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Etude sur l'aluminium dans les vaccins : "S'il y avait un lien, ce n'est pas quelques cas en France qu’il devrait y avoir, mais des dizaines de milliers"

"Le Parisien" publie, vendredi, les résultats d'un rapport sur la neurotoxicité de l'aluminium utilisé comme adjuvant dans certains vaccins. Décryptage avec Alain Fischer, spécialiste en immunologie pédiatrique. 

Un homme se fait vacciner à Krasnodar (Russie), le 13 septembre 2017.Un homme se fait vacciner à Krasnodar (Russie), le 13 septembre 2017. (NIKOLAY HIZNYAK / SPUTNIK)

Propos recueillis par Juliette CampionfranceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le 23/09/2017 | 16:40
publié le 23/09/2017 | 07:16

Le débat sur la vaccination va-t-il être relancé par la dernière une du Parisien ? Dans son édition du vendredi 22 septembre, le quotidien publie les grandes lignes d'un avis rendu en mars par le conseil scientifique de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Cet avis concerne des recherches dirigées par le Pr Romain Gherardi et concluant à d'éventuels effets neurotoxiques liés à la présence d'aluminium dans les vaccins. L'ANSM a demandé des "approfondissements". Que faut-il en penser ? Franceinfo a interrogé Alain Fischer, spécialiste en immunologie pédiatrique. Il a notamment présidé la Concertation citoyenne sur la vaccination en 2016.   

Franceinfo : Selon vous, faut-il s'inquiéter de ces travaux qui estiment que l'aluminium contenu dans les vaccins est dangereux pour la santé ?

Alain FischerNon, pas du tout. J’interprète ce qui se passe là comme une campagne de M. Gherardi, assez malin sur le plan médiatique. Ses données ne sont toujours pas publiées à ce jour et de toute façon, dans ce que je lis du rapport dans Le Parisien, je ne vois rien de nouveau. Il dit que l’aluminium est toxique à faible dose sur la souris, et uniquement sur la souris. Ce point est important. Mais cette toxicité n’établit en rien une relation entre l’aluminium et la maladie qu’il pense lui attribuer chez l’homme, à savoir la myofasciite à macrophages.

Cette maladie existe et certains malades pensent que c’est lié au vaccin, mais il n’y a aucune évidence scientifique de ce lien.

Alain Fischer

à franceinfo

D’autre part, cette discussion n’a lieu qu’en France et c’est un problème majeur. Les vaccins avec de l’aluminium sont utilisés depuis 1926, soit depuis bientôt cent ans, et ce, dans le monde entier. Des milliards de personnes ont reçu des vaccins contenant de l’aluminium. S'il y avait un lien entre ce vaccin contenant de l’aluminium et cette maladie, ce n'est pas quelques cas en France qu’il devrait y avoir, mais des dizaines de milliers de malades dans le monde entier. Or, il n’y en n’a pas. Des vérités scientifiques, c’est universel ou ça n’est pas.

Selon vous, ce dossier peut-il créer de la confusion chez les lecteurs ? 

Si je me mets dans la peau d'un lecteur qui n'a pas une culture scientifique particulière, je me dis en lisant une étude comme celle-là "Ouh là là, je ne vais plus me faire vacciner". M. Gherardi dit qu’il n’est pas anti-vaccin, mais il crée de la suspicion contre des vaccins qui sauvent des vies de façon majeure. On a une vraie difficulté de transmission d’informations. Il est beaucoup plus difficile de faire passer une information raisonnable et prudente face à des gens qui ont une parole très forte et parfois très violente, mais qui n’est pas scientifiquement fondée. 

Ce que je dis là n’est pas ma parole personnelle. Ses travaux ont été regardés de très près par les experts des organisations mondiales de la santé. Il y a des rapports en France, notamment de l’Académie de médecine, l’Académie de pharmacie qui ont étudié en détails tous les travaux de Romain Gherardi et qui concluent qu’il n’y a rien de tangible.

L'aluminium est souvent pointé du doigt quand il s'agit de s'interroger sur les vaccins. Ne pourrait-on pas tout simplement le remplacer ? 

Non, car c'est un composant indispensable des vaccins. L'aluminium est utilisé depuis presqu’un siècle parce qu’il est efficace et sûr. Il y a trois grands types de vaccins, dont l’un d’entre eux est fondé sur des protéines purifiées. Dans ce cas, il faut obligatoirement un adjuvant. Cela concerne les vaccins contre la coqueluche, la diphtérie, le tétanos, l’hépatite A et B. 

Mais cela ne veut pas dire qu’on ne pourra pas faire mieux demain. Il y a une énorme recherche sur les adjuvants. On a, par exemple, tenté d’utiliser les sels de calcium. Mais aujourd’hui, en 2017, les sels d'aluminium sont la meilleure combinaison entre l’efficacité et la sécurité. Ce n'est pas parfait, mais ces vaccins sauvent des millions de personnes chaque année : il n'y a pas de produit plus administré dans le monde parmi toute la pharmacopée existante. Selon moi, il faut donc continuer à les utiliser.

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