article publié sur le site de la ville de Fresnes (94)

Le groupe Percujam, formé par huit jeunes adultes autistes et six éducateurs du foyer d’accueil médicalisé Alternote, situé à Antony, sera en concert à la MJC le 21 janvier. Rencontre avec Laurent Milhem, chef de service d’Alternote et membre fondateur du groupe aussi atypique que sympathique.

percujam fresnes

photo - au premier plan de gauche à droite : Maxime, Kévin, qui est Fresnois, et Laurent, lors d'une répétition au foyer Alternote, à Antony.

Comment a débuté l’aventure Percujam ?
Laurent Milhem : « Tout a commencé à l’Institut médico-éducatif de Bourg-la-Reine en 2000. Je n’étais alors qu’éducateur stagiaire et je ne me prédestinais à travailler avec des autistes. Il existait déjà un petit groupe de musique, Les travailleurs du dimanche. Étant moi-même musicien amateur, j’ai proposé un atelier de percussions. J’y ai repéré plusieurs jeunes qui avaient un vrai talent pour la musique. Je me souviens notamment d’un garçon qui pouvait rejouer au piano n’importe quel air que je fredonnais, c’était exceptionnel ! Catherine Allier, alors directrice de l’IME, m’a motivé pour qu’on crée un groupe plus conséquent… Percujam est né… Percu car, à la base il y avait pas mal de percussions – ce n’est plus trop le cas aujourd’hui – et Jam parce qu’on faisait des impros.

Comment a évolué le groupe ?
Percujam-Laurent MilhemL.M. : Normalement, à 20 ans, les jeunes autistes sortent de l’IME et sont envoyés dans des structures pour adultes. Nous aurions dû arrêter Percujam… Mais avec Catherine Allier, nous trouvions cela dommage de les laisser partir. C’est ainsi qu’en 2007, le premier foyer pour jeunes adultes autistes musiciens, Alternote, a été créé à Antony, en extension d’une structure déjà existante, Alternat. J’y ai reconstitué une équipe, notamment avec des éducateurs qui étaient auparavant intervenants musiciens dans les écoles. On y accueille 8 jeunes adultes musiciens, dont Kevin un jeune Fresnois, et 6 éducateurs – pour la plupart musiciens amateurs - qui composent le groupe Percujam. Des professionnels de la musique nous épaulent également. Depuis les débuts, il y a 17 ans, la composition du groupe a un peu changé, les morceaux ont évolué aussi au fil des albums (ndlr : 4 albums dont un live). Cela ne s’est pas fait en un jour… Mais l’histoire de Percujam a pris racine et le groupe a acquis une certaine notoriété, notamment dans le milieu du handicap. Pour que cela perdure, c’est qu’on est bons (sourire).

Le groupe Tryo vous a très vite soutenu… rejoint par d’autres artistes de renom.
L.M. : J’étais batteur dans un groupe de rock amateur, on jouait souvent à la MJC de Fresnes. On y croisait régulièrement les musiciens de Tryo, qui n’étaient pas encore connus à l’époque. J’avais gardé contact avec Guizmo, le chanteur du groupe. Quand on a démarré Percujam, je l’ai appelé pour qu’ils viennent assister à une repet… Ils ont été emballés par l’énergie des gamins. On a fait plusieurs morceaux avec eux sur scène et des premières parties aussi. C’était un bel échange. Puis, de nouvelles rencontres nous ont portés : Sanseverino, La Rue Ketanou, Mathieu Chédid, Grand Corps Malade, Calogero… Percujam a fait pas mal de premières parties et des grandes scènes (en France et à l’étranger) comme les Zénith d’Amiens et de Nantes, des grandes salles parisiennes, dont l’Olympia en 2016 !

«  Leur force : ils ont réussi à intégrer les codes sociaux et à normaliser leur comportement sur scène »

Avec une vingtaine de concerts programmés par an, comment gérez-vous le quotidien au foyer ?
L.M. : Percujam, ce n’est pas que de la musique. Il y a une vie hors-scène, un quotidien à gérer. Ces jeunes sont ritualisés, ils ont besoin de repères. Il a fallu mettre un cadre. On ne les guérit pas mais ils ont réussi à intégrer les codes sociaux et à normaliser leur comportement sur scène. C’est leur force. D’ailleurs, on nous demande souvent quand on sort de scène « c’est lesquels les autistes ? », ce qui nous a donné le titre de notre premier album. Mais quand ils ne sont plus sur scène, les tics reviennent… On limite également les concerts à deux par mois en moyenne. Le lundi matin, nous répétons, et dans la semaine, entre les autres activités, ils participent à des ateliers d’écriture et de musique assistée par ordinateur (MAO).

Qu’apporte Percujam à ces jeunes autistes ?
L.M. : Ils sont épanouis lorsqu’ils jouent de la musique et chantent. Ils donnent tout. Alors quand ils voient qu’ils peuvent galvaniser le public, ça leur donne une belle image d’eux-mêmes et à leur famille, qui sont fiers d’eux. Percujam a changé le regard sur l’autisme.

Qu’est-ce qui fait le succès du groupe selon vous ?
L.M. : Je pense que c’est le côté authentique, spontané et généreux de ces jeunes. Ils lâchent tout sur scène. Et aussi le bel échange qui existe entre nous. Cela part avant tout d’une belle relation éducative. Ce n’est pas évident car nous ne sommes pas des professionnels, ce qui fait la différence c’est que nous jouons avec le cœur et ce qui compte c’est ce que nous suscitons chez le public. La richesse musicale de Percujam – entre rock, reggae, ragga, slam - grâce aux influences et goûts de chacun, fonctionne bien et nos textes véhiculent des messages universels sur les différences, l’amour…

Vous revenez sur la scène de la MJC de Fresnes où vous avez fait vos premiers pas de musicien amateur, ça vous fait quoi ?
L.M. : J’habitais à l’Haÿ-les-Roses, à la limite de Fresnes et j’étais au lycée Frédéric-Mistral. Je suis un Fresnois d’adoption. Je jouais (batterie) dans un groupe avec des copains, plutôt du gros rock (sourire). Nous avons en effet pas mal joué à la MJC et à la ferme de Cottinville. Pour moi, c’est super important que Percujam joue dans cette salle. »

Propos recueillis par Olivia Bazenet.

Percujam en concert samedi 21 janvier à 20h30 à la MJC Louise-Michel.
Tarifs 10 € - 12 €. Tél. : 01 46 68 71 62
mjcfresnes(at)gmail.com / https://fr-fr.facebook.com/percujam/