Le Collectif des 39 publie, à nouveau, le texte qui a été confié à son Blog par le pédopsychiatre Philippe Rassat, afin de mener dans cet espace, dédié à la réflexion des professionnels et des proches des patients en psychiatrie, un débat autour des questions, des tensions, voire des tempêtes, concernant la pratique du packing.

En effet, sa publication avait été suspendue par prudence durant cet été, suite aux actions surprenantes de l’ARS d’ Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente qui a non seulement condamné les opinions de Philippe Rassat (ce qui, en soi et sous cette forme, est déjà surprenant pour une agence publique), mais qui a décidé d’intervenir auprès de ses deux employeurs d’une façon qui aurait pu aboutir aux licenciements de ce professionnel ! Cela nous a paru extrêmement inquiétant et incompréhensible, et nous avons donc pris le temps nécessaire de réflexion et de conseil juridique.

Le Collectif des 39 tient à préserver, malgré ces attaques qui témoignent d’une ambiance de plus en plus anti-démocratique, l’existence d’un espace d’expression respectueux à la fois de la liberté des opinions et du droit.

Nous tenons toutefois à faire remarquer, que les actions de l’ARS qui visent l’auteur du texte semblent, sur certains points, confirmer les préoccupations exprimées dans son texte par Philippe Rassat – acteur de terrain attentif, citoyen engagé et professionnel apprécié – sur la dimension idéologique autoritariste, antidémocratique, du management qui se répand dans le champ du soin. Les épisodes des Plans autisme, et celui plus récent de la création des GHT, en sont des exemples criants expérimentés par tous les professionnels.

Nous tenons à rappeler également que le film « Le Mur », soutenu par un collectif qui comprend à la fois des parents et des tenants des «thérapies» cognitivo-comportementales, dont parle Philippe Rassat dans son texte, a d’abord été condamné à l’interdiction de diffusion. A notre connaissance cette interdiction a été levée en appel, en vertu de la liberté d’expression, sans pour autant que le tribunal d’appel désavoue le fait qu’il s’agit d’un montage manipulateur, qui nous apparaît digne des films de propagande des régimes extrémistes des années 30-40. L’immense majorité des familles des enfants autistes et des professionnels ne peut se reconnaître dans ces procédés condamnables.

J’ai fait un mauvais rêve.

J’arrive devant la grille du CMPP, elle est fermée, elle qui est toujours ouverte jour et nuit, je n’ai pas la clef, je ne peux pas rentrer. Sur la grille il y a trois panneaux de chantier où il est écrit « interdit aux juifs », « interdit aux chiens », « interdit au packing »…elle devient immensément grande, je ne peux pas l’escalader…
Je me réveille. 
Je me suis dit que comme d’habitude mon inconscient me disait la vérité et …j’ai écrit ce texte.

Interdit au packing

La circulaire mise en ligne le 3 mai 2016 interdit la conclusion des CPOM (Contrat Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens) avec les ESSMS (Etablissements et Services Sociaux et Médico-Sociaux) recourant au packing.
C’est la conséquence somme toute logique du troisième plan autiste qui préconisait l’interdiction du packing tandis qu’il n‘infligeait qu’un « non consensuel » à la psychanalyse et à la psychothérapie institutionnelle.

Carton rouge pour le packing, carton jaune pour les deux autres.

Le premier est dangereux et maltraitant, les seconds sont moins dangereux mais potentiellement tout aussi maltraitants.

Deux logiques soutiennent ces décisions : la haine de l’inconscient et l’incompétence démagogique sur fond de maitrise budgétaire. La haine de l’humain et la démagogie du je m’en foutisme pourvu que ça rapporte des voix.
Marisol Touraine et Ségolène Neuville pourraient être gênées, avoir un peu honte, se faire modestes.
Mais non, elles sont très contentes d’elles et, pire, elles sont adoubées et soutenues par les plus grands médias publics et privés qui, surfant sur la dictature du politiquement correct, mêlent leurs bêlements à cette logique qui fut celle de tout les totalitarismes et de toutes les dictatures et qui reprend un discours, des anathèmes, et des humiliations qui furent ceux du pire de tous, du régime nazi.

Seuls les nazis et quelques dictatures militaires ont brulé les livres de Freud, et ont dit que l’inconscient n’existait pas.
Qu’il n’existait que la volonté, l’éducation, la rééducation, la mise aux normes, la mise aux pas.
En s’appuyant sur un discours médical et scientifique qui conduisait, également… à la lobotomie… et aux camps.

Que proposent d’autres les associations de parents d’autistes d’extrême droite qui ont produit le film « le mur » et qui ont pesé de tout leur poids de lobbys influents et fortunés pour imposer ces interdictions à cette autre curiosité, toute droite issue d’une même pensée totalitaire, la Haute Autorité de Santé ?
Que proposent d’autre, les imposteurs de l’Association Fondamental en prenant petit à petit le pouvoir dans tous les secteurs universitaires psychiatriques ou psychologiques ?
Quelles différences de dire que les autistes sont des handicapés d’origine génétique ou de dire qu’ils sont dégénérés. Il faut les rééduquer pour qu’ils ne fassent plus honte ni à leurs parents ni à l’état. On va leur apprendre à se tenir dans la société « presque » comme tout le monde ?
Quelles différences de dire que l’avenir du 21éme siècle sera à la nano chirurgie qui permettra d’intervenir sur la foi de l’imagerie cérébrale, pour bloquer les neurones « atteints » génétiquement, d’avec le dire que les troubles mentaux étaient éradiqués en enlevant les lobes frontaux du cerveau au début du 20ieme siècle ?
Quelle différence de pensée entre observer les circonvolutions externes du cerveau des condamnés à morts ou des « fous » au 19ème siècle et l’observation de l’onde électrique dans le cerveau des délirants grâce à une IRM ou un scanner ?

Rien.

Au vingtième siècle cette pensée a amené aux films «  Le juif Suss » ou « Le triomphe de la volonté », aujourd’hui elle amène aux films « le mur » ou à des vidéos truquées sur les souffrances provoquées par le packing.

C’est cela qui est en question dans la pantalonnade misérable que nous jouent depuis le début du millénaire des élus et des gouvernants instrumentalisés par des lobbys financiers, pharmaceutiques et familiaux et seulement préoccupés par la démagogie des sondages.

Au Parti socialiste quand on n’est pas au pouvoir «  ça ne pense pas, monsieur, ça ne pense pas », alors quand on y arrive, on se met dans le sens du vent, dans le sens du vent de la société du spectacle et du capital numérique, celui qui est orchestré par les médias de tout poil.

Or les médias, et ce n’est pas le sujet ici d’en trouver la raison, ont un penchant irrépressible pour la défense des animaux et des mères culpabilisées. Depuis le début du troisième millénaire le qualificatif « culpabilisateur » de mères a atteint un degré de mépris et de défiance et d’opprobre équivalent à ceux de « cosmopolite » ou de « juiverie internationale » » qui ont eu le succès que l’on sait au siècle dernier.

Dire simplement que tous les parents, à commencer par nous, se sentent responsables de ce que deviennent leurs enfants, de ce qu’ils sont ou de ce qui leur arrive ce serait commettre un crime de maternophobie !
Nous nous souvenons cruellement d’un journaliste – qui se fait passer pour un humoriste (ou c’est l’inverse) – qui dans une émission à France inter au lendemain de la mort de Bettelheim (qui s’est suicidé en s’étouffant dans un sac et qui était un survivant des camps nazis) avait amené une bouteille de champagne pour fêter sa mort parce que il avait culpabilisé les mères.

Cette ritournelle est une manipulation idéologique perverse qui empêche tout débat, toute réflexion, tout pensée. Comment des élus de la république peuvent-ils en arriver là, qu’ils soient « socialistes » bretons ou « républicains » du nord de la France.

Le packing serait une maltraitance au nom de toute cette idéologie nauséabonde.

Comment un enveloppement humide froid qui saisit le corps perçu, qui recentre tout l’attention sur ce corps qui était devenu si insensible qu’il pouvait être automutilé à la mesure du malheur de celui à qui il appartient, et qui se réchauffe par lui même et par la chaleur de la parole de ceux, présents autour de lui, qui l’accompagnent, doucement, lentement, chaleureusement justement, peut-il être une maltraitance ?

Mme Neuville, Mme Touraine et avant vous Mme Carlotti ou Mme Pinville que savez-vous du malheur des enfants autistes, ou des enfants psychotiques ? Savez-vous que dans les services ou les établissements où nous travaillons nous n’accueillons que des enfants malheureux qu’ils soient sans langage, qu’ils soient déprimés, qu’ils soient agités, qu’ils soient figés dans leur angoisse, que des enfants malheureux nous vous disons, qui ne demandent pas à être rééduqués, à être transformés en objet présentables, en robots obéissants, ou à faire jolis sur la photo. Non, ils demandent à ce que leur malheur humain soit accueilli, écouté, entendu, ils demandent à être portés, regardés, soutenus, à ce qu’on leur donne du temps, de l’attention, de la disponibilité, toutes choses qui ne peut s’évaluer, se quantifier en termes marchands, monétaires, budgétaires ou en termes de qualité, de conformation, de traçage.

Souvent vous utilisez des termes ignobles : « le patient traceur », par exemple, si cher aux directeurs des ARS. La traçabilité des viandes dans les supermarchés vous l’appliquez par l’intermédiaire de vos «  ingénieurs qualités » pour suivre à la trace la vie de ces humains qui vous dérangent.
Vous les ramenez à de la viande.
Est-ce que vous vous êtes arrêtées une seule fois sur les mots que vous employez…

Votre langage est l’horreur même.

On aurait envie de vous excuser : elles (ils) ne savent pas ce qu’elles (ils) font. Ils sont incompétents, peut-être un peu limités, pas intellectuellement, non, mais culturellement, ça si peut-être, ou alors ils n’ont pas de mémoire, c’est vrai nous vivons au temps des grandes épidémies : les autistes, les tadahs (les agités en langage numerico-classificateurs), les alzheimers… leur mémoire est peut-être touchée…elles ne se souviennent plus du temps où la bête immonde avait inventé la nuit la plus noire de l’occident, ou on leur a pas appris, ou c’était il y a si longtemps.

Mais non elles (ils) n’ont pas d’excuses car cette circulaire sort au moment où démarre la campagne pour les présidentielles de 2017, puisqu’au PS ils sont tous à ne penser qu’à ça. C’est que ça peut rapporter des voix les mères culpabilisées, les journalistes et les people touchés dans leur famille, et tous ceux qui ont peur des « fous », des « étrangers », des « autres », ça en fait du monde qui pourrait voter pour les réincarnations de jeanne d’arc au lieu de voter pour le PS.
Le premier ministre de droite Fillon avait déjà fait le coup en novembre 2011 en déclarant 2012 année de l’autisme (bon ça n’a pas marché mais ça aurait pu et ce coup ci ça peut réussir).

Surtout que ce sursaut anti-packing arrive en même temps que l’assaut pour la mise en place des GHT (Groupements hospitaliers de territoires),
Et que, dans une certaine confusion, on entretient que les services publics ou médico-sociaux qui s’occupent de ces enfants couteraient trop chers, alors… Que l’on menace ces invertis et ces sorciers (ères) aux pratiques étranges et peu recommandables de leur couper tout financement ! Pour sauver la sécurité sociale, pour qu’elle ne coûte plus, pour qu’on puisse s’en débarrasser sans honte ni crainte et la livrer aux assurances et aux fonds de pension.
Et bien, ainsi, on ferait d’une pierre deux coups.
Allez, messieurs dames, directeurs et directrices des ARS, qui n’y connaissaient rien, vous non plus, en avant ! Boutez hors de la science marchande tous ces galleux sans foi dans notre technologie, tous ces laïcs de la parole et de l’écoute qui sont payés à ne rien faire.

Nous connaissons un directeur d’ARS, qui fut même missionné par la ministre, qui préconise comme référence de sa pratique une petite application de la théorie du chaos : si il y en a qui résistent, vous les isolez, vous leur couper les vivres, et vous faites semblant de ne pas vous en occuper, et quand ils n’en peuvent plus vous « n’avez plus qu’à les pousser pour qu’ils tombent »…Alors surtout n’écoutez rien !, ne pensez plus !, pas de remise en question dispendieuse de temps et d’argent !, appliquez les recommandations ! Quoi qu’on vous disent elles sont bonnes ! Pas de réponses, pas de discussions, attendez et…hop quand ils n’en pourront plus…poussez les ! Ils disparaitront en fumée…

Alors, non, vous n’avez pas d’excuses.

Vous n’avez pas d’excuses non plus (pédo)psychiatres techno-numérisés, neuro-pédiatres évangélisateurs ou neuropsychologues asser(vis)mentés, vous n’avez pas d’excuses, experts voyageurs au frais des laboratoires pharmaceutiques, vous tous qui êtes prêts à faire allégeance à l’idéologie du jour, du moment qu’on encense votre science, votre savoir, votre pouvoir de maitrise sur les autres…c’est ce que promettait le régime nazi, et en Allemagne 70% de vos confrères du passé y adhérèrent joyeusement. Et il s’en est trouvé plus d’un parmi eux pour aller au bout de cette logique innommable.

Qu’est ce donc qui pâtit dans la formation médicale de ne pouvoir guère se supporter de l’existence de l’inconscient ?

Vous n’avez aucune excuse de prêter allégeance à l’association Fondamental et de laisser ces apprentis-sorciers obscurantistes s’approprier toute la recherche universitaire au nom d’une imposture extrémiste, régressive et inhumaine.

Freud l’avait dit « j’apporte la peste » en arrivant aux USA en 1910, et cela s’est retourné, les américains ont achevé d’éradiquer cette peste « blanche » par la classification numérisée, fonctionnelle, rentable et gérable de toutes les souffrance psychiques. Par une curieuse alchimie, la perversion du capital à renverser les choses et ceux qui refusent de dénier l’existence d’un inconscient pour tout être parlant, c’est à dire pour tout être humain, sont devenus des pestiférés qu’il faut éliminer par tous les moyens possibles. Normal ! Ceux qui apportent la peste sont des pestiférés, « protégeons la France et nos familles, nous les exterminerons un jour, en attendant… interdisons le packing ! »

Nous devons dénoncer ces imposteurs, ces menteurs, ces manipulateurs qui sont prêt à sacrifier une, deux, trois générations d’enfants sur l’autel de leurs ambitions, de leurs calculs, de leurs dénis, de leur paresse intellectuelle et de leur lâcheté éthique.

Nous devons défendre le respect que l’on doit à notre travail et le respect des plus faibles d’entre nous, les enfants, qui ne peuvent même pas se défendre face au refus de l’accueil de leur souffrance.

Honte à vous, ministres, secrétaires d’état, élus de toutes étiquettes qui depuis le début du millénaire vous faites les héraults de l’idéologie du pire, de l’inhumanité et de l’obscurantisme.

Nous ne gagnerons peut-être pas demain mais vous avez déjà perdu au regard de l’histoire. La question de la folie ne se résoudra jamais dans un quelconque gêne ou une quelconque rééducation et continuera d’être une interrogation absolument nécessaire sur la condition de la parole humaine et sur sa transmission.

Philippe Rassat
Membre des 39
Mai 2016