article publié dans L'Indépendant

Pierre Sans, entouré des parents et soignantes de l’association Autisme Madagascar. Pierre Sans, entouré des parents et soignantes de l’association Autisme Madagascar.

Publié le 07/08/2019 à 21:24 / Modifié le 07/08/2019 à 21:24 

 

Humanitaire. Retraité, le psychiatre limouxin a exercé à l’USSAP.

À plus de 76 ans, on ne compte plus les missions africaines de ce médecin psychiatre limouxin. Il a exercé à l’USSAP jusqu’en 2012, année de son départ en retraite. Depuis, bénévolement, il parcourt le continent de nos ancêtres, une sacoche médicale sous le bras et trois tee-shirts dans un sac. Lorsqu’on lui demande ce qui le porte, avec un sourire énigmatique, il répond d’emblée : "Je suis un hyperactif et je me soigne en faisant du bien". Tout juste revenu de Madagascar, le corps plié en deux par de longs trajets en brousse entre Tananarive et Fénérive-Est, Pierre Sans n’a rien perdu de son enthousiasme : "Je serai médecin jusqu’au bout de ma vie, même si parfois pour faire 50 kilomètres il faut passer 4 heures sur des chemins insondables !"

De la Côte d’Ivoire à Madagascar

C’est en 2014, en regardant à la télévision un collègue psychiatre expliquer la détresse des autistes en Afrique, qu’il décide de proposer ses services. Quelques semaines après, il embarquait pour la Côte d’Ivoire, puis le Bénin, puis Madagascar, où là, des liens forts se tissent avec les mères d’enfants malades. Elles ont fondé seules, sans aide, l’association Autisme à Madagascar. " Ce sont toujours les femmes qui prennent en charge avec peu de moyens les enfants malades. Les leurs et ceux des autres. Une fontainière (porteuse d’eau) gagne environ une dizaine d’euros, une consultation chez un psychiatre en coûte 30. Un business a même fleuri dans l’indifférence générale. On impose aux familles démunies des traitements hors de prix, toujours inadaptés et la sécurité sociale n’existe pas là-bas. Cette misère fait que ces mômes sont abandonnés à leur sort ". Le Limouxin sillonne le pays, pose des diagnostics gratuitement, explique aux mamans la maladie, leur conseille une école locale : " C’est une chance grâce à l’association, des enseignants prennent à bras-le-corps l’intégration de ces enfants dans leurs classes ". Des rencontres souvent bouleversantes qui se terminent par des larmes et une infinie tristesse devant une réalité médicale difficile. " Lorsque je reviens, j’ai souvent du mal à atterrir. Finalement je me dis qu’ici, nous sommes des enfants gâtés ". Pour ne rien oublier de son itinéraire, Pierre Sans vient de publier un livre intitulé "Fou d’Afrique, l’omerta", sur Amazon E-book (0,99 €).

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