul ne le sait.
Nos propositions
Compte tenu de ces situations problématiques, nous avons lancé une pétition début septembre : 27.700 signatures ont été recueillies à ce jour. Concrètement, voici nos propositions :
- Faire en sorte que davantage d’enfants handicapés puissent être inclus dans des établissements ordinaires plutôt que ségrégués dans des établissements spécialisés offrant peu d’enseignement scolaire. Cela passe par :
- un accroissement du nombre d’élèves en situation de handicap dans les classes ordinaires avec AVS (auxiliaire de vie scolaire) et un changement du métier d’enseignant pour un meilleur accueil de toutes les différences. Ce changement suppose la pratique d’une pédagogie différenciée, prenant en compte les besoins particuliers de tous les élèves, et un accueil de toutes les différences, considérées non comme des obstacles au fonctionnement de la classe, mais comme un enrichissement pour tous.
- une transformation de places d’IME (Instituts médico-éducatifs) en places de SESSAD (Services d'éducation spéciale et de soins à domicile, qui interviennent à l’école). La mission des SESSAD est différente de celle des IME : elle consiste à accompagner l’enfant sur tous ses lieux de vie et notamment de soutenir sa scolarisation (en classe ordinaire ou en CLIS/ULIS) en intervenant si besoin au sein de la classe, en support de l’équipe enseignante, tandis que la fonction des IME est, comme son nom l’indique, dévolue à l’institutionnalisation.
- Des dispositifs adaptés (CLIS ou ULIS) avec un enseignant spécialisé (10 élèves au maximum, jusqu’à 7 élèves pour certaines classes à pédagogie adaptée spécifique) pour les enfants qui ont besoin d’un soutien plus important. Dans ces dispositifs répondre aux besoins particuliers des élèves avec des méthodes éducatives pour l’autisme ; une pédagogie conductive pour les élèves polyhandicapés, etc. La présence de deux adultes doit être assurée, et différents intervenants peuvent être sollicités en plus de l’enseignant (paramédicaux, éducatifs, auxiliaires de vie scolaire).
- Des classes réellement inclusives. Selon les expériences éprouvées, c’est une classe ordinaire, dont environ le quart d’élèves présente des besoins spécifiques et qui étudie avec deux enseignants, dont l’un est spécialisé. Tous les élèves de la classe bénéficient du soutien et de la remédiation selon leurs besoins, l’aide spécialisée étant alors mutualisée.
- Enfin une formation de base significative au handicap pour tous les enseignants, en formation initiale et continue, avec des spécialisations en option, ainsi qu’un renforcement de la formation et de la professionnalisation des auxiliaires de vie scolaire.
Plus d'informations sur le blog collectif "Inclusion scolaire"
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* Les prénoms ont été changés
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Le changement des pratiques en autisme, c’est maintenant ? est le thème de ce congrès et nous verrons ensemble comment toujours mieux accompagner nos enfants, adolescents et adultes et :