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Stagiaire à la piscine de Montville (Seine-Maritime), Élodie Thos a mis en place des séances d’aquagym pour de jeunes autistes. Rencontre avec une jeune femme débordante d’énergie.

Publié le 3 Mar 18 à 19:13
Maître nageur et stagiaire bénévole, Élodie Thos est polyvalente et attachée à la piscine de Montville. (©Nicolas Gaillard/Le Bulletin de l’arrondissement de Rouen)

Élodie Thos, sapeur-pompier professionnelle à Yvetot (Seine-Maritime) est aussi étudiante en licence professionnelle « Animation Gestion et Organisation des Activités sportives » à l’université de Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime). Elle effectue actuellement son stage d’étude au sein de la piscine communautaire André Martin de Montville (Seine-Maritime).

Dans le cadre de cette licence professionnelle, Élodie devait mettre en place un projet qui n’existait pas. Touchée par le handisport, elle a choisi de développer un projet sportif inédit à destination des jeunes adultes autistes.

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Un projet peu initié ailleurs

Depuis décembre 2018 et jusqu’à la fin du mois de mars, Élodie anime des cours d’aquagym auprès de résidents de l’Institut médico-éducatif (IME) Dominique Lefort à Mont-Cauvaire (Seine-Maritime). Chaque vendredi à 13h30, six jeunes adultes autistes, âgés de 16 à 20 ans, viennent se détendre dans l’eau pour travailler leur coordination et leur concentration.

Ce projet fait office d’expérience car l’aquagym est peu pratiqué par les personnes handicapées. Dans les bassins aquatiques, seules des activités ludiques leur sont proposées.

C’est ce constat qui a conduit Élodie à proposer ce projet à la direction de la piscine André Martin et à l’équipe éducative de l’IME. Ces derniers se sont montrés intéressés. Pour le service sport de la communauté de communes Inter Caux Vexin, gérant la piscine, le projet d’Élodie permet d’ouvrir le service public à des personnes en situation de handicap en leur proposant des activités adaptées à leur envie et leur situation en milieu aquatique.

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Le riche parcours d’Élodie Thos.
Des pompiers, en passant par l’humanitaire et la piscine, le parcours d’Élodie est bien rempli. Après un bac littéraire à Dieppe (Seine-Maritime), sa ville d’origine et actuelle, elle s’engage comme sapeur-pompier volontaire à l’âge de 18 ans. De 20 à 29 ans, elle est sapeur-pompier professionnelle au Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) 76 à Rouen (Seine-Maritime), puis au Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (Codis) à Yvetot. À 29 ans, Élodie décide de se mettre en disponibilité pendant deux ans pour faire de l’humanitaire. « J’étais dans une routine métro, boulot, dodo et je n’avais pas réalisé mon rêve de gamine de 12 ans ».
Elle part un an en Bolivie pour s’occuper des enfants de rue aux environs de La Paz. Elle aide également les femmes à s’affirmer. Revenue en France en 2015, Élodie passe son diplôme de maître nageur. En 2016, la baroudeuse arrive dans un orphelinat à Sainte-Marie, petite île au large de la côte est de Madagascar. Elle y apprend les gestes de premier secours et la nage. Dans cette région, les noyades chez les enfants sont courantes. Au centre de la grande île de Madagascar, elle tente de créer une association pour permettre aux enfants d’aller à l’école. Par manque de moyens, ce projet ne survit pas.
Rentrée en France en avril 2017, la jeune femme reprend son travail de pompier au Codis, à Yvetot. En septembre 2017 et en parallèle de son activité professionnelle, elle s’inscrit dans une licence professionnelle à Mont-Saint-Aignan afin d’apprendre à gérer des structures sportives. Pour assister à ses cinq jours de cours mensuels, Élodie doit poser des congés. Parallèlement, elle est présente à la piscine de Montville pour son actuel stage bénévole. Pour elle, cet emploi du temps débordant trouve sa source dans l’humanitaire, « qui a tout déclenché en ouverture d’esprit ».

Un bilan concluant

« Le but de l’aquagym est de leur montrer une nouvelle activité sportive en liant la musique avec la coordination », explique Élodie. Pendant une vingtaine de minutes, ils effectuent des mouvements dans l’eau et à l’extérieur avec des musiques qu’ils connaissent ou découvrent. Au bout de trois mois de séances hebdomadaires, cette expérimentation s’avère concluante.

Élodie a constaté une amélioration de leur concentration et de l’esprit de groupe. « Ils aiment l’eau, les exercices leur procurent du bien-être et ils sont apaisés après les séances ». Elle est parvenue à entrer en interaction avec ces jeunes plutôt refermés sur eux-mêmes.

Quand ils me voient, ils me font un sourire. Une confiance s’est instaurée, lorsque je cherche à les aider, ils ne me repoussent pas. Ils communiquent plus qu’au début, a constaté la jeune femme.

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Une pérennisation possible des séances

D’ici la fin du mois d’avril 2018, Élodie devra finaliser une synthèse de ce projet. Le résultat de cette enquête permettra de rendre compte de l’intérêt de ces séances d’aquagym auprès de la direction de l’IME. Ainsi, cette activité pourrait être pérennisée par l’institut et la piscine, ce que souhaite Elodie. Débordante d’énergie et d’enthousiasme, la jeune femme a même d’autres idées.

Les cours d’aquagym pourraient être étendus à des publics spécifiques ayant d’autres pathologies. Et pourquoi pas essayer l’aquabike, une activité nécessitant un vélo aquatique.

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L’envie de créer une association

En attendant, les prochains mois d’Élodie seront bien occupés. Elle a un mémoire à rendre pour ses études. Prochainement, elle va assister la directrice de la piscine afin de préparer l’Aquathon prévu en juin, mois pendant lequel son stage se terminera. L’été prochain, elle effectuera des surveillances sur les plages normandes en heures supplémentaires pour le SDIS 76.

À l’avenir, Élodie aimerait bien créer une association. Elle pourrait être en rapport avec les handisport ou dans un autre domaine. L’envie est là, mais reste à l’idée le temps de mûrir.

Nicolas Gaillard