La psychanalyse passe un bien sale quart d’heure dans le dernier numéro de la Revue de psychoéducation. Le professeur Serge Larivée, de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, et son collaborateur Éric Coulombe s’y livrent en effet à une charge à fond de train envers la discipline mise au monde par Sigmund Freud, qu’il décrivent comme inefficace, dogmatique et fondée sur des cas frauduleux que Freud lui-même a traficotés — chose qu’il n’avait pas le choix de faire car il n’aurait jamais guéri personne…
Le texte lui-même n’est pas disponible en ligne, mais on en trouve un bon compte-rendu ici. Les auteurs n’y présentent pas de résultats originaux, mais passent en revue une abondante littérature scientifique très critique de la psychanalyse. Ainsi, lit-on dans l’article, des chercheurs qui ont examiné 31 patients «traités» par Freud ont conclu que le «père de la psychologie» n’avait dans une majorité de cas été d’aucune aide, l’état de ses patients ne s’améliorant pas. Pendant longtemps, dénoncent bien des savants cités par MM. Larivée et Coulombe, la psychanalyse s’est refusée à toute remise en question de ses prémisses et toute évaluation quantitative de son efficacité, et bien que ses tenants affirment maintenant que leur discipline a bien changé et qu’elle a peu à voir avec ce que Freud pratiquait, «tel n’est pas nécessairement le cas», écrivent les auteurs, citant quelques études et textes de psychanalystes contemporains à l’appui.
M. Larivée n’en est pas, notons-le, à ses premières passes d’armes avec la psychanalyse. L’an dernier, dans ce très bon papier de ma collègue Marie Allard, il avait décrit cette forme de thérapie comme «l’une des plus grosses fraudes depuis le début de l’univers. Freud a menti toute sa vie, il n’a guéri absolument personne. Ce n’est pas un scientifique, c’est un littéraire. J’attends toujours des preuves de l’efficacité de cette méthode, il n’existe aucun cas de guérison connue.»
Mais il n’est pas le premier non plus à critiquer le côté «ascientifique», pardonnez le néologisme, de la psychanalyse. En 2004, dans une looongue revue de littérature mesurant l’efficacité de trois approches en santé mentale, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, en France, avait conclu qu’il n’existait des preuves fortes d’efficacité de la psychanalyse que pour les «troubles de la personnalité, en particulier trouble de la personnalité borderline», et une «présomption» d’efficacité pour le «trouble panique sous antidépresseurs (et le) stress post-traumatique» (voir p. 502/533). Le document confirmait en outre que les efforts de mesure de l’efficacité de la psychanalyse sont souvent très récents — ce qui, pour une discipline qui se veut scientifique, est une aberration sans nom — et constatait que la thérapie cognitivo-comportementale (donnée par les branches plus scientifiques de la psychologie) donnait de meilleurs résultats dans le traitement de la plupart des problèmes mentaux.
Le rapport fait plus de 550 pages, mais vous irez lire la synthèse en fin de texte — ne serait-ce que par intérêt anthropologique, car il n’y a que des Français, à ma connaissance, pour faire une «synthèse» de presque 60 pages.


















