Faire Face : Sur les 308 000 mineurs pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (Ase), 70 000 auraient un handicap reconnu par une MDPH. Malgré ce nombre, vous parlez d’enfants « invisibles » alors même qu’ils bénéficient logiquement d’un double suivi. Comment est-ce possible ?
Geneviève Avenard, la Défenseure des enfants : La première difficulté est de réussir à identifier ces enfants en raison du manque de données fiables globales. Le croisement des fichiers des conseils départementaux (qui gèrent l’Ase, NDRL) et des MDPH est soumis à des autorisations de la Cnil : ces dispositions sont rarement prises. Mais, derrière cet aspect administratif, le véritable problème est celui du cloisonnement des politiques publiques. Ces enfants relèvent à la fois de la protection de l’enfance et des politiques d’accompagnement du handicap. Parce qu’ils sont doublement fragiles, ils devraient – de fait – être doublement protégés. Ce n’est pas le cas. À partir du moment où l’Ase les suit, on estime qu’ils peuvent attendre pour le reste. La logique des acteurs institutionnels prédomine.
FF : Quelles sont les conséquences pour la vie de ces enfants handicapés ?
G.A : Un nombre important d’entre eux présentent des troubles graves du comportement ou psychiques. L’Ase, qui propose d’abord des dispositifs éducatifs, se retrouve à suivre des enfants dont les pathologies sont les plus lourdes. Les milieux ouverts – familles d’accueil et maisons d’accueil à caractère social – n’ont pas les moyens, ni les connaissances, pour y faire face. Or, pour des raisons financières, on a réduit le nombre de places en établissements spécialisés (IME, Itep) au profit du milieu ouvert : un certain nombre d’orientations vers l’Ase se font donc aussi par défaut quand les familles ne restent pas des années sans solution. On constate ainsi un morcellement des prises en charge : ces enfants passent par plusieurs types d’accueil dans une même semaine, rarement adaptés à leurs besoins. Ces situations remettent en cause leurs droits à la santé, à la scolarité, à une vie en famille…
FF : Vous formulez douze recommandations dans votre rapport. Lesquelles mettre en œuvre en priorité ?
G.A : Les conseils départementaux et les agences régionales de santé doivent coordonner leurs politiques d’accompagnement dans l’intérêt de ces enfants, en développant des partenariats opérationnels sur le terrain. L’autre priorité est de créer des places en établissements spécialisés avec des équipes mobiles, sanitaires et médico-sociales, capables d’intervenir en appui de ces structures et des familles d’accueil. Il est essentiel, enfin, de développer la sensibilisation et la formation des professionnels, travailleurs sociaux comme magistrats, autour du handicap, de son annonce et de l’accompagnement des familles : le handicap de nombreux enfants ainsi « protégés » n’est repéré qu’après l’âge de 6 ans… Propos recueillis par Aurélia Sevestre
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