Le début de la fin

Le début de la fin

Time Spiral (photo: Alexandre Duret-Lutz)

Un traitement ABA, on sait quand ça commence. Pas de doute possible. Entre les délicieux instants de procédures d’extinction, les bouchons de Champomy qui pètent quotidiennement au rythme des progrès de votre enfant, les coups de fils courroucés de votre banquier qui s’étrangle devant votre découvert, c’est bon. On sait. On se repère.

La fin est moins nette, plus floue, incertaine, indécise. Les heures d’intervention diminuent, les petites cases de l’ABLLS forment un magnifique arc-en-ciel, les programmes n’en sont plus vraiment, mais le bout de chou doit tout de même réviser toute la maternelle en deux mois (trop facile).

Votre mini-Forrest stéréotype toujours ni vu ni connu, mais sait s’arrêter seul, et passer à autre chose. Il tente de raconter des blagues à table, pas totalement adaptées socialement (une vague histoire de vomi, de caca, et de blonde), mais dit bonjour à tout le monde. Il saoûle affreusement les grands de 11 ans et demi, avec ses courses de brasse coulée et ses pathétiques tentatives de contrôle verbal, mais s’est « fabriqué » un copain, Phénix (ndrl: Félix) en moins de temps qu’il n’en faut pour faire une bêtise.

Je suis présentement allongée sur un transat, sous le soleil de Provence, en ayant eu le temps de me tartiner de crème solaire – un truc qui ne m’était pas arrivé depuis au moins… trois ans.

OK, chaque jour appporte son petit burst, parce que le gnome en voie de neurotypisation a bien saisi que, oui, nous sommes en phase d’estompage, le mot est lâché.

L’estompage d’un traitement ABA, c’est un peu comme une Béa qui se maquille avec un fard à paupière Chanel Noir: ce n’est pas facile. Un coup c’est trop, un coup ce n’est pas assez. L’oeil droit n’est jamais exactement comme l’oeil gauche, et réciproquement.

Il peut même arriver que, mû par une main dévergondée par un petit verre de rosé, le pinceau déborde franchement, et que je finisse par me dire que je devrais plutôt suivre l’exemple de mon Astre, ma Référence, Inès de la Fressange – et simplement virer le fard, et changer d’eye liner, pour devenir cette autre femme de 42 ans qui n’en paraît que 22 qui sommeille forcément en moi. Elle l’a écrit dans Elle, elle a sûrement raison. [Note à moi même: ne pas oublier d'acheter les ballerines Roger Vivier à 2000 boules qui vont si bien à mon genre de beauté et de jeunitude. Après tout, nous sommes en estompage de traitement ABA, et donc bientôt riches].

Bref, de mes petits doigts potelés, j’estompe. Je commence à parler à Stan exactement comme à n’importe quel gosse. Je négocie quand j’ai la flemme (souvent), je laisse couler car c’est les vacances (les grandes, les longues), je fais péter le planning, la visualisation, la préparation mentale. Mais je conserve scrupuleusement le renforcement positif, car je suis une mère juive catholique – les pires.

Et ce qui doit arriver arrive: les colères de frustration quand je me souviens que toute consigne doit être suivie d’effet.

Nous sommes sur la ligne de crête entre des parents qui relâchent la pression et un lutin malin qui se lance dans le grand bain. En trois ans, j’ai appris à nous faire confiance, à contrôler un peu moins, et à croire à nouveau que tout est possible – même le meilleur.

Nous entrons dans notre dernière année de traitement ABA, celle où les doigts de Stan vont filer entre nos mains vers l’autre rive, celle de l’âge de raison, celle de l’autre bout d’enfance. Cette année, tu vas t’envoler, mon ange, tu as tout dans la tête, le coeur et les jambes, pour partir au dehors.

Pas à pas, nous allons estomper sur la pointe des pieds, en se plantant, en ajustant le curseur.

Ex-ducere, éduquer, conduire au dehors… La porte va s’ouvrir, c’est ça l’estompage d’un traitement ABA, et c’est encore un truc que les psykk ne connaîtront pas. :)

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