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21 avril 2017

Autisme - La chute libre des jeunes adultes

21 avr. 2017
Par Jean Vinçot

Blog : Le blog de Jean Vinçot


Les jeunes adultes avec autisme sont confrontés à de nombreuses attentes et difficultés nouvelles — sans plus bénéficier du soutien disponible au lycée. Un constat aux USA, mais reproductible en France

 Voir le rapport de Josef Schovanec et l'enquête d'Asperansa (sondage en cours).

Partiellement reproductible, bien sûr. On lit des chiffres qui laissent rêveurs, tant pour les adultes que pour les adolescents.

  • "Pendant le lycée, 97% des jeunes personnes dans le spectre reçoivent une aide financée par l’État, selon le rapport Drexel, qui se base sur les statistiques du gouvernement. Par exemple, à l’âge de 17 ans, à peu-près 66% des personnes avec autisme reçoivent des services d’orthophonie ; après le lycée, le pourcentage tombe à 10%. De la même façon, la proportion de ceux recevant des soins d’ergothérapie ou de séances d’habiletés sociales passe de plus de la moitié à moins d’un tiers."

Artic le du site SpectrumNews - par Deborah Rudacille

29 mars 2017 - Traduction par PY

https://spectrumnews.org/features/deep-dive/twenty-something-free-fall/

Isaac Law passe le plus clair de son temps devant son ordinateur, à regarder des films sur Netflix, à éplucher des messages Facebook ou à travailler sur son dernier projet, une bande dessinée Internet, Aimless, qui raconte les aventures de deux amis, Ike et Lexis, quittant la Terre pour rejoindre un groupe de pirates de l’espace.

Law a 24 ans, mais il n’a pas d’emploi et ne suis pas de cours. Il a brièvement travaillé en tant que bénévole, remplir les étagères dans un magasin de bandes-dessinées, mais ça ne s’est pas concrétisé. « C’était un endroit très mal organisé, » dit-il. Il s’est aussi inscrit dans une école d’art. Ça n’a pas marché non plus. « J’ai de gros problèmes avec l’autorité, » dit le jeune homme.

De bien des façons, Law semble être un millenial typique — ne désirant pas occuper un emploi barbant pour payer les factures, préférant consacrer du temps à ses intérêts créatifs. Mais la voie de Law vers un rôle adulte et les responsabilités est compliquée par le fait qu’il a un autisme et un trouble bipolaire.

Sa mère, Kiely Law, est déçue qu’il ait, comme elle le perçoit, « plafonné » depuis l’obtention de son diplôme de fin d’études secondaires, à 20 ans. Mais en tant que directrice de recherche au Interactive Autism Network, un registre pour les études sur l’autisme, elle sait aussi que de nombreux jeunes adultes dans le spectre partagent les difficultés de son fils au passage vers la vie adulte.

« Je pense qu’une de ses difficultés est que, comme beaucoup d’adultes avec autisme, il a des intérêts extrêmement restreints, » dit-elle. « Les opportunités existantes ne correspondent pas à ce qui l’intéresse. Et si vous avez des difficultés à interagir avec les autres, dans les compétences sociales, comme dans l’utilisation des transports en commun, il y a un effet boule de neige. »

Une vague géante d’enfants diagnostiqués d’autisme dans les années 90 atteignent maintenant l’âge adulte. Les chercheurs estiment qu’à peu près 50 000 jeunes gens avec autisme atteignent l’âge de 18 ans chaque année. Il est évident que c’est une période dangereuse pour nombre d’entre eux, avec au moins trois fois plus d’isolement social et des taux de chômage bien plus élevés en comparaison de jeunes avec d’autres handicaps. Alors que la majorité des jeunes gens avec des difficulté de langage ou des handicaps de l’apprentissage vivent indépendamment, moins d’un quart des jeunes adultes avec autisme le font.

« Il y a beaucoup d’assez bonnes études décrivant bien les difficultés rencontrées par les jeunes adultes avec autisme, en termes d’emploi et de sous-emploi, de comorbidités de santé mentale, de ne pas recevoir les services dont ils ont besoin, » dit Julie Lounds Taylor, professeur assistante de pédiatrie à l’université Vanderbilt de Nashville, Tennessee.

Jusqu’à maintenant toutefois, il y a eu peu de recherche pour déterminer la forme du soutien et de services dont ont besoin ces jeunes gens. Au lieu de recevoir une aide supplémentaire à cet âge vulnérable, ils font face à un obstacle important : une baisse soudaine du soutien au moment de l’obtention du diplôme de fin d’études, quand les services d’assistance fédéraux prennent abruptement fin — un phénomène que les chercheurs appellent ‘la falaise des services’.

Il se pourrait que, avec suffisamment d’aide, quelques jeunes gens dans le spectre puissent reprendre pied tout en continuant à se développer. Les militants et les parents incitent les scientifiques à étudier des questions pratiques qui améliorent les perspectives souvent sombres pour ces jeunes adultes. Bien que les problèmes qu’ils rencontrent soient bien documentés, les causes et les solutions potentielles ne sont pas claires. Quelques chercheurs en autisme rassemblent des données dont ils espèrent qu’elles vont éclairer la raison pour laquelle tant de jeunes adultes dans le spectre ont des difficultés — et ce qu’il leur faudrait pour passer cette transition. « Nous devons connaître ce qui remet les gens sur une voie de mobilité ascendante, » dit Taylor.

Passer la falaise

La période entre 18 et 28 ans est d’une importance critique dans l’établissement des fondations d’une vie adulte. Pour les jeunes gens avec autisme, ces années tendent à être particulièrement difficiles. Plus de 66% des jeunes adultes dans le spectre ne sont pas assurés d’un emploi ou d’une inscription dans des études complémentaires pendant les deux premières années suivant le lycée. Même deux à quatre ans plus tard, près de la moitié ne travaillent toujours pas ni ne sont scolarisés, selon le rapport National Autism Indicators de 2015, produit par la A.J. Drexel Autism Institute de Philadelphie. Et ils ont d’autres difficultés : un jeune adulte dans le spectre sur quatre est isolé socialement, selon le rapport ; un seul sur cinq a vécu indépendamment au début de la vingtaine. Ils sont nombreux à être aussi affectés de deux ou plusieurs maladies physiques ou de santé mentale en plus de l’autisme, ce qui rend difficile le passage de ces étapes de l’âge adulte.

En fait, le nombre limité d’études sur les jeunes adultes avec autisme montrent que nombreux sont ceux qui perdent pied après avoir quitté l’école. Alors que les adolescents avec autisme sont au lycée, leurs traits autistiques tendent généralement à s’améliorer au fil du temps, mais les progrès ralentissent dramatiquement après le diplôme. Dans une étude de 2010, les chercheurs ont découvert qu’une fois que les adolescents ont quitté l’école, toutes les améliorations obtenues dans les comportements répétitifs, les interactions sociales réciproques et la communication stagnent. Pendant ce temps, ceux ayant fait des progrès dans des problèmes de comportement comme les auto-mutilations et l’agressivité régressent. « Nous avons trouvé que, quand ils quittent le lycée, ces améliorations ralentissent beaucoup, voire stoppent dans certains cas, » dit Taylor, qui a dirigé l’étude.

La raison probable, disent Taylor et les autres chercheurs, est que le soutien aux adolescents s’évanouit après l’obtention du diplôme.

Pendant le lycée, 97% des jeunes personnes dans le spectre reçoivent une aide financée par l’État, selon le rapport Drexel, qui se base sur les statistiques du gouvernement. Par exemple, à l’âge de 17 ans, à peu-près 66% des personnes avec autisme reçoivent des services d’orthophonie ; après le lycée, le pourcentage tombe à 10%. De la même façon, la proportion de ceux recevant des soins d’ergothérapie ou de séances d’habiletés sociales passe de plus de la moitié à moins d’un tiers.

Pendant de nombreuses années, ces problèmes n’étaient même pas sous le radar des chercheurs. « Pendant très longtemps, les gens pensaient aux enfants et à la façon d’intervenir pendant l’enfance, » dit Taylor. Ce n’est pas avant ces dix dernières années qu’elle et d’autres chercheurs ont commencé à travailler au comblement de ce manque — et rencontré des obstacles considérables.

Par exemple, l’université Vanderbilt a un programme complet de recherche sur l’autisme, alors quand Taylor a commencé à étudier les jeunes adultes, en 2009, elle pensait qu’il serait facile d’atteindre des participants potentiels à l’étude par le réseau. « Je ne m’attendais pas du tout à ce que ce soit difficile de joindre les familles, » dit-elle. Elle a découvert que, en fait, c’était « incroyablement difficile » et bien plus ardu que de convaincre de jeunes enfants ou leurs familles à participer.

Cela peut être dû au fait que la communauté de l’autisme tend à être plus resserrée parmi les familles avec des enfants plus jeunes. Une fois les enfants plus âgés, les familles peuvent ne pas avoir autant d’incitations à participer à la recherche parce qu’elles n’attendent plus la sorte de ‘solution rapide’ qu’elles peuvent avoir espéré un jour.

Les agences de financement tendent aussi à ne pas être intéressées à encourager des études qui pourraient aider à déterminer pourquoi les années suivant le lycée sont difficiles et confuses, disent les chercheurs. C’est particulièrement vrai des études sur les services destinés à aider les jeunes gens avec autisme à passer vers l’âge adulte.

L’écrasante majorité de la recherche sur l’autisme se concentre sur les enfants. Entre 2008 et 2012, seulement 1% du financement public de la recherche sur l’autisme a été consacré aux difficultés de l’âge adulte, selon le rapport du U.S. Government Accountability Office. « L’accent mis sur le cerveau et la biologie éloigne vraiment de ce type d’études, » dit Catherine Lord, directrice du Center for Autism and the Developing Brain, au New York-Presbyterian Hospital de New York. « Il est très difficile d’obtenir des financements pour une étude qui n’a pas une sorte de marqueur biologique. »

Les agences de financement préfèrent aussi généralement la recherche qui explore les ‘mécanismes’ sous-jacents de l’autisme. Cela implique généralement une approche biologique, ce qui restreint encore le périmètre de la recherche, dit Lord. « La plupart [des scientifiques], quand ils recherchent des mécanismes, recherchent des sujets pouvant être facilement transposés dans les modèles animaux. »

Elle propose que les scientifiques puissent interpréter plus largement l’idée d’un mécanisme, en évaluant des thérapies qui améliorent les compétences conversationnelles ou d’autres aspects de la vie quotidienne. Quelques preuves indiquent que les adultes avec de fortes aptitudes d’adaptation à la vie quotidienne — comme la communication et les compétences sociales, l’hygiène personnelle, la cuisine, le ménage et la capacité à utiliser les moyens de transport collectifs — ont plus de chances d’être employés et d’être mieux intégrés dans leurs communautés que ceux disposant de compétences moins grandes. Mais pour l’heure, peu de recherches ont exploré le fonctionnement adaptatif pendant la transition vers l’âge adulte pour les personnes dans le spectre.

Les jeunes adultes ont participé à de nombreuses études sur l’autisme au fil des ans — de nombreuses études d’images ont scanné leurs cerveaux, par exemple. Mais ces études, bien qu’intéressantes pour les chercheurs, n’ont généralement pas d’impact direct sur la qualité de vie des participants.

Dans certains cas, les jeunes adultes eux-mêmes peuvent être réticents. Isaac Law, pour sa part, ne croit pas qu’il y ait une chose comme l’autisme. « La plupart des personnes catégorisées autistes sont juste de simples excentriques » dit-il. Il rejette le diagnostic et ne trouve aucun intérêt à participer à des études — même si ses deux parents sont des chercheurs en autisme.

Des douleurs grandissantes

En 1990, Lord a commencé à suivre un large groupe d’enfants avec autisme, dès l’âge de deux ans. Sa première intention était de déterminer si il était possible de diagnostiquer aussi tôt l’autisme chez les enfants, d’explorer si le diagnostic restait stable pendant la période de scolarité. Près de 130 personnes, aujourd’hui dans le milieu de leur vingtaine, participent encore à l’étude. « Près de 45 d’entre eux sont verbaux et vraiment capables de parler de ce qui arrive, » dit-elle. Les autres sont intellectuellement handicapés.

Au fil des ans, Lord et ses collègues ont rassemblé des données sur leur comportement, leurs aptitudes d’adaptation à la vie quotidienne, leur réussite scolaire, leurs activités quotidiennes et leurs santés physiques et mentales.

L’équipe a découvert que les aptitudes d’adaptation à la vie quotidienne des personnes ayant à la fois un déficit intellectuel et de l’autisme, continuent à s’améliorer entre 18 et 26 ans. « C’est une des choses qui ont été encourageantes pour nous, » dit-elle. « Ils apprennent encore toutes sortes de choses. » Une des raisons pour cela est que les personnes dans le spectre avec un handicap intellectuel ont accès à une large gamme de services, même après qu’ils aient quitté l’école. « Il existe des endroits où ils peuvent travailler quand ils sortent de l’école, il y a en place des systèmes de services pour les aider à trouver des activités pendant la journée, pour leur trouver des endroits où vivre si ils ne désirent plus résider chez leurs parents ou qu’ils ont besoin d’aide pour pouvoir se déplacer. »

Paradoxalement, l’image est plus sombre pour les jeunes adultes avec autisme d’intelligence moyenne ou supérieure. Certains, qui réussissaient au lycée, semblent s’effondrer en arrivant à l’université, dit Lord. Et ceux qui ne sont pas à l’université ou au travail se débattent pour trouver le moyen de remplir leurs journées soudainement vides. Ces jeunes personnes expriment une plus grande détresse quant à leur situation que ceux affectés d’un handicap intellectuel. Leurs parents sont plus susceptibles de les qualifier d’anxieux ou déprimés en comparaison des parents d’enfants avec à la fois un autisme et une déficience intellectuelle.

« C’est bien plus difficile pour les plus brillants, les plus verbaux avec des problèmes moins graves, » dit Lord. Leurs propres attentes — et celles de leurs parents — sont plus élevées, d’un côté. Mais ils affrontent aussi un changement de style de vie plus abrupt, dit Lord ; ils ne bénéficient plus de la sorte de structure et des soutiens qui ont caractérisé leur années de lycée. Livrés à eux-mêmes pour la première fois de leur vie, nombre d’entre eux sont perdus. Et en dehors de leurs parents, il n’y a personne pour les aider à naviguer cet océan de changements.

 Peu d’études ont enquêté sur le type d’aide qui améliorerait vraiment la qualité de vie des personnes dans le spectre. Une analyse de 2012 a identifié 23 études se concentrant sur l’amélioration des services pour les adultes avec autisme ; dans 12 d’entre-elles, l’âge moyen était de 30 ans ou moins. La plupart de ces études se concentraient exclusivement sur l’emploi, la formation et la recherche des compétences d’employabilité ou le soutien à des personnes disposant déjà d’un emploi. Aucune d’entre-elles n’explorait le groupe de services dont pourraient avoir besoin les personnes avec autisme, des services médicaux et psychiatriques aux déplacements. Les États payaient rarement pour l’encadrement de la gestion de tels services, pour les personnes de plus de 18 ans sans handicap intellectuel.

Lord dit qu’un des grands problèmes avec la recherche sur les jeunes adultes est qu’il est difficile de définir ce qui peut être qualifié de bon résultat pour une jeune personne dans le spectre. Une jeune femme brillante avec autisme pourrait trouver un emploi qui ne correspond pas à ses qualifications universitaires — mais cela devrait-il être automatiquement considéré comme un échec ? Si son travail lui plait ?

« Cela nous gêne parce qu’il semble très arrogant de notre part de dire, ‘C’est une réussite,’ » dit Lord. « C’est une part de la complexité de ce type de recherche. »

Ces jeunes personnes ont leurs propres priorités pour la sorte de recherche qu’ils croient devoir être financée, elles différent souvent largement de ce que penseraient les chercheurs ou les agences de financement. « Pour nos adultes indépendants, une des principales priorités est les services d’emploi : un meilleur système de soutien dans l’environnement de travail, » dit Kiely Law, qui a participé en 2015 à un sondage sur près de 400 adultes avec autisme et leur soignants dans le Interactive Autism Network. Le sondage incluait des personnes entre 18 et 71 ans, la plupart trentenaires, mais tous, à tous âges, étaient d’accord sur ce point.

Une autre priorité était les opportunités de formation après le lycée, et la nécessité d’un soutien spécial dans cet environnement, dit Law. Une étude informelle menée l’année dernière avec un comité consultatif communautaire a mis en évidence des préoccupations identiques. Hormis l’accès à des fournisseurs de santé mentale, les personnes dans le spectre ont identifié leurs priorités de recherche comme étant le travail, l’éducation, le harcèlement et la discrimination, plutôt que la recherche bio-médicale. Mais sans études basées sur les preuves évaluant le coût et l’efficacité de tels programmes, il est peu probable que la puissance publique les finance.

Les participants à l’étude ont aussi mentionné la difficulté à trouver des fournisseurs de santé — particulièrement des spécialistes de santé mentale — compétents pour travailler avec des adultes dans le spectre. Une fois encore, toutefois, il y a peu d’informations sur la façon dont la médication et d’autres traitements pour l’anxiété, la dépression et les troubles du déficit de l’attention — tous courants chez les personnes dans le spectre — devraient être fournis aux adultes avec autisme. « La recherche sur les politiques de santé a plus a offrir à ce groupe de personnes, » dit Law.

Y travailler

Sara et Abby Alexis, deux jumelles de 24 ans, ont toutes deux un autisme. Abby suit un cours au collège communautaire et travaille un jour par semaine dans un salon de coiffure, où elle plie les vêtements, balaye les cheveux et fait la vaisselle. Elle vient de commencer un nouveau travail dans un café. Sara vient de finir une classe d’art en formation continue et a deux emplois à mi-temps : plier les serviettes dans une salle de sports et emballer des savons dans une entreprise de produits de soins personnels. Elles sont deux parmi les rares à avoir trouvé des emplois qui leur conviennent — grâce à un programme lancé par des parents ayant résolu par eux-mêmes le problème de la falaise (des services).

Les soeurs ont obtenu leurs emplois par l’intermédiaire d’Itineris, un programme communautaire créé en 2009 par neuf familles de Baltimore ayant réalisé qu’après l’obtention de leur diplôme de lycée, il n’y aurait plus de services spécialisés disponibles pour assister leurs enfants dans le spectre à devenir plus indépendants. En plus de fournir une formation professionnelle, l’équipe d’Itineris organise des sorties pour les 70 jeunes du programme dans des restaurants, des parcs d’amusement, au cinéma ou au bowling.

Abby et Sara aiment toutes les deux Itineris. « C’est bien de se faire des amis et de se socialiser, » dit Sara. Abby a un petit ami, rencontré à Itineris, et d’autres nombreux amis. Elle espère emménager dans un appartement avec sa plus grande soeur dans un an ou deux et devenir encore plus indépendante. « Je veux que les gens me traitent comme une adulte, pas comme un gosse, » dit-elle. Avoir un emploi payé 9$US de l’heure en fait partie.

Les chercheurs tendent à se concentrer sur l’emploi des jeunes adultes avec autisme pour une raison simple. « Nous trouvons que pour beaucoup de gens, l’emploi n’est pas qu’une (histoire de) paie. C’est des opportunités d’inclusion sociale, la rencontre d’autres personnes, d’une expression personnelle et de formation de l’identité, » dit Paul Shattuck, directeur du programme de recherche the Life Course Outcomes au A.J. Drexel Autism Institute.

Mais sans l’aide d’une association comme Itineris, trouver un travail est difficile — et le conserver encore plus ardu. Bien que près de la moitié des jeunes adultes dans le spectre travaillent pour un salaire à un moment après le lycée, seulement un sur cinq travaille à plein temps, avec un salaire moyen de 8$US de l’heure. Leurs taux d’emploi sont plus bas que ceux des personnes avec des handicaps du langage, des difficultés d’apprentissage ou de seuls déficits intellectuels.

Les jeunes adultes avec autisme sont plus susceptibles de travailler pour un salaire si, comme Abby et Sara, ils sont issus de foyers avec des revenus moyens à supérieurs, ont des capacités de conversation et de fonctionnement correctes. Toutefois, trouver un emploi ou être inscrit dans une école n’est pas la garantie d’un emploi correct ou de l’obtention d’un diplôme. Une étude de 2015 basée sur 73 jeunes adultes a montré que 49 d’entre eux travaillaient ou suivaient une forme d’études supérieures, généralement des cours d’université, à un moment pendant les douze années suivant l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires. Toutefois, seulement 18 d’entre eux étaient employés régulièrement ou scolarisés pendant tout cette période. Seulement 3 des 31 personnes diplômées de l’université ont trouvé des emplois dans le champ de leur formation ; la plupart restaient sans emploi ou assuraient des emplois non-qualifiés dans la restauration, le commerce ou la maintenance.

Pour les jeunes gens de la classe ouvrière et des familles pauvres, le chômage n’est pas vraiment une option, ajoute Shattuck. L’année dernière, lui et ses collègues ont lancé un partenariat avec les écoles publiques de Philadelphie et un service social de l’État pour fournir des stages à plein temps et des formations professionnelles à des jeunes avec autisme. Le programme est conçu pour les personnes avec des déficiences intellectuelles ; un participant est non-verbal, dit-il. Toutefois, leurs familles attendent d’eux qu’ils assurent un emploi rémunéré quelconque. La plupart des participants sont afro-américains et sont issus de familles aux moyens modestes, dit Shattuck. Les familles doivent participer au programme. « Plus important, chaque jeune doit exprimer une volonté claire et un intérêt pour le travail et l’apprentissage, » dit-il.

Les participants — seulement 8 jusqu’à maintenant — alternent des stages à la librairie ou dans d’autres services du campus de l’université Drexel, avec l’objectif d’acquérir des compétences qu’ils puissent transférer dans de futurs emplois. « Ce ne sont pas des positions de travail aidé, » dit Shattuck. Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer la capacité du programme à aider les participants à conserver un emploi, Shattuck dit que les employeurs sont satisfaits pour l’instant. « Nous avons reçu beaucoup de soutien de l’équipe de Drexel et des encadrants. »

Les chercheurs espèrent étendre le programme l’année prochaine. Le financement provient d’agences de l’État et de la ville, qui fournissent déjà des soutiens aux adultes avec des déficiences intellectuelles, ce qui veut dire que « c’est neutre budgétairement pour ces agences, » dit Shattuck. Cela devrait faciliter déploiement du programme dans d’autres villes et États.

La recherche limitée sur les jeunes adultes avec autisme rend difficile la promotion de services supplémentaires pour eux, dit Shattuck. Les législateurs et leurs équipes posent tous la même question : Quelle proportion de jeunes dans le spectre seraient capables de vivre indépendamment, quelle proportion requerra une aide importante pour le reste de leur vie ?

« Nous n’avons pas le bon format, l’infrastructure, les outils pour même répondre à ces questions simples, » dit-il.

De nouveaux départs

Un jour, quand le fils de Renee Gordon a eu 21 ans, il a sauté d’une voiture en marche au milieu de l’autoroute. Pour le maîtriser, la police l’a finalement jeté au sol et menotté. L’incident a été le sommet d’une mauvaise période pour Alex, qui a un autisme, est déficient intellectuel et non-verbal. Son anxiété est devenue particulièrement intense à la suite d’une série de changements importants, dont le départ d’un soignant de longue date et la perte d’amis d’école. Après l’incident, ses parents, approchant de la retraite, ont décidé qu’ils ne pouvaient plus fournir à Alex l’environnement structuré dont il avait besoin à la maison. Ils se préoccupaient du fait qu’il aurait des difficultés à s’adapter, mais cette expérience a révélé que pour les personnes avec autisme, le changement et l’évolution peuvent s’étendre bien au-delà de l’adolescence.

Alex a déménagé dans un foyer collectif en juin 2014, il y vit désormais avec deux autres hommes handicapés et leur soignant. Gordon est étonnée par les changements survenus chez son fils. « Cela a été la transition la plus extraordinaire pour lui, » dit-elle. « Il est bien plus indépendant, bien plus flexible. »

Alex nécessite toujours une assistance constante. Mais il a appris à fermer son manteau et ses pantalons, est bien moins difficile pour la nourriture, est bénévole pour Meals on Wheels et participe à des réunions sociales, avec ses colocataires et d’autres pairs, dont une excursion à la plage et une soirée mensuelle à la League for People With Disabilities. Enfin il a des amis.

« Nous pensons que parce que l’école cesse à 18 ou 21 ans, c’est la fin de l’apprentissage, » dit Gordon. Mais en voyant les changements chez son fils, se souvenant des témoignages entendus d’autres parents pendant des années sur les grands progrès effectués par leurs enfants adultes pendant la vingtaine, elle se demande si le jeune âge adulte ne pourrait pas être la période idéale pour l’apprentissage de nouvelles compétences.

Shattuck dit que lui aussi en a entendu beaucoup de ces témoignages ‘de seconde main’ de parents au sujet de leurs enfants adultes avec autisme dans la vingtaine ou la trentaine. Cela le mène à réfléchir à deux questions fondamentales : Quelles sont les conditions facilitant ces progrès inattendus — que se passe-t-il dans le développement du cerveau qui le permettrait ?

Shattuck ne considère pas la recherche de base et les études de services comme contradictoires. La compréhension de la façon dont la maturation et l’avancée en âge se déroule chez les personnes avec autisme tout au long de la vie, dit-il, améliorera leur santé, leur bien-être et leur qualité de vie, tout en contribuant à la compréhension des mécanismes au niveau biologique. « Cela n’a pas à être l’une ou l’autre, » dit-il. « L’argument que j’essaie de passer quand je parle à des collègues scientifiques est : Oui, il y a clairement un décalage entre ce que la communauté voudrait voir financé et ce qui l’est vraiment. Mais je pense que c’est une erreur de conclure qu’il doit y avoir une différence entre les deux objectifs. »

Gordon, qui est mariée à un neurologue, est d’accord. Les études biologiques sont importantes ; comme l’est la recherche sur les soutiens dont les jeunes adultes comme son fils ont besoin maintenant, dit-elle. « Je voudrais plus de recherche sur la façon d’assurer à ces personnes des vies heureuses et gratifiantes. »

Pour Isaac Law, le bonheur et la réalisation sont représentés par sa bande dessiné Internet, qu’il espère publier en août 2018, à l’ouverture du Museum of Science Fiction, à Washington D.C. Son rêve est d’être rémunéré pour son travail de dessinateur. « Je préférerais ne pas avoir de travail à nouveau, » dit-il. « Je voudrais me concentrer sur ma bande dessinée si possible. »

La bande dessinée est une comédie de potes, centrée sur deux amis inséparables. Law dit qu’il n’a pas lui-même un tel ami. Le personnage de Lexis est basé sur son cousin, mais, admet-il, « nous ne nous parlons aussi souvent que nous le devrions probablement. »

Syndication cet article a été republié dans Slate.

Sur les adultes autistes, page du forum Asperansa

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20 avril 2017

Témoignage: «Je suis un autiste insoupçonnable»


Il n’y a pas un autisme, mais des autismes. Certaines formes sont même indécelables. La preuve avec Hugo Horiot, comédien et écrivain français, autiste.

Quand, à 30 ans, Hugo Horiot sort son premier livre L’empereur, c’est moi et révèle son autisme, la presse refuse de le croire et demande des preuves. C’est vrai que l’homme s’exprime parfaitement. Même plus, il a le goût des mots et du beau langage. Nulle trace non plus dans son comportement de ce qu’on imagine être des manifestations de l’autisme: il est séduisant, sûr de lui, à l’aise sur scène ou devant les caméras. Hugo ressort alors un petit film, réalisé lorsqu’il avait 15 ans par son meilleur ami. On l’y voit, le corps raide et la voix lente, parler de son autisme*. La presse est convaincue: Hugo est invité sur tous les plateaux télé français.

Le courage d’une mère

«Jusqu’à l’âge de 6 ans, raconte-t-il, je ne parlais pas. J’évitais les regards, je tournais des roues, j’avais des gestes répétitifs, je ne cherchais pas le contact.» A 2 ans, on préconise pour lui un enfermement psychiatrique. Sa maman (la romancière Françoise Lefèvre, qui a raconté l’autisme de son fils dans Le Petit Prince cannibale et Surtout ne me dessine pas un mouton) l’emmène à l’hôpital de jour une, puis deux, trois, quatre fois par semaine avant de décider, mue par une formidable intuition, d’arrêter toute forme de traitement et de s’en charger elle-même. «Jamais je ne te livrerais en pâture aux institutions dites ‘spécialisées’, écrit-elle en postface de L’empereur, c’est moi. Ils ne me rafleraient pas ce que je considérais comme une de mes plus belles histoires d’amour.» «C’est essentiellement grâce à ma mère que mon autisme a diminué, explique Hugo. Elle a renoncé à tout pendant dix ans pour s’occuper de moi.» Fermement décidée à scolariser son petit garçon, Françoise Lefèvre lui apprend les lettres et les chiffres à 3 ans. «Comme je ne parlais pas, ma mère craignait qu’on ne m’accepte pas à l’école. Elle a alors décidé de me mettre à niveau avant. En une après-midi, elle m’a appris à reconnaître les lettres et les chiffres en les dessinant sur les murs de ma chambre. Grâce à elle, je savais lire, écrire et compter avant de sourire, parler et regarder. L’école a bien été obligée de me prendre.»

Le langage comme arme

Là, parmi les autres enfants, Hugo commence à se sentir différent. «Je détestais les enfants de mon âge. Courir dans la cour, jouer au ballon, ça ne m’intéressait pas.» Cette différence, les autres enfants la perçoivent très vite. «Toute ma scolarité, je l’ai vécue entre des élèves très cruels par rapport à la différence. Mes profs me reprochaient mon décalage, pensaient que j’aurais dû être en centre spécialisé.» Malgré tout, sa mère persiste dans sa décision. Elle le pousse même à faire un maximum d’activités «normales» (judo, escrime, musique, théâtre…). «Vers 6 ans, je me suis dit que si ma mère, la personne qui m’aimait le plus, se donnait tant de mal pour que j’accepte de vivre dans ce monde, ce serait peut-être bien que je le fasse.» Hugo se met alors à parler. Un peu. A 12 ans, comme on le dit trop taciturne et qu’on continue à le harceler, il décide de se mettre à parler extrêmement bien. «Puisque j’étais incapable de me défendre par les coups, j’allais donc combattre par le langage. Les mots qui sortiraient de ma bouche seraient mon arme.» Sa mère est alors convoquée: «Madame, il y a un problème: votre fils parle un langage soutenu. Ce serait bien qu’il cesse et qu’il se mette au niveau de ses camarades!»

Feindre la normalité

A 15 ans, Hugo profite de son entrée au lycée pour taire son autisme. «J’ai commencé à feindre la normalité en observant les autres. Comme un comédien qui répète. Je suis devenu insoupçonnable. Dissimulation? Imposture? Non. Survie. Parce que quand on est différent, on est mort.» Et parce qu’il a appris tout jeune à jouer la comédie, Hugo se retrouve en terrain connu lorsqu’il découvre le théâtre, qui devient sa passion, puis son métier. «Je suis avant tout devenu comédien par paresse, écritil dans Carnet d’un imposteur. Ayant dû mettre en scène et jouer un rôle de composition pour survivre, devenir un professionnel du spectacle se révélait la suite logique.»

Autiste à vie

Mais autiste, Hugo le sera à vie. Certains de ses comportements en attestent. «Je travaille très vite, j’ai une capacité de concentration très grande, ce qui me permet de retenir très vite mes textes. Mais je suis loin d’être Rain Man!» Côté relations sociales, «je m’encombre très peu, je ne côtoie que des gens avec lesquels je me sens bien, je n’aime pas les mondanités.» Les relations amoureuses sont elles aussi difficiles, comme il l’écrit dans Carnet d’un imposteur à propos de sa rupture avec la maman de son fils: «Tu dois vivre. Mais sans moi. Je ne sais pas composer avec les êtres. Je m’occupe des masses. La paix m’endort. La guerre me tient en éveil. Sans plan de bataille, je m’ennuie et je meurs.» A 30 ans, après des années de silence, Hugo éprouve soudain le besoin de parler de son autisme. Il sort son livre L’Empereur, c’est moi (éd. L’Iconoclaste). Ses proches tombent des nues: «En fait, on ne te connaissait pas.» Puis il l’adapte au théâtre. Dans son livre et dans sa pièce, le mot «autisme» n’apparaît jamais. «Ce n’est pas un livre ni un spectacle sur l’autisme, mais sur l’exclusion, le décalage. Plein de gens peuvent s’y reconnaître.» Il ne se veut pas non plus le porte-parole des autistes. Quand on lui demande un conseil pour les parents, il n’a que celui-ci: «Ne laissez pas ghettoïser votre enfant. Vous seuls savez ce qui est le mieux pour lui.»

* A voir sur www.hugohoriot.com.

«AVEC UN ACCOMPAGNEMENT PERSONNALISÉ, ON PEUT DIMINUER LES SYMPTÔMES DE L’AUTISME.»

Le cas d’Hugo Horiot n’étonne pas Florent Chapel, ce père d’un enfant autiste, membre du Collectif Autisme en France et auteur, avec Sophie Le Callennec, de Autisme: la grande enquête (éd. Les Arènes). Pour lui, il n’y a pas un autisme, mais des autismes, avec des degrés d’atteinte qui varient très fort et peuvent diminuer, parfois totalement, par un recours aux bonnes méthodes.

Que sait-on aujourd’hui de l’autisme?

On a la certitude qu’il a une origine génétique. Il touche 4 à 5 fois plus les garçons, davantage les populations blanches et se développe en fonction de facteurs environnementaux, sans doute extrêmement variés.

La neuro-imagerie a-t-elle permis de mieux comprendre ce trouble?

Désormais, on sait que l’autisme consiste principalement en une difficulté de socialisation –probablement liée à une mauvaise capacité à comprendre les intentions des autres – et une difficulté à se faire comprendre, ce qui pourrait expliquer des compor-tements tels qu’angoisse, agitation, comportements répétitifs…

Vous préconisez certaines méthodes?

Les méthodes éducatives et comportementales sont basées sur du bon sens: apprendre à l’enfant à communiquer, le récompenser lorsqu’il a un comportement adéquat, morceler les apprentissages… L’efficacité de ces méthodes a été prouvée. D’autant plus lorsque le travail est réalisé conjointement par les parents et les éducateurs, qu’il est entrepris le plus tôt possible (entre 6 et 15 mois) et de manière intensive (pour en savoir plus: www.inforautisme.be).

20 avril 2017

La vidéo de l'association Scolarité-Handicap

logo scolarité-handicap

Publiée sur la page facebook de scolarité-handicap

Scolarité-handicap

Scolarité-Handicap dénonce la déscolarisation de l'enfant handicapé, l'exil de ces enfants vers la Belgique, les inclusions mal accompagnées, les désengagement de l'Etat, le manque de structures...
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19 avril 2017

Une école fière de la différence

article publié sur Hebdo Rive Nord

Incursion dans les classes TSA à De la Paix

Renée-Claude Doucet renee-claude.doucet@tc.tc
Publié le 16 avril 2017
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Chaque enfant trace son chemin un échelon à la fois.

©Photo TC Media - Stephane Gregoire

SCOLAIRE. Depuis le mois de septembre, l’école primaire De La Paix, à Repentigny, poursuit une vocation particulière. En plus de ses groupes du régulier, elle accueille huit classes TSA, soit 37 élèves présentant un trouble du spectre de l’autisme.

Dans la nouvelle section de l’école De La Paix, les murs peints d’un vert pomme attire le regard. L’aménagement des locaux a été soigneusement pensé afin d’éveiller les sens de ces enfants qui ont leur façon bien personnelle de voir la vie. «L’enfant autiste ne traite pas l’information comme nous, explique Dominique Léveillé, enseignante. Nous, lorsque l’on reçoit l’information, on est capable de la généraliser et de la placer. Chez eux, l’information entre puis ressort éventuellement, mais elle risque d’être dans le désordre. Il faut leur enseigner à la gérer, à la placer et à la traiter.»

Les élèves qui se retrouvent dans les classes TSA à De la Paix sont âgés entre 5 et 10 ans. Ils présentent tous différents besoins particuliers. «Certain ressentent une sensibilité aux bruits, d’autres à la lumière, souligne la directrice de l’école Chantal Drapeau. Des enfants sont non-verbaux tandis que d’autres travaillent sur la propreté. On mise sur l’acquisition de l’autonomie fonctionnelle».

 

Professionnels dévoués

Le programme d’enseignement offert aux classes TSA est celui du Ministère de l’Éducation, soit le même que reçoivent les jeunes du régulier. Il s’agit cependant de classes d’adaptation scolaire, donc l’enseignement est personnalisé à chaque enfant. Les groupes comptent en moyenne cinq élèves par classe. Chaque enseignante est accompagnée d’une éducatrice spécialisée, dont le rôle consiste à maximiser la disponibilité de l’enfant et ainsi faciliter les apprentissages.

«Au préscolaire, on développe le langage, l’habileté sociale, la communication, la motricité fine et la motricité globale, pour laquelle les enfants vivant avec un TSA ont souvent des retards», précise Mme Léveillé. Après la maternelle, ils poursuivent leurs apprentissages ou on cible un objectif d’après leurs besoins, en français, par exemple.»

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L’enseignante Dominique Léveillée est fière de la réussite de ses cocos. Le petit Olivier Dulac compte parmi eux.

©Photo TC Media - Stephane Gregoire

Au niveau primaire, chacun des élèves dispose de son propre espace en classe, où se retrouvent un bureau ainsi qu’une étagère accueillant des paniers dans lesquels les enseignantes peuvent y déposer des tableaux d’exercices, par exemple. La majorité des enfants travaillent également avec des pictogrammes. Des images de leurs tâches quotidiennes sont donc enlignées tout près d’eux, à titre de point de repères.

L’école De La Paix compte sur une équipe de professionnels dévoués, contribuant au développement des enfants autistes; psychologues, psychoéducatrices, techniciennes en langage, orthophoniste et ergothérapeute. «Ce sont des services très bénéfiques», appuie Mme Léveillé.

Le souhait le plus cher que les intervenants de l’école chérissent est que leurs élèves soient aptes à vivre en société. Ils travaillent donc en collaboration avec le Centre de réadaptation La Myriade, qui offre des services spécialisés d’adaptation dans une perspective de participation sociale à des personnes vivant avec un TSA.

Après le préscolaire, les enfants considérés de niveau «académique» sont transférés à l’école primaire Henri-Bourassa, à Repentigny. Cette école accueille des classes TSA, composées d’élèves capables de bien fonctionner dans un contexte de classe semblable au régulier. Puis, au niveau secondaire, les jeunes aux besoins particuliers sont dirigés vers l’école Jean-Claude-Crevier. D’autres sont appelés à aller à Jean-Baptiste-Meilleur, dans les groupes de soutien émotif ou encore à Paul-Arseneau, dans les classes DIM (déficience intellectuelle modérée).

 

AVRIL - MOIS DE L'AUTISME

L’école De la Paix veille à sensibiliser l’ensemble de ses élèves à la différence. En ce mois de l’autisme, elle organisait une journée spéciale où le personnel et les élèves étaient appelés à porter des vêtements bleus, la couleur officielle de l’autisme. Puis, en mai, l’école a convié la Société de l’autisme région de Lanaudière afin de sensibiliser les jeunes à la réalité que vivent leurs voisins de classe.

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Chaque jour, Wendy Jean, Aksil Yacine et Élyane Asselin peuvent compter sur Vanessa Rouillard-Philippe, enseignante, et Mélanie Lacourse, éducatrice spécialisée.

©Photo TC Media - Stephane Gregoire

19 avril 2017

Autisme: l'aide est insuffisante

article publié dans info dimanche

11 avril 2017 - 06:54

Francois Drouin

Par Francois Drouin, Journaliste

autisme-isabelle-marquis-riviere-du-loup-001-620x348Isabelle Marquis et son fils Jean-Christian Lebel - Photo Marc-Antoine Paquin

L’annonce d’un demi-million de dollars par année pour venir en aide aux personnes atteintes du trouble du spectre de l'autisme (TSA) et leur famille devrait avoir un impact positif sur le délai de prise en charge des enfants autistes. Mais cet apport qui pourrait aussi augmenter le nombre d’heures de services fait l’impasse sur l’hébergement.

Ainsi donc, au-delà des chiffres, certains font preuve de prudence et de réserve face aux sommes disponibles, notamment dans le cas de l’aide à l’hébergement. C’est le cas d’Isabelle Marquis qui pilote avec d’autres parents, un projet de centre de santé spécialisé dans le but de combler les besoins grandissants de ces ressources pour les personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme.

«Bien que les sommes aient l'air alléchantes, ce qui a été annoncé pour l'hébergement et le répit-gardiennage des jeunes adultes autistes est de 6 millions de dollars pour 5 ans divisés par 17 régions administratives. Ceci représente 70 000 $ par année pour tout le Bas-Saint-Laurent pour les services pour cette tranche d'âge. Autant dire rien qui puisse héberger nos jeunes», lance Mme Marquis.

Cette dernière reproche donc à la ministre de souffler le chaud et le froid dans ce dossier où les besoins, notamment en maison d’accueil, sont criants. «Le gouvernement fait donc des annonces d'une main pendant que le CISSS du Bas-Saint-Laurent coupe de l'autre. En effet, selon les statistiques fournies par le syndicat des familles d'accueil et des Ressources intermédiaires, 14 hébergements auraient fermé depuis l’année dernière», soutient-elle.

Mme Marquis ne cache pas son inquiétude alors qu’ici même, à Rivière-du-Loup, des services sont menacés. «Notre Maison s'apprête à fermer son service de répit-gardiennage à cause du retrait des employés payés par le CISSS. En ce moment, le CISSS refuse de financer de nouvelles ressources intermédiaires et se retirent des ressources déjà existantes. Alors, il va falloir beaucoup plus que $70 000 par année pour compenser ces pertes.»

AUTISME

Au Québec en 2015-2016 il y avait 14 429 élèves à la formation générale des jeunes avec un TSA, soit une prévalence de 142 pour 10 000 ou 1 enfant sur 70. Au Bas-Saint-Laurent, ce sont 371 personnes qui bénéficient de services spécialisés en TSA dont  235 sont âgés de 17 ans et moins.

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18 avril 2017

"Zone Interdite" sur M6 : quand la télévision révèle la maltraitance sur les enfants handicapés - émission 2014

"La télé, c'est que de la télé", scande Cyril Hanouna, pour ponctuer chacune de ses émissions "Touche pas à mon poste" sur D8. La télé, seulement du show ? Non.

Parfois, la télévision ne se contente pas de divertir. Parfois, la télévision enquête. Comme dans "7 à 8" sur TF1 , dans "Les Infiltrés" sur France 2 ou comme dans "Zone Interdite", ce dimanche 19 janvier 2014, sur M6

Enfants handicapés : révélations sur les centres qui les maltraitent

Autistes, trisomiques ou polyhandicapés, ils sont 13.000 enfants handicapés aujourd'hui sans solutions en France. Pour les familles, une charge difficile au quotidien. Mais les instituts spécialisés ne sont pas nécessairement la solution. 

Des établissements surchargés, des années d'attente pour ce que les parents imaginent être un soulagement mais qui, parfois, tourne au cauchemar. 

"On les met dans des box, parce qu'il n'y a pas de place ailleurs"

Attachés, enfermés, frappés, dénudés, insultés, humiliés : voilà les traitements réservés aux handicapés dans certains de ces centres spécialisés dans lesquels "Zone Interdite" a enquêté. Pis, le témoignage d'une mère relatant des sévices sexuels. 

Ces anciens châteaux, transformés en instituts, bénéficient de subventions publiques. Pourtant, ce ne sont pas des contrôles institutionnels qui ont révélé ces maltraitances. Mais un documentaire, qui a beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux et – qui sait  – qui contribuera peut-être à améliorer les conditions d'accueil des enfants handicapés.  Parce que la télé, parfois, ce n'est pas que de la télé.

18 avril 2017

Décret du 13 avril 2017 - Agrément des établissements de formation

 

Décret n° 2017-537 du 13 avril 2017 relatif à l'agrément des établissements de formation pour dispenser une formation préparant à un diplôme de travail social | Legifrance

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https://www.legifrance.gouv.fr

 

18 avril 2017

Droits de l'homme : Une réalité pour tous - extrait concernant les lieux de résidence

Extrait de Stratégie du Conseil de l'Europe du Conseil de l'Europe sur le Handicap 2017-2023 (page 15) :

"69. En outre, les lieux de résidence dans lesquels les personnes handicapées vivent dans l’isolement ou à l’écart de la société ne sont pas seulement contraires au droit de vivre dans la société co
nsacré par l’article 19 de la CDPH, mais donnent souvent lieu à des violations des droits de l’homme parmi les plus graves commises en Europe. Les faits de violence et d’abus qui se produisent dans ce type d’hébergement sont largement établis et sont l’une des multiples raisons pour lesquelles il est indispensable de les remplacer progressivement par des services de proximité."

15 avril 2017

Miser sur les autistes pour performer

article publié dans le journal de Montréal

Sous-employés, les autistes Asperger sont maintenant une main-d’œuvre recherchée par des employeurs

Georges Huard autist Asperger

Georges Huard est autiste Asperger. Il travaille depuis 20 ans comme technicien informatique à l'UQAM dans le département des sciences de la Terre et de l'atmosphère. On le voit ici sur le toit du pavillon Président-Kennedy, avec différents instruments de mesure.


 

Relégués aux files de chômage à cause de leurs comportements étranges, les autistes sont de plus en plus recherchés par des entreprises qui espèrent tirer profit de ces employés souvent plus performants que les autres.

Des compagnies comme Microsoft et SAP ont décidé de renforcer leurs équipes de programmeurs et de développeurs web avec des Asperger et des autistes de haut niveau parce qu’ils ont un grand «souci du détail» et sont plus «ponctuels, rigoureux, créatifs et sérieux» que leurs collègues «normaux», note-t-on.

«Ils pensent out-of-the-box. Ils essaient de trouver la solution la plus efficace à un problème et ils arrivent souvent avec des idées complètement originales», explique l’homme d’affaires et fondateur de l’entreprise web ASPertise, Frédéric Vezon.

Frédéric Vezon présidentd'ASPertise

Photo Ben Pelosse
Frédéric Vezon
Président d’ASPertise

Tabous

L’autisme est en hausse fulgurante partout en Occident, mais demeure relativement mal connu, déplore la directrice de la Fédération québécoise de l’autisme, Jo-Ann Lauzon.

«Il reste encore beaucoup de tabous et de préjugés dans la société», dit-elle.

Un point de vue que partage Georges Huard, autiste Asperger à l’emploi de l’UQAM depuis 20 ans.

Il soutient avoir vu évoluer les mentalités depuis son diagnostic en 1995, mais il reste du travail à faire, selon lui.

M. Vezon estime qu’il est temps de permettre à ces gens d’aller au bout de leur potentiel, d’où l’idée d’ASPertise. «On vise la performance, avec des Asperger», dit-il.

Mais leurs atouts viennent avec des conditions. Ils ont du mal à s’adapter au changement et ont besoin de consignes claires et d’un environnement de travail particulier pour pouvoir performer.

Des échecs

L’ingénieur informatique de 33 ans et autiste Asperger Nicolas Vicenzo a perdu 6 emplois en 5 ans.

«J’ai l’impression qu’il y a un mur dans la structure des entreprises qui me bloque et qui ne me permet pas d’aller au bout de mon potentiel», déplore-t-il, soulignant que les entreprises n’ont pas de réelle volonté d’accommoder les autistes au Québec.

Même histoire pour Mathieu Dubois qui, malgré un parcours académique sans faille et une capacité d’apprentissage exceptionnelle, collectionne les entretiens d’embauche depuis deux ans.

Car l’entrevue est une véritable barrière pour les autistes, soutient M. Vezon.

«L’Asperger qui vient en entrevue, c’est comme un carré dans un rond. Ça ne passe pas. Il a des tics nerveux, il reste bloqué sur des détails. Et il ne sait pas se vendre. Il sous-estime ses talents et croit que tout le monde sait faire la même chose que lui, alors qu’en réalité c’est un génie», explique-t-il.


Qu’est-ce que l’autisme ?

L’autisme est un trouble du développement neurologique qui se caractérise par des difficultés importantes dans les interactions sociales et les comportements. Ses causes sont encore mal connues. Le terme «trouble du spectre de l’autisme» (TSA) est utilisé pour désigner­­ l’ensemble des degrés d’autisme­­, incluant le syndrome d’Asperger­­. Le nombre et le type de symptômes, leur gravité et le moment de leur apparition varient d’une personne à l’autre. Ce n’est pas une maladie, mais bien une manière d’être.

Syndrome d’Asperger et autisme de haut niveau

On qualifie le syndrome d'Asperger (SA) de «handicap invisible». Les personnes Asperger ont souvent une intelligence­­ normale et une grande curiosité­­ intellectuelle, ce qui leur permet­­ de s'adapter à la vie sociale, mais au prix de grands efforts. Le SA ressemble beaucoup à l’autisme de haut niveau. Il est d’ailleurs souvent difficile de trancher entre les deux. L’une des différences notables est l’absence d’un retard dans l’apprentissage du langage chez l’Asperger. Selon le neurobio­logiste Bruno Wicker, ces autistes sont sous-employés dans les pays occi­dentaux. «Ils ont des difficultés d'adaptation, ont des salaires plus bas que leurs homologues et sont beaucoup moins susceptibles d'être employés que d’autres catégories de candidats handicapés», dit le chercheur.

Qu’est-ce qu’un neurotypique ?

Expression utilisée dans la communauté autistique pour qualifier les gens qui ne sont pas atteints par des troubles du spectre de l’autisme.

Une entreprise recrute des Asperger au Québec

Une entreprise informatique qui recrute exclusivement des Asperger espère ouvrir à Montréal un bureau conçu sur mesure pour ces personnes, dont l’intégration dans un milieu de travail «normal» est souvent un défi.

«Il y a des compagnies qui embauchent des autistes par charité, par devoir social, mais nous, on vise la performance, explique Frédéric Vezon, cofondateur d’ASPertise, une boîte de développement web. La majorité des Asperger ont une intelligence égale, sinon supérieure à celle des gens normaux.»

Mais l’environnement professionnel est crucial pour leur permettre de performer au travail, estime-t-il.

Lumières tamisées, aires de repos, horaires personnalisés, consignes claires, service de navette de la maison au bureau pour éviter le transport en commun, ASPertise est prêt à tout pour accommoder ses employés. L’entreprise dit offrir des salaires compétitifs, les mêmes que les autres compagnies dans le domaine des technologies, sans toutefois souhaiter dévoiler les chiffres exacts.

Le projet, lancé en France, compte une dizaine d’employés en Europe et commence maintenant à recruter au Québec. Les patrons recherchent des autistes de haut niveau et des Asperger pour bâtir une entreprise concurrentielle dans le secteur du développement web, du traitement de données et de la cybersécurité.

Besoins particuliers

«Les besoins sont différents d’une personne à l’autre. Certains ne supportent pas le bruit, d’autres les lumières trop fortes. Il y en a qui ne tolèrent pas le travail d’équipe. On doit s’attarder aux besoins spécifiques de chaque employé», explique le cofondateur et neurobiologiste spécialisé dans le syndrome d’Asperger, Bruno Wicker.

Contrairement aux autres employés, l’autiste évitera les discussions autour de la machine à café le matin. Pour lui, les interactions sociales sont un défi quotidien qu’il n’arrive à surmonter qu’au prix d’énormes efforts. Sans compter qu’il est souvent «bizarre», direct et qu’il a horreur des imprévus et des consignes floues.

«On demande aux autistes de s’adapter aux entreprises, alors que leur condition en soi ne le leur permet pas. C’est une grave erreur, lance M. Vezon. Ça devrait plutôt être le contraire.»

Ailleurs dans le monde

Il existe actuellement une quarantaine d’entreprises dans le monde qui embauchent des autistes pour leurs compétences particulières, notamment en Europe et aux États-Unis.

Un projet-pilote

En 2015, le géant informatique américain Microsoft a embauché une dizaine d’autistes à temps plein dans le cadre d’un projet-pilote à son siège social de Redmond, dans l’État de Washington. «Les personnes autistes apportent des forces dont nous avons besoin chez Microsoft­­», avait alors expliqué la vice-présidente Mary Ellen Smith.

1 % des effectifs

L’entreprise européenne SAP a annoncé en 2013 son intention de recruter des autistes pour ses services de recherche et développement. Cent dix-sept d’entre eux travaillent actuellement pour la compagnie à travers le monde, dont 11 au Canada et un dans les bureaux de Montréal. Le spécialiste du logiciel d’entreprise vise l’embauche d’environ 650 autistes d’ici 2020, soit 1 % des effectifs.

Recruteur

L’entreprise danoise Specialisterne se spécialise dans le recrutement de personnes autistes pour les entreprises. De nombreux bureaux ont ouvert dans le monde ces dernières années, dont un au Québec. «On espère trouver du travail à 25 000 personnes au Canada», assure Pam Drekopoulos, vice-présidente aux opérations pour l’Est du Canada. En deux ans, une soixantaine d’autistes ont été placés dans des entreprises aussi­­ diverses que SAP et la Banque CIBC dans les provinces canadiennes.

Chef de file

L’Allemande Auticon est l’une des plus grandes entreprises d’Asperger dans le monde. Depuis 2011, elle embauche presque exclusivement des personnes autistes pour occuper des postes de consultant en informatique. Environ 120 employés travaillent dans les différents bureaux de l’entreprise situés en Allemagne, mais aussi à Paris et à Londres.

Silicon Valley

La mythique vallée de la technologie située en Californie, aux États-Unis, est considérée comme un nid d’autistes. De nombreuses entreprises doivent leur succès à des personnes ayant un TSA. Selon le psychologue spécialiste du syndrome, Tony Attwood, une sommité dans le domaine, une large proportion des ingénieurs de la Silicon Valley seraient Asperger­­.

— Avec l’Agence France-Presse et Le Temps

L’autisme en chiffres

De récentes études révèlent que les diagnostics d’autisme sont en augmentation constante partout dans le monde. Les dernières données disponibles pour le Québec sont toutefois conservatrices, estime la directrice générale de la Fédération québécoise de l’autisme, Jo-Ann Lauzon.

  • 1 sur 100 : Proportion globale de personnes autistes dans le monde
  • 1 sur 68 : Proportion d’enfants âgés de 8 ans touchés par le trouble du spectre de l’autisme aux États-Unis
  • 30 % : Moins de 30 % des personnes autistes ont une déficience intellectuelle
  • 1 sur 100 : Proportion des enfants québécois chez qui on diagnostique un trouble du spectre de l'autisme

Source : Fédération québécoise de l’autisme, Employment and adults with autism spectrum disorders: Challenges and strategies for success, Dawn R. Hendrick (2010)

Six emplois perdus en cinq ans

Photo Benoît Philie
Passionné par l’image, Nicolas Vicenzo mène aussi une carrière de photographe.

Nicolas Vicenzo cumule les pertes d’emploi depuis son entrée sur le marché du travail il y a 5 ans. Alors qu’il s’apprête à commencer un nouveau boulot, il a cette fois-ci préféré avertir ses patrons qu’il était autiste dès l’entretien d’embauche.

«Pour moi, c’est un échec après l’autre. Ça ne marche pas, dit d’emblée l’ingénieur informatique de 33 ans. Parfois, les entreprises me disent qu’ils n’ont plus de travail à me donner. Parfois, c’est l’environnement qui est inconfortable et je n’arrive plus à travailler.»

Depuis sa dernière perte d’emploi, en janvier, il a passé 15 entrevues en 3 mois. Il a reçu récemment une première réponse­­ positive et s’apprête à commencer un nouvel emploi dans une entreprise informatique où il testera les fonctionnalités de certains logiciels.

Contrairement à d’autres expériences passées, il a dit à ses nouveaux patrons qu’il était Asperger lors de l’entretien d’embauche. Il a aussi pris le temps de leur expliquer ce qu’implique sa condition.

«J’ai souvent eu peur de dévoiler que je suis autiste. Mais maintenant, je préfère qu'ils soient conscients de ce que je suis, malgré les préjugés. Parce qu’il y a encore beaucoup de tabous», dit-il.

Nicolas a reçu un diagnostic de syndrome d’Asperger quand il avait 16 ans. Il a reçu de l’assistance durant ses études collégiales et universitaires, notamment pour prendre des notes pendant ses cours. Il avait aussi plus de temps pour faire ses examens.

«Je peux travailler, mais je suis une personne qui prend son temps. Je fais les choses une fois et je les fais très bien», dit le Montréalais.

C’est d’ailleurs le nœud du problème. Dans les différents emplois qu’il a occupés, M. Vicenzo s’est souvent buté à un rythme de travail trop rapide, ce qui est un défi pour une personne Asperger.

Pertes d’emploi

Au total, il dit avoir été embauché et remercié 6 fois entre 2012 et 2017. Certaines expériences n’ont duré qu’un mois ou deux. La dernière fois, il n’a pas eu accès au chômage et a fait de petits contrats de photo pour subvenir à ses besoins.

Selon lui, la majorité des compagnies pour lesquelles il a travaillé n’ont pas la volonté de comprendre la réalité des autistes.

Il rêve de travailler dans un milieu conçu sur mesure pour les personnes comme lui qui lui permettrait d’exploiter au maximum ses compétences en informatique. «Je voudrais aussi que ma présence soit appréciée et qu’on écoute mes idées», soutient-il.

Sa plus longue expérience de travail a duré un peu moins de deux ans, dans une boîte où il faisait du contrôle de qualité sur les logiciels.

Il y a rencontré plusieurs personnes d’origines différentes et s’y plaisait beaucoup. Ses collègues étaient aussi plus compréhensifs, dit-il. Malheureusement, son poste a été supprimé en raison de compressions budgétaires.

Nicolas dit ne pas connaître les raisons exactes de chacun de ses congédiements, mais il se doute bien que son autisme y est pour quelque chose.

«Quand j’ai perdu mon dernier job, on m’a dit qu’il n’y avait plus de travail pour moi. Mais je pense qu’il y avait un motif caché», déplore-t-il.

Il se souvient d’ailleurs d’un contrat où il devait développer, seul, pendant 3 mois, le code pour tester une application web. Il a été laissé à lui-même, sans instructions claires.

«J’étais paniqué, je n’arrivais pas à penser. Ils m’ont mis dans une situation qui était hors de mon contrôle», dit-il.

Il affirme avoir besoin d’un suivi quotidien et d’une liste de tâches sans ambiguïté pour bien faire son travail.

Néanmoins, dans ce cas précis, Nicolas a pris son courage à deux mains et demandé à ses patrons de l’encadrer davantage, ce qui a amélioré le tout.

Indépendance

Malgré ses difficultés professionnelles, Nicolas a quitté la maison fami­liale à l’âge de 29 ans, il y a quatre ans, pour s’installer seul en appartement à Montréal, une fierté pour lui.

«Je suis très content de mon indépendance. Je suis en contrôle de ma propre vie, confie-t-il. J’ai des aspirations comme les autres personnes... je veux trouver une femme, fonder une famille, je veux acheter une maison et mettre de l’argent de côté pour ma retraite. Mais pour ça, j’ai besoin d’un travail.»

Passionné de photo

Passionné de photo et de culture geek depuis l’enfance, Nicolas Vicenzo mène une carrière de photographe cosplay en parallèle de son métier d’ingénieur informatique.

«J’ai commencé en 2014 et mon travail est maintenant publié dans des magazines. Je suis très fier.»

Les cosplayers (costumadiers) sont ces acteurs qui personnifient des super­héros de films d’animation, de bandes dessinées ou de jeux vidéo. Cette passion lui permet de rencontrer et de travailler avec toutes sortes de personnes, ce qui serait autrement difficile pour lui en raison de son autisme.

Ils décrochent les diplômes, mais pas les emplois

photo agence qmi, joël Lemay
Mathieu Dubois (à gauche) a appris qu’il était autiste Asperger il y a deux ans. Son jumeau Martin est en attente d’un diagnostic­­. Les deux frères, hautement qualifiés en informatique, ont de sérieuses lacunes communicationnelles, mais une capacité d’apprentissage hors du commun.

Les jumeaux Mathieu et Martin Dubois­­ sont des nerds avec des parcours académiques à tout casser, mais ils sont aussi autistes Asperger et peinent à trouver un emploi à leur mesure.

«Le psychiatre qui m’a diagnostiqué m’a dit que j’avais une facilité d’apprentissage et une mémoire que lui-même aimerait­­ avoir. Qu’il me manquait juste le social. C’est facile à dire, mais ce n’est pas facile à faire!» dit Mathieu Dubois, avec un petit rictus.

L’homme de 39 ans dit avoir «appris­­» à parler il y a deux ans. Avant, il n’ouvrait presque jamais la bouche en public. Juste quand il le fallait absolument, mais toujours avec difficulté. Sans compter que son ton de voix est extrêmement bas et monotone, un symptôme lié à son autisme.

«Je n’ai jamais compris c’était quoi le but de parler. Mon père nous invitait à souper Martin et moi, avec ses amis, puis on ne disait rien. Je pense qu’il devait trouver ça plate», évoque-t-il.

Mathieu a reçu un diagnostic d’Asperger en juin 2015. Depuis, il est suivi par une éducatrice spécialisée qui l’aide à surmonter ses problèmes de communication et à mieux comprendre les rouages des relations sociales.

Quinzaine d’entrevues

N’empêche, Mathieu Dubois n’a pas d’emploi depuis près de deux ans et cumule les entretiens pour différents postes. Hydro-Québec, banques, universités. «J’ai dû passer une quinzaine d’entrevues­­ cette année, mais on ne me rappelle pas», relate-t-il.

Détenteur d’une maîtrise en sciences appliquées de Polytechnique et actuellement en train de terminer une seconde maîtrise en administration des affaires, il admet être de plus en plus découragé.

«Le problème, c’est vraiment à l’entrevue. Après, j’ai juste besoin de plus de temps pour m’adapter au milieu de travail­­. Je n’ai pas de besoins parti­culiers», assure-t-il.

Son frère Martin maîtrise pour sa part des domaines obscurs de la program­mation. Docteur en informatique depuis 2015, il est actuellement en attente de diagnostic. Mais tout porte à croire qu’il serait lui aussi Asperger.

Un peu plus chanceux que Mathieu, il travaille actuellement comme développeur logiciel senior pour une boîte de jeux vidéo.

«Mais j’ai eu du pushing. J’ai eu l’emploi, parce qu’on a parlé de moi», admet-il. C’est le seul boulot qu’il a réellement occupé au cours de sa vie profession­nelle. Et l’endroit lui convient, pour l’instant­­.

«Je ne parle pas, je fais mon travail. Je ne dérange personne», dit-il.

Selon lui, son salaire plutôt bas ne rend pas justice à ses qualifications.

  • 10 % : Pourcentage d’autistes qui ont un emploi au Québec, selon les estimations de certains chercheurs. Dans cette proportion, les personnes autistes sans déficience intellectuelle ont trois fois moins la possibilité d’avoir une activité quotidienne que ceux ayant un retard intellectuel.
  • 34 % : Taux d’emploi des adultes autistes dans les pays occidentaux, comparé à 54 % pour les adultes handicapés.
  • 83 % : Taux d’emploi des adultes sans handicap dans les pays occidentaux.
  • 50 % à 75 % : Taux de chômage des personnes autistes dans les pays occidentaux.

Source : Fédération québécoise de l’autisme, Employment and adults with autism spectrum disorders: Challenges and strategies for success, Dawn R. Hendrick (2010)

Difficile de trouver un emploi

On estime qu’environ 1 autiste sur 3 occupe un emploi stable dans les pays occidentaux. Au Québec, certains chercheurs disent que cette proportion baisse à 1 autiste sur 10. Même s’il n’existe aucun chiffre officiel sur la question et que la proportion varie selon les études, il n’en demeure pas moins que les personnes avec un TSA sont sous-employées partout dans le monde.

Les autistes de haut niveau et les Asperger, ceux chez qui les symptômes sont moins prononcés et visibles à prime à bord, sont d’ailleurs ceux qui travaillent le moins dans le spectre de l’autisme. Plusieurs d’entre eux n’ont tout simplement jamais reçu de diagnostic et ils sont moins ciblés par les différents organismes qui viennent en aide aux personnes avec un TSA, explique le neuroscientifique spécialisé en autisme Bruno Wicker.

Pour faciliter l’intégration des autistes au travail

  • Établir un horaire détaillé avec des consignes claires
  • Designer des personnes ressources à qui l’employé pourra se référer
  • Être précis, claire et concis dans les demandes à l’employé
  • Vérifier la compréhension des consignes et des attentes auprès de la personne
  • Sensibiliser les autres employés sur les particularités du nouvel employé

Mythes et réalités

Mythe : Les autistes ne peuvent faire que du travail routinier

Réalité : Ils préfèrent connaître l’ordre des tâches à l’avance, mais plusieurs aiment le travail varié.

Mythe : Les autistes n’ont pas d’aptitudes en service à la clientèle

Réalité : C’est une question de tempérament, certains font d’excellents vendeurs. Cela dépend d’où se situe la personne dans le spectre de l’autisme.

Mythe : Les autistes ne peuvent occuper en emploi stressant

Réalité : Aucun type d’emploi n’est et ne devrait être inaccessible aux autistes. Ils devraient pouvoir, comme n’importe quel neurotypique, choisir un métier qui répond à leurs attentes et à leurs compétences.

Source : Emploi Québec

14 avril 2017

Emploi et handicap, les nouveaux objectifs de l'Agefiph

Résumé : Quels freins et quelles opportunités d'accès à l'emploi pour les personnes en situation de handicap en 2017 ? Didier Eyssartier, directeur général de l'Agefiph, expose le nouveau plan stratégique voté par l'association pour mieux les accompagner.

Par , le 14-04-2017

Handicap.fr : L'Agefiph (Association de gestion du fonds pour l'insertion des personnes handicapées) a voté un nouveau plan stratégique. Sur quoi met-il l'accent ?
Didier Eyssartier : Ce plan est relativement ambitieux et graduel. D'abord, il concerne la mobilisation nécessaire de l'ensemble des politiques d'emploi de droit commun au profit des personnes handicapées. Nous souhaitons renouveler notre appui en mettant l'accent sur le champ de la compensation du handicap. Il s'agit aussi de contribuer à la sécurisation des parcours, notamment lors des transitions professionnelles. Enfin, nous avons le souci de prendre en compte, le mieux possible, le point de vue des bénéficiaires, et d'analyser la qualité du service rendu en suivant une logique d'amélioration continue.

H.fr : Comment contribuer à sécuriser d'avantage l'accès à l'emploi en cas de handicap ?
DE : Pour nous, cela passe par une meilleure anticipation des situations à risque, et donc par une intervention plus précoce, qui implique de mobiliser l'ensemble des acteurs de l'emploi. Ce plan consiste aussi à apporter des solutions concrètes aux TPE (très petites entreprises) et aux PME (petites et moyennes entreprises), qui ont des problématiques particulières. Dans ce cas, nous pouvons agir avec du conseil direct aux entreprises. Nous réfléchissons également à des missions de référents handicap mutualisées entre petites entreprises, l'idée étant d'apporter une réponse de proximité pour ces entreprises qui n'ont pas toujours la capacité et les ressources dédiées pour déployer une politique handicap ambitieuse. Nous souhaitons par ailleurs nous adresser à un public plus large, pour ne pas nous limiter aux bénéficiaires directs, avec comme ambition, par exemple, le développement d'outils et de services mobilisables par les acteurs du monde économique et social lors de négociations. En somme, nous souhaitons nous positionner comme une force de proposition en mettant à disposition les expertises de l'Agefiph.

H.fr : Vous évoquez les situations à risque. Quel(s) exemple(s) avez-vous en tête ?
DE : Je pense aux risques de désinsertion professionnelle, par exemple lorsque le handicap arrive en milieu de carrière. Dans ce cas, il est primordial de mobiliser les dispositifs de maintien dans l'emploi, voire d'anticiper et de travailler avec les personnes et les acteurs afin d'éviter trop d'attente dans la recherche de solutions… Nous essayons également de faire abstraction des statuts : dans les phases de transition, certains sont encore salariés, pas demandeurs d'emploi. Pourtant, le besoin d'un nouvel emploi est bien là. Notre idée est de faire sauter le verrou de ces statuts et de fluidifier le recours aux différentes aides.

H.fr : Vous affirmez également vouloir aller plus loin en matière d'innovation.
DE : Nous voulons nous appuyer sur l'innovation pour construire les solutions de demain. À l'image de ce qui se passe en matière d'emploi accompagné, nous avons effectué 11 expérimentations avant la loi de l'été 2016, aujourd'hui transformées en offre pérenne. Avec Science Po, nous mettons également en place un dispositif d'innovation pédagogique pour faire émerger puis diffuser les bonnes pratiques. Nous sommes à la recherche de ce qui pourrait être innovant. Si cela aboutit à des expériences positives, nous essaierons de l'essaimer. Au niveau de la formation, nous avons développé des indicateurs de qualité spécifiques au handicap, qui viennent compléter les indicateurs « classiques » mis en place pour évaluer la qualité d'une formation.

H.fr : Concrètement, à quoi aboutiront ces nouvelles stratégies ?
DE : Elles doivent conduire à la rénovation de nos aides, services et des prestations proposées, l'objectif étant que cette nouvelle offre soit finalisée pour début 2018, dans une logique de simplification et de meilleure visibilité. Nous souhaitons également faire en sorte que ces adaptations permettent aux acteurs de droit commun, tels que Pôle Emploi ou les missions locales, de les mobiliser plus facilement. Nous sommes, par ailleurs, en train d'actualiser, avec l'État et nos partenaires dont le FIPHFP, l'offre de service des organismes de placement spécialisés qui reprendra, en l'améliorant l'offre des CAP Emploi et des SAMETH (service d'aide au maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés), pour qu'elle soit plus adaptée.

H.fr : Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à l'accès à l'emploi pour les personnes en situation de handicap ?
DE : Ils sont très variés. D'abord, nous vivons dans un monde où le nombre de personnes handicapées progresse très vite. Aujourd'hui, le taux d'emploi des personnes handicapées au sein des entreprises de plus de 20 salariés n'est que de 3,3% (en équivalent temps plein) et le taux de chômage des personnes handicapées de 18%. L'un des principaux freins réside dans le fait que les idées reçues sur le handicap demeurent chez les recruteurs, qui considèrent qu'une personne handicapée ne peut pas forcément faire le job, alors qu'elle apporte souvent une valeur ajoutée complémentaire.

H.fr : D'autres obstacles viennent également des travailleurs.
DE : Certaines personnes handicapées pensent en effet ne pas être capables d'occuper un poste. C'est là que l'accompagnement doit se faire. En réalité, il y a bien plus d'emplois accessibles au handicap qu'on ne le pense ! D'autres problématiques se situent au niveau de la formation : certaines, trop longues, peuvent impressionner ou décourager, notamment en cas de fatigabilité. Il faut donc pouvoir en simplifier l'accès. Là aussi, il s'agit d'agir sur le droit commun. Enfin, il faut savoir que l'accompagnement doit se faire après le recrutement. Des problématiques apparaissent une fois la personne intégrée dans l'entreprise. Il convient donc d'apporter des réponses personnalisées le plus possible, sur le long terme. Les mesures à mettre en place en priorité consistent donc à mieux cibler les moyens d'accompagnement et à responsabiliser le droit commun. L'intégration des personnes handicapées dans l'emploi doit être au cœur des préoccupations des politiques publiques, sachant que plus de 8% des demandeurs d'emploi sont aujourd'hui en situation de handicap.

© Sylvie Scala

14 avril 2017

État de la recherche sur les spécificités des femmes Asperger et autistes haut niveau

Mon parcours intérieurtémoignages
the-autist, publié le 13/04/2017 à 19:47 , mis à jour à 11:43:29 

Je relaie l’article, pour moi très important, de l’Association Francophone de Femmes Autistes (AFFA) :  « Conférence de Fabienne Cazalis sur les femmes autistes ».

Cette conférence porte sur l’état de la recherche concernant les spécificités des femmes Asperger (par rapport aux hommes), faite au salon international de l’autisme, samedi 8 avril 2017.

La présentation, faite par Fabienne Cazalis, chercheur en sciences cognitives, et Adeline Lacroix,  étudiante Master 1 de  neuropsychologie, a été enregistrée en audio puis mise en ligne sur youtube avec comme support visuel les images du PowerPoint de présentation.

Cette conférence est passionnante, tout est expliqué de manière très précise, avec de nombreux exemples, et illustre extrêmement bien comment les symptômes et stratégies de compensation peuvent s’exprimer différemment chez les femmes, par rapport à leurs homologues masculins.

À visionner absolument :
– pour toutes les femmes qui souffrent de ne pas savoir qui elles sont,
– pour les professionnels, dont les diagnostics sont basés sur des critères élaborés à partir d’études sur les garçons.

Je retiens parmi les questions à la fin de la conférence celle d’une stagiaire en master 2 de psychologie en Centre Ressources Autisme : elle explique qu’ils viennent de faire une évaluation sur une femme se pensant Asperger et qu’ils ont refusé d’aller plus loin sur la piste du syndrome d’Asperger… Et cette personne réalise, après avoir écouté la conférence, qu’ils se sont peut-être (sans doute) trompés.

 

À diffuser autour de vous…

femme-autiste-AFFA

 

14 avril 2017

Psychanalyse : le soleil se lève-il doucement sur la gauche ?

8 janv. 2017
Par Yann Kindo
Blog : La faucille et le labo

On le sait, pour la gauche française, celle du pays de Lacan, on part de loin.
De très très loin.

J’en avais fait l’expérience surprenante lorsque j’avais été chargé (à ma demande) de rédiger un compte-rendu du Livre Noir de la Psychanalyse pour les colonnes de Rouge, l’hebdomadaire de feu la LCR, et que mon article avait été purement et simplement censuré suite à une intervention de la commission Santé de l'organisation. Celle-ci était en effet  un nid de freudiens soixante-huitards, qui défendaient leur bout de gras et leur existence sociale de praticiens has been qui ne se sont jamais mis à jour de l’évolution des connaissances scientifiques en psychiatrie.  A l’époque, en 2006, on m’avait expliqué que la LCR était officiellement favorable à la psychanalyse... Je n’ai pourtant jamais retrouvé  lors de quel congrès cette question (assez saugrenue) aurait été abordée et tranchée par un vote, mais il s’agissait là visiblement d’une question identitaire fondamentale qui ne pouvait même pas être un tant soit peu remise en cause par la publication d’un pour et d’un contre dans les colonnes du journal. Il n’y avait pourtant pas beaucoup de sujets à la LCR où il n’était pas possible d’avoir des avis publics divergents  (qui étaient plutôt la règle sur un peu tous les sujets, en fait, jusqu’à pouvoir soutenir publiquement aux élections un candidat d’une autre organisation plutôt que celui de la Ligue !). Cela donne une idée de l’ampleur de l’imprégnation du freudisme dans ces milieux militants.

Pour l’anecdote, je signale que,  peut-être plus pour titiller  la Ligue sur le débat public que par conviction sur le fond, Alternative Libertaire avait publié mon papier, qui abordait la critique de la psychanalyse d’un point de vue rationaliste « de gauche » :

http://www.alternativelibertaire.org/?Psychanalyse-tabous-brises-et

Depuis, la question de l’autisme et du scandale de sa prise en charge en France a émergé publiquement, et la quasi-totalité des organisations de gauche s’est pourtant alignée sur le lobby des freudiens et sur la  défense de son pré-carré d’incompétents dangereux qui pourrissent la vie des familles. Cela  s’est traduit notamment par un soutien  sans faille et continu au délicieux « Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire »  - ce qui sonne mieux que « collectif des archéo-charlatans oppresseurs de familles  d’autistes », on en conviendra. Lorsque ce collectif a organisé la riposte aux recommandations de la Haute Autorité de la Santé – qui visaient à bannir la psychanalyse de la prise en charge de l’autisme et à faire se développer en France avec  une éternité de retard les méthodes scientifiques éprouvées partout ailleurs -, il a toujours pu trouver des soutiens actifs du côté des Verts, du PCF, du PG ou du NPA.

Récemment encore, on a pu voir circuler ce texte de militants d’Ensemble qui remettaient le couvert en faveur de la défense des droits des  freudiens à faire n’importe quoi sans contrôle, cette fois-ci face à la maladroite loi Fasquelle (du nom d’un député de droite qui  voulait que les recommandations de la HAS entrent vraiment en application et que la psychanalyse soit vraiment et définitivement bannie du domaine de l’autisme) :

https://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/141216/autisme-fasquelle-le-retour-de-lordre-moral

 

Ce débat m’a fait un peu penser à celui sur les méthodes de lecture, pour lequel là aussi il  faut définitivement tourner la page d'une méthode (la globale), parce qu’en gros les neurosciences ont quand même clairement tranché la question en faveur de la méthode syllabique. On a vu à ce sujet  un paquet de gens, souvent de gauche, expliquer à la fois que la méthode en question était très progressiste et efficace, mais que de toutes façons elle n’avait heureusement jamais été appliquée. Aujourd’hui, les freudiens nous expliquent qu’il faut défendre la psychanalyse, mais que de toutes façons elle n’est plus mise en œuvre dans le domaine de l’autisme… (ce qui est un mensonge, cf plus bas).  

Ceci dit, il ne faut pas désespérer, les choses sont peut être en train de changer dans le bon sens.

Par exemple, du côté du Lider Maximo qui règne sur cette mouvance, on a eu la surprise voir Mélenchon faire une vidéo dans laquelle il met en avant le discours d’une représentante d’une association de parents, SOS Autisme, qui comme l’essentiel de ces associations est en guerre contre la psychanalyse (et pour cause) :

https://www.youtube.com/watch?v=Xo1W8mnVyb8

Bon, je ne peux vraiment pas blairer Mélenchon (sa carrière de politicien, son nationalisme, ses airs de tribun qui se veut sauveur suprême, son nationalisme, son électoralisme, son nationalisme, son nationalisme, son nationalisme…) mais là il fait quelque chose de bien, et il faut le dire.  Mon petit doigt me dit que sa « confrontation » avec le cinglé freudien Jean-Pierre Winter (signataire des pétitions du collectif des 39) a dû aider JLM à ouvrir les yeux sur la psychanalyse, lorsqu'à la télé Winter a fait son laïus détestable de freudien en blablatant sur la sexualité de Mélenchon pour expliquer ses colères dans les médias :

https://www.youtube.com/watch?v=9alie4leLwQ

 

A noter que cette dame avec laquelle Mélenchon s’entretient dans la vidéo sympa, Olivia Cattan, a publié une bonne tribune autour de la loi Fasquelle, pour demander aux psychanalystes de cesser une fois pour toutes leur combat rétrograde et bien vouloir  « déposer les armes » :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1630595-resolution-sur-l-autisme-la-guerre-entre-psychanalystes-et-parents-a-assez-dure.html

Enfin, ce qui est je crois assez nouveau, c’est de voir que la tribune des freudiens d’Ensemble a suscité une réaction de la part d’autres militants de cette organisation, réaction que je voulais promouvoir dans ce billet, parce qu’elle s’oppose au lobby freudien et  propose de plutôt soutenir les avancées scientifiques et les associations de familles :

https://www.ensemble-fdg.org/content/autisme-propos-dune-prise-de-position

 

Ce texte n’est pas toujours très clair pour le néophytes, je crois,  parce qu’écrit dans un style télégraphique « en réponse à » et sans réexpliquer et recontextualiser, mais il me semble très bienvenu dans la situation actuelle et il va vraiment dans le bon sens, lisez-le !


En voici quelques morceaux choisi, parmi ceux que je préfère et qui donnent une idée du réel tel qu’il est en France en 2016  :



 "La carence du secteur médico-social et sanitaire oblige les familles à bricoler des solutions. Celles qui ont des moyens financiers peuvent le faire plus facilement. Un mouvement politique de gauche ne peut se satisfaire de cette situation.

Les méthodes recommandées par la HAS restent encore très peu utilisées. Dans l'étude menée en Bretagne dans plus de 500 établissements médico-sociaux,


•l'ABA n'est connue que dans 20 structures pour enfants sur 176 (4/136 chez les adultes)


•le PECS (apprentissage de la communication à l'aide de pictogrammes) dans 40 sur 176 (14/136 chez les adultes);


•la méthode TEACCH (structuration de l'environnement) par 26 structures sur 176 (16/136 chez les adultes).


Les méthodes recommandées par la HAS et l'ANESM sont donc présentes seulement dans 8% à 17% des établissements médico-sociaux. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons du mécontentement des parents (et de la lassitude des professionnels devant l'inefficacité de leurs pratiques). Ce sont les pratiques dites psychanalytiques qui disposent d’un monopole quasi-absolu, ne permettant pas le libre choix des familles pour la large palette des méthodes recommandées.

Or, dans les prises de position sur l'autisme, la gauche radicale se contente d'être à la remorque des réactions corporatistes et idéologiques, sans rien proposer pour surmonter cette contradiction entre la majorité des professionnels et la presque totalité des parents et personnes autistes."

et

 "Un parti politique n'a pas à rentrer dans les logiques corporatistes, où par exemple les pédopsychiatres défendent leur pré-carré par rapport à d'autres médecins (neurologues, pédiatres …). De même, le collectif des 39, en prenant position sur l'autisme en 2012, idéologise son combat contre « la nuit sécuritaire » et se coupe d'une partie de la population. Il cautionne sans gêne le fait de traiter le mouvement des parents comme étant d'extrême-droite, etc.
Nous demandons une mise à jour des formations de base des professions médicales, para-médicales et sociales sur l'autisme. Nous demandons une formation professionnelle qui tiennent compte des avancées scientifiques, entre autres, rassemblées par la HAS. C'est insupportable qu'il y ait une opposition idéologique rétrograde qui se cache derrière le « pluralisme », la « liberté de recherche », la « polyvalence des travailleurs sociaux ». Dans certains enseignements, cela se traduit encore par : « Tout enfant autiste a cherché à tuer sa mère ! ».

Au nom de quoi les pédopsychiatres hospitaliers s'opposent-ils aux inspections de l'ARS ? A moins d'être partisans de la pratique du « renard libre dans le poulailler libre », il faut admettre de confier à l'Etat une mission de protection de la population. En Belgique, cela s'est traduit, à juste titre, par la fermeture de plusieurs établissements qui profitaient des carences en France, sans donner un accueil décent, et sans contrôle, de la part des financeurs français.

Les méthodes comportementales et éducatives vont se développer. La principale question, c'est comment, au-delà des solutions individuelles, nous arriverons à les généraliser de telle façon que tous ceux qui le veulent puissent en bénéficier sans avoir besoin de casquer : ils contribuent déjà à la sécu, ils n'ont pas à payer pour les prises en charge adaptées. C'est cela qui devrait préoccuper un mouvement comme Ensemble."


Bravo aux militants qui ont initié ce combat dans leur organisation et au-delà, et bon courage à eux.

Yann Kindo

14 avril 2017

Droits de l'homme : Une réalité pour tous. Stratégie du Conseil de l'Europe sur le Handicap 2017-2023

12 avril 2017

Autisme France : 15 années d'actions qui ont permis d'avancer.

LOGO autisme francearticle publié sur le site d'Autisme France

L’objet du présent article est d’effectuer un récapitulatif très synthétique des principales mesures et des principaux événements qui ont jalonné l’existence de notre mouvement au cours de ces 15 dernières années, de la création d’Autisme France à nos jours. Il s’agira là de tenter, tout en évitant de tomber dans le piège de l’auto-célébration, d’articuler ce rappel des faits avec l’évolution de notre mouvement lui-même, afin qu’un regard quelque peu structuré sur notre passé nous aide à mieux éclairer le futur.


Tout d’abord, un bref avant-propos : Avant la naissance de notre mouvement, le milieu des années 80 est marqué par l’existence de quelques premières réalisations, méritoires mais isolées, notamment en région parisienne, concernant l’application concrète de pratiques éducatives spécifiques pour les personnes autistes : Autisme Ile de France, Aidera, Pro aid autisme, Appedia …

Certes L’ARAPI (née en 1983) avait-elle su également, lors de son congrès 1985, « secouer le prunier » et contribuer ainsi à une nécessaire dissidence vis-à-vis des attitudes mandarinales de la psychiatrie psychanalytique de l’époque. Cela donna sans doute des idées à certain(e)s, quant à la construction d’un mouvement de masse, outil destiné à atteindre un jour les objectifs sous-tendus par cette première pulsion.

La création d’Autisme France, d’abord sous la seule forme d’une coordination (1989), puis d’une association nationale (1990/1991), s’effectua au départ dans un climat fait de scepticisme, d’incrédulité…et parfois de mépris , qu’il se soit agi à l’époque des pouvoirs publics, des milieux professionnels (à quelques exceptions près), et même de l’environnement pluri-associatif de l’époque. Cette situation d’adversité, qui aurait pu provoquer découragement et défaitisme, déboucha au contraire sur une véritable galvanisation du noyau des parents fondateurs. L’environnement précité n’avait en effet pas tenu compte d’un facteur fondamental : ledit noyau était profondément en phase, à ce moment-là, avec le désespoir et la colère de l’immense majorité des parents, qui se reconnaissaient dans le « radicalisme responsable » assumé par notre mouvement. Nous avions décidé de soulever la chape de plomb des écrits bettelheimiens, et de faire voler en éclats le consensus mortifère et inavoué qui sévissait à l’époque en France, quant à la main mise « psy » sur le domaine de l’autisme.

Ce qui suit est donc destiné à fournir aux lecteurs et lectrices des éléments de repérage chronologique. Ceux-ci leur permettront de mieux saisir les tenants et aboutissants d’une aventure qui débuta il y a 15 ans…et continue aujourd’hui.

Février 1989 : 1er appel à la « constitution d’un mouvement pour le droit à une prise en charge éducative et non psychanalytique des personnes autistes », qui débouche sur la tenue d’une première assemblée constituante en juin 1989, à Lyon. Un premier « manifeste des parents d’enfants autistiques » est rédigé. Il s’articule autour de 4 points principaux :
  • Le droit au diagnostic
  • Le droit à l’éducation
  • Le droit à l’information
  • Le droit à la réparation des carences (causées par une prise en charge inadéquate)
Septembre 1989 : 2ème (et dernière) assemblée constituante à Toulouse. Création des premières commissions de travail, et mise au point de la version définitive du manifeste fondateur.

Mars 1990 : réunion plénière à Nice. Signature du manifeste par 245 familles, 107 professionnels et 2571 amis. Parution du 1er n° du « bulletin de la coordination », ancêtre de l’actuelle « Lettre d’Autisme France ».

Juin 1990 : Le Manifeste d’Autisme France est signé par 310 familles et 4460 amis et professionnels.

Tout en ayant consacré environ un an à se constituer, à se structurer, à se doter de premiers outils de travail (commissions, bulletin…) et à diffuser ses idées, notre mouvement a également entamé depuis ses débuts une série d’actions revendicatives, sous la forme d’envois massifs de lettres, par tous les adhérents, vers un centre de décision choisi au départ. Il s’agit à chaque fois d’un cas particulier, mais jugé comme exemplaire. (le premier en date : soutien à la classe intégrée de Meudon, auprès du Ministère de l’éducation nationale). Viendra ensuite le soutien à M. Hance, à la recherche d’un accueil pour son fils. Plus tard, ce sera (déjà !) le soutien à l’unité de Bernadette Rogé, menacée de disparition dans le cadre de la réorganisation consécutive à un incendie survenu dans le service hospitalier qui hébergeait cette unité. A chaque fois, ces actions débouchent sur des résultats concrets immédiats et satisfaisants.

Septembre 1990 : Une délégation d’Autisme France est reçue, seule, au secrétariat d’état aux personnes handicapées (représentants Ministère : MM. Lafay et Coyer). A la suite de cette rencontre, M. le Ministre Gillibert se déclare officiellement favorable au principe de la reconnaissance de l’autisme comme un handicap.

Janvier 1991 : France Télécom, qui vient de décider de faire de l’autisme un de ses axes de mécénat, reçoit une délégation AF (représentant F.T : Francis de Chambure). France Télécom nous fait part de son intention de travailler en partenariat avec les associations représentatives, suivant trois axes : bénévolat, aide à la recherche médicale et pédagogique, formation des parents, bénévoles et professionnels.

Ce même mois, à l’initiative de l’association départementale Autisme Loire (association partenaire d’Autisme France), une question écrite (relative à la scolarisation des enfants autistes) est posée au Ministre de l’éducation nationale par M. Rochebloine, député de la Loire.

Mai-Juin 1991 : Autisme France organise un vaste mouvement de soutien épistolaire autour du cas de M. Jansen (qui avait entamé une grève de la faim afin d’obtenir une solution éducative en institut spécialisé pour son fils autiste). La lettre type d’Autisme France est envoyée , pour répercussion auprès du Ministère, à tous nos adhérents. Le Ministère, inondé de lettres, finira par céder (Le Ministre Gillibert reçoit personnellement M. Jansen le 26.06, et lui procure une solution éducative pour son fils).

Octobre 1991 : Autisme France regroupe plus de 30 associations départementales partenaires, et a des délégations dans plus de 50 départements.

Décembre 1991 : Conférence de presse du Ministre Gillibert (02.12), qui promet que « la commission [qu’il avait créée auparavant, et à laquelle Autisme France avait régulièrement participé es qualité] sur la prise en charge des personnes autistes » ne servirait pas à enterrer le problème ».

…Pourtant, 5 mois plus tard, on ne verra toujours rien venir… C’est dommage : l’une des propositions de la commission était (déjà !!) de « promouvoir […] la création d’établissements pratiquant une prise en charge de type cognitif et éducatif de l’autisme, exclusive, à la demande des parents qui le souhaitent ,de tout environnement psychanalytique »... Mais ceci n’est sans doute pas sans rapport avec cela…

1ère « journée nationale Autisme/Education » à la Sorbonne (07.12 /Amphi Richelieu – plus de 800 personnes)

Ce premier congrès rencontre immédiatement un vif succès, mais nous commençons déjà à prendre conscience du black-out médiatique dont nous allons faire ensuite systématiquement l’objet, pour toutes nos manifestations publiques à dimension nationale.De plus, les obstacles s’accumulent déjà sur le terrain, quant à l’application des propositions de la commission précitée.

Devant cet état de fait, nous décidons, pour l’année 1992, de « mettre le paquet » sur la préparation d’une deuxième journée « Autisme Education », à dimension internationale.

Janvier 1993 : 2ème « journée (inter)nationale Autisme/Education », à la Sorbonne (23.01, grand amphithéâtre), avec les meilleurs spécialistes mondiaux (notamment : Eric Schopler, fondateur du programme TEACCH, U.S.A, Caroline du nord). Plus de 1600 participants.

Ce succès tout à fait exceptionnel dépasse nos espérances, et contribue à « doper » le mouvement.

Novembre 1993 : Il est décidé d’organiser chaque année une réunion nationale des associations partenaires.

Janvier 1994 : 2ème congrès international (« Autisme et Communication ») à la faculté de médecine de Limoges (28 et 29.01 / Près de 1000 personnes, dont 600 professionnels venant de 13 pays différents). Autisme France ouvre une enquête sur les conditions de versement du complément de 3ème catégorie de l’allocation d’éducation spéciale, et effectue auprès des parents une première mise en garde contre la pratique de la « communication facilitée ».

Autisme France, qui compte maintenant plus de 40 associations partenaires, se trouve représentée dans plus de 80 départements. Des contacts réguliers sont établis avec les Ministres Douste Blazy, puis Simone Veil, succédant aux contacts pris auparavant avec le Ministre Gillibert en 1990/1992. Notre mouvement continue de mener, à un rythme trimestriel, des actions collectives de soutien à des cas concrets isolés à forte valeur symbolique.

Février 1994 : ouverture du n° vert « Autisme Info Accueil ». Nous recevons plus de 5000 appels au cours des trois premières semaines. Autisme France écrit à Mme la Ministre Simone Veil, pour lui demander de reconnaître aux familles le libre choix de la prise en charge de leurs enfants. Tous les parents adhérents de notre mouvement sont invités à accompagner cette démarche en écrivant eux aussi à la Ministre.

Mars 1994 : Publication dans notre Bulletin trimestriel d’un article approfondi de Bernard Rimland (Directeur de l’Autism Research Institute aux Etats-Unis) portant sur les dangers de la « communication facilitée ».

Une délégation d’Autisme France rencontre une délégation d’Autisme Europe. Le constat est fait d’une communion d’idées sur la prise en charge éducative des personnes autistes.

Mme la Ministre Simone Veil reçoit des centaines de lettres de la part des parents d’Autisme France

Avril 1994 : Simone Veil reçoit Autisme France le 12 avril, et nous annonce sa décision, conformément à notre demande, de diligenter des enquêtes (IGAS, ANDEM…) et de publier un texte sur l’autisme, dans un délai d’un an. Cette promesse sera tenue.

Juin 1994 : Autisme France publie son « Rapport sur le vécu des autistes et de leurs familles en France à l’aube du XXIème siècle ». Ce document inspirera largement le rapport de l’IGAS.

Juillet 1994 : première « Journée annuelle des associations partenaires ».

Les medias, et notamment la télévision, commencent à effectuer de temps à autre des reportages et/ou des émissions de qualité sur le thème de l’autisme (ex : « La vie en miettes », dans le cadre de l’émission « Envoyé spécial » de France 2, le 20.01.94, et « La marche du siècle » (Fr3) le 14.09.94 ).

Autisme France travaille de plus en plus en liaison avec la recherche scientifique, notamment dans le domaine neuro-cognitivo-comportemental, ainsi que dans ceux de la neurobiologie et de la génétique.

Décembre 1994 : Simone Veil déclare, devant ses collègues députés à l’Assemblée Nationale, « qu’en matière d’autisme tout est largement à construire ».

L’ANDEM publie son rapport, contenant notamment une définition de l’autisme « en progrès », au regard des définitions préexistantes, en France.

Janvier 1995 : 3ème congrès international (« Autisme et Informatique / enjeux et apports des technologies nouvelles dans l’éducation et la recherche ») à Nice.

Février 1995 : Le député de la Loire Jean-François Chossy propose à ses collègues députés un amendement à la loi de 1975, destiné à déboucher sur la reconnaissance de l’autisme comme un handicap.

Mars 1995 : Autisme France reçoit du Ministère (27 mars) le projet de circulaire promis par Simone Veil. Trois jours après, les associations de parents sont convoquées au Ministère. Le texte de la circulaire présente de graves carences. Nous sommes les seuls à proposer des amendements.

Trois d’entre eux sont acceptés, dans leur principe (reconnaissance du libre choix des parents quant à la nature de la prise en charge, possibilité de créer des structures expérimentales, reconnaissance explicite des classes intégrées comme mode de prise en charge).

Les deux autres sont refusés (libre choix du contenu de la thérapeutique, reconnaissance d’une alternative éducative (SESSD) (dénommé plus tard SESSAD) pour les petits.

Avril 1995 : Mobilisation générale en six jours : Nous interpellons les medias et les candidats à la présidence de la République, une lettre ouverte, signée par nos 42 associations partenaires, est adressée à la Ministre. Son Directeur de cabinet (M. Levert) nous reçoit dans la foulée, accepte de différer quelque peu la parution de la circulaire, et accepte également d’y insérer notre amendement concernant l’alternative éducative pour les tout-petits. Cette parution, prévue à l’origine le 7 avril (devant un congrès de psychiatres !) aura finalement lieu le 27 avril. La circulaire prévoit, dans son application sur les 5 ans à venir, la mise en place d’un réseau de prise en charge, dans le cadre de plans d’action régionaux pour l’autisme. Des créations de places en établissement et des moyens financiers sont également prévus.

Cette circulaire(dite « circulaire Bauduret ») , inadmissible dans sa version initiale, n’est certes pas devenue idéale dans sa mouture finale, loin de là. Elle représente toutefois un tournant décisif, quant à la reconnaissance des droits des personnes autistes, et à la possibilité de pratiquer des prises en charge pertinentes. Ce combat, nous l’avons mené seuls, alors que les autres associations de parents, estimant à tort que « mieux valait une mauvaise circulaire que pas de circulaire du tout », avaient baissé les bras dès le départ. Autisme France venait là de faire la preuve, devant à tous ses détracteurs, que la radicalité de son engagement assumé de façon responsable face à des interlocuteurs ministériels ouverts et peu sensibles aux pressions de la psychiatrie psychanalytique, pouvait s’avérer à la fois légitime et payante.

Septembre 1995 : Autisme France soutient le développement de l’ARAPI

Dès la fin de l’année 1995, notre mouvement « prend un tournant » : après la priorité donnée à l’action politique, ces six dernières années, la venue de la circulaire Bauduret fait apparaître une nouvelle priorité, celle de l’action de terrain, afin d’entériner et de développer les acquis de ladite circulaire : « Les acquis légaux doivent s’incarner en réalisations concrètes, sinon notre victoire légale ne changera pas le désespoir quotidien ». Autisme France se donne cinq ans pour appliquer cet ambitieux programme.

Janvier 1996 : La Présidente d’Autisme France prononce le 26 janvier une allocution devant le CCNE (Comité consultatif national d’éthique). Celui-ci, officiellement saisi par Autisme France (lettre du 19.09.94), avait déjà rendu le 10 janvier un avis conforme à nos recommandations, notamment vis-à-vis du développement de la recherche et de l’évaluation des prises en charge en matière d’autisme. Le CCNE recommande également « d’éviter tout ce qui, dans une méthode thérapeutique, serait de nature à culpabiliser les parents et leur famille, et à aggraver leur souffrance ».

Février 1996 : Le projet de loi déposé par le député de la Loire Jean François Chossy (en lien étroit avec les associations départementales Autisme Loire et Autisme Forez, partenaires d’ Autisme France), est adopté à l’unanimité en première lecture à l’Assemblée Nationale le 26 février.

Des CTRA (Comités techniques régionaux sur l’autisme) ont été créés dans toutes les régions, avec pour mission, entre autres, de veiller à l’application de la circulaire du 27.04.95. A cette occasion sont mises en évidence les disparités entre régions, ainsi que les multiples difficultés présentées par l’application en question.

L’enveloppe budgétaire de 1995 a permis la création de plus de 600 places, deux nouvelles enveloppes de 100 millions de francs sont prévues pour 1996 et 1997. C’est à la fois beaucoup (par rapport au vide existant préalablement en la matière) et très peu (au regard des besoins réels).

La charte européenne sur l’autisme, adoptée par le parlement européen à la suite de diverses contributions dont la nôtre, demande que soit reconnu à toute personne autiste le droit à l’éducation

Septembre 1996 : Autisme France annonce la mise en place d’un réseau d’avocats, destiné à aider les familles dans leurs démarches juridiques.

Il ne s’agit là que d’une première tentative en la matière, qui ne débouchera que beaucoup plus tard en 2003) sur l’existence d’un véritable service juridique.

Décembre 1996 : Loi n° 96-1076 du 11 décembre 1996 modifiant la loi n° 75-535 du 30 juin 1975.

Cette loi, dite « Loi Chossy », tend à assurer une prise en charge mieux adaptée pour les personnes autistes. L’autisme est enfin reconnu officiellement comme un handicap.

Autisme France a accompagné depuis ses débuts (cf précédemment le rôle initiateur de notre association locale partenaire Autisme Loire) le processus qui a mené à l’élaboration de cette loi, dans le cadre d’un combat plutôt solitaire.

Dans un souci d’unité et d’efficacité, nous accepterons toutefois de cosigner avec d’autres associations (qui ont « pris le train en marche ») les derniers documents relatifs à l’accompagnement dudit processus. Cette concession au mythe d’une « action unitaire des associations » paraît à l’époque indispensable pour assurer le résultat. Notre mouvement va procéder à un remaniement de la rédaction de notre manifeste, afin de s’adapter à ce nouvel environnement législatif.

Mai 1997 : M. Jacques Barrot, Ministre du travail et des affaires sociales, adresse au Président AF une lettre très circonstanciée, destinée à préciser de quelle façon sera poursuivie, en matière d’autisme, la politique promus par Simone Veil.

Juin 1997 : Journée Nationale Autisme France, à la cité des sciences (Paris-la Villette) : Vivre Autiste, quel avenir ?

Après quelques années centrées essentiellement sur l’action politique, et ponctuées de résultats indéniables (Rapport de l’IGAS en octobre 1994, rapport de l’ANDEM en novembre 1994,rapport de la DAS en décembre 1994, circulaire Bauduret en avril 1995, avis du CCNE en janvier 1996, loi Chossy en décembre 1996), nous tentons de renouer avec la tradition des congrès annuels.

Après l’immense espoir suscité par les textes précités, naissent les premières déceptions et les premiers désenchantements devant la dilution (pour ne pas dire, le plus souvent, le dévoiement) des moyens octroyés à l’occasion de l’application de la circulaire d’avril 1995. Il apparaît que la volonté politique (réelle) de Simone Veil en matière d’autisme va être le plus souvent trahie, au profit de la concrétisation cynique, de la part des pouvoirs publics, de deux objectifs :

  • Utiliser la manne des « crédits autisme »pour procéder au replâtrage d’un grand nombre d’établissements « psys » en perte de vitesse (de nombreux établissements vont découvrir soudainement qu’ils prenaient en charge auparavant des personnes autistes, sans le savoir( ?!)…et vont réclamer les crédits correspondants).
  • Créer un « nuage communicationnel » destiné à persuader l’opinion publique « qu’on s’occupait beaucoup des autistes ».

Il existe bien sûr quelques heureuses exceptions à cet état de fait, mais qui ne font que confirmer la règle.

Octobre 1997 : Autisme France participe à la « Journée de la dignité » (tous handicaps confondus ) initiée par l’UNAPEI

Décembre 1997 : Autisme France participe à la « Semaine de l’autisme » organisée par Autisme Europe.

A cette époque, nous commençons à initier un (long !) processus de recensement des structures et établissements des associations partenaires d’Autisme France. Nous continuons également à participer régulièrement aux réunions du comité d’entente des associations représentatives de personnes handicapées et de parents d’enfants handicapés.

Juin 1998 : Autisme France suscite (par l’intermédiaire du député du nord Georges Hage) une question posée à M. Bernard Kouchner (Secrétaire d’Etat à la santé) lors de la séance de l’Assemblée Nationale du 23 juin.

L’application de la circulaire d’avril 1995 prévoyait des crédits d’un montant de 1OO millions de francs annuels, pendant 5 ans. En 1998, avant que la question ne soit posée, la réalité s’établit comme suit :

1995 : 100MF

1996 : 0 MF

1997 :50 MF

1998 :0 MF

prévision pour 1999 : une subvention réduite

… à la suite de la question posée, B.Kouchner promet 100 MF pour 1999…

Novembre 1998 : Une délégation d’Autisme France est reçue par Martine Aubry, Ministre des affaires sociales (03 .11).

Autisme France contribue à la naissance de l’O.M.A (Organisation Mondiale de l’Autisme - le Secrétaire Général de l’O.M.A est l’un des co-fondateurs d’Autisme France).

Autisme France entame une enquête sur les besoins et attentes des parents.

Après le « désanchantement » des années 1997/98, au cours desquelles l’équipe dirigeante d’Autisme France a eu le grand mérite de « tenir bon », et de démarrer des travaux d’enquête préparant l’avenir, notre mouvement éprouve le besoin de faire le point, et de redémarrer sur de nouvelles bases.

Janvier 1999 : l’axe prioritaire de ce redémarrage est la professionnalisation de notre outil associatif, avec notamment :
  • L’embauche de deux « emploi- jeunes », salariés à plein temps, permettant l’existence d’un siège administratif ouvert en continu, disposant entre autres d’un accueil téléphonique permanent en semaine. Cette situation sera effective dès janvier. Plus tard sera engagée, à mi-temps, une neuropsychologue.
  • La parution de « la Lettre d’autisme France » sous une forme rénovée .
  • L’organisation de congrès à un rythme réellement annuel.
  • La mise au point d’un système de diffusion de divers ouvrages et documents concernant l’autisme : A.F.D (Autisme France Diffusion). 
  • La création d’un site internet, lieu d’information et d’échange.
  • La systématisation de l’usage d’internet pour les échanges entre les administrateurs, les adhérents, les associations partenaires…
Tous ces objectifs sont atteints dès courant 1999. Les travaux d’enquête entamés en 1998 sont poursuivis et approfondis.

Novembre 1999 : Congrès annuel Autisme France, en présence de Mme Dominique Gillot, Secrétaire d’Etat auprès des personnes handicapées.

Ce congrès permet entre autres de faire le point sur 3 enquêtes :

  • Une enquête AF, réalisée en 1998 (plus de 400 réponses de la part des familles), portant sur les prises en charge.
  • Une enquête AF réalisée en 1999 auprès des associations partenaires, portant sur les besoins en places. 
  • Une enquête réalisée par l’UNAPEI, avec la participation d’Autisme France, portant sur la prise en charge des personnes autistes par l’UNAPEI.

Les insuffisances du « plan de rattrapage autisme », initié par Simone Veil, sont également soulignées, ainsi que les dévoiements dans l’application de ce plan sur le terrain.

Le nombre des associations partenaires présente une croissance significative (69 a.p début 1999, 87 a.p fin 1999).

Mars 2000 : Signature d’un accord (29.03) entre Autisme France et Dominique Gillot, débouchant sur la création de 150 emploi-jeunes, destinés à « compléter les actions des services médico-éducatifs, sanitaires, et ceux relevant de l’Education Nationale.

Juin 2000 : Organisation, sous la bannière d’Autisme France, du « Tour de Corse / Autisme » (5 équipes de 10 personnes se partagent 180 kms en course à pied pendant 4 jours, avec arrivée à Bastia le jour de la fête de la musique).

Novembre 2000 : congrès annuel (18/11) « Les stratégies éducatives, un espoir pour l’autisme - principes, contenus, applications ».

Ce retour des congrès annuels réguliers, entamé depuis 1999, répond à un triple objectif :

  • Faire le point sur un thème général relatif à l’autisme.
  • Renforcer, par la convivialité née du rassemblement, les parents, amis et professionnels impliqués dans notre mouvement.
  • Effectuer, auprès des pouvoirs publics, une démonstration de force « pacifique mais déterminée ».

Mai 2001 : Autisme France participe aux 1ères « Journées nationales de l’autisme » (19 et 20.05), organisées à l’initiative de France Télécom.

Une délégation AF est reçue par le chargé de mission de Ségolène Royal (20.05).

Juin 2001 : Le Président d’Autisme France est reçu successivement par Bernard Kouchner (01.06) et Ségolène Royal (05.06). Les points essentiels abordés sont :

  • Obligation de poser les diagnostics d’autisme conformément à la classification internationale, et si possible avant l’entrée en classe maternelle (dépistage systématique).
  • Accès à l’éducation.
  • Droit des personnes autistes à une vie digne.
  • Investissement de la médecine dans la recherche sur l’autisme.
Octobre 2001 : Congrès annuel « autisme et troubles du comportement » (13.10).Depuis leur reprise en 1999, nos congrès annuels rencontrent régulièrement un vif succès (plus de 1300 participants au congrès 2001).

Suite à nos entrevues des 01 et 05 juin derniers, présentation par Ségolène Royal du « plan pour mieux accueillir et prendre en charge les enfants et les adultes autistes ». La Ministre s’engage à « prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu’aucun enfant handicapé ne soit maintenu à l’écart de l’obligation éducative à la prochaine rentrée scolaire ».

Novembre 2001 : Participation d’Autisme France à la journée européenne de mobilisation sur le handicap (26.11).

Mars 2002 : 1er colloque « Approches biologiques de l’autisme »

Mai 2002 : 2ème édition (à l’initiative d’Autisme France, avec un soutien renouvelé de France Télécom) des « Journées nationales de l’autisme » (25 et 26.05).

Octobre 2002 : A l’occasion de la rentrée parlementaire, Autisme France organise une action de sensibilisation de tous les députés « Autisme : désembouteillons la situation française ».

Novembre 2002 : Congrès annuel d’automne « Les personnes autistes s’expriment, la communication s’enseigne » (23.11), avec la participation de la Secrétaire d’Etat M. Thérèse Boisseau.

Notre action commence enfin à disposer d’une certaine reconnaissance, à la fois de la part des médias et de la part des pouvoirs publics.

Au cours de l’année 2002, Autisme France a également initié une démarche, portée ensuite par Autisme Europe, auprès des instances européennes. Il s’agit d’une réclamation collective, déposée le 26.07.02 auprès du Conseil de l’Europe L’objet de cette action est de faire constater par le Conseil de l'Europe, organisation garante du respect des droits de l'Homme en Europe, que la France ne respecte pas ses engagements internationaux pris au titre de la Charte sociale européenne, en n’offrant pas aux personnes autistes l’éducation dont ils ont besoin..

Le 12.12.02, Le Comité Européen des droits sociaux rend une première décision déclarant recevable cette action. L’analyse des arguments au fond sera conduite au cours de l’année 2003.

Janvier 2003 : Démarrage du « service juridique Autisme France ».

Après avoir fonctionné à cet égard, pendant de nombreuses années, de façon approximative et épisodique, nous allons enfin arriver à créer un outil professionnel et fonctionnel, sur le plan du conseil juridique aux familles.

Février 2003 : Publication d’une enquête menée par Autisme France auprès des familles adhérentes, portant sur la prise en charge éducative des jeunes avec autisme.

Cette étude permet de vérifier que, dans la majorité des cas, le principe du libre choix des parents (quant à la nature de la prise en charge de leur enfant) n’a pas été respecté..

Avril 2003 : Publication, à l’initiative d’Autisme France, du livre « Bruno Bettelheim ou la fabrication d’un mythe » (R. Pollak / trad. A. Fonbonne - Co-édition AFD).

Mai 2003 : Co-organisation des 3èmes « Journées nationales de l’autisme » (24 et 25.05).

Septembre 2003 : A l’occasion de la parution du « Rapport Chossy », Autisme France entame une analyse critique de ce rapport, diffusée à partir de fin décembre .

Octobre 2003 : Congrès annuel d’automne « L’autisme en Europe / La situation en France » (18.10).

Au cours de ce congrès est lancée la diffusion de la nouvelle mouture du manifeste de notre mouvement (« Ce que nous voulons »).

Novembre 2003 : Le Comité Européen des droits sociaux conclut au non respect par la France de ses obligations éducatives à l’égard des personnes autistes, telles qu’elles sont définies par la Charte sociale européenne (Cette décision, prise le 04.11.03, ne sera rendue publique que le 11 mars 2004, le lendemain de l’analyse effectuée par le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe).

L’année 2003 est « l’année européenne des personnes handicapées ». Autisme France participera à de nombreuses manifestations organisées dans ce cadre. Nous participerons également, entre autres, à la « commission autisme » créée cette année là par le Ministère, avec pour objet la rénovation de la circulaire d’avril 1995. Les réunions de cette commission s’effectueront à un rythme mensuel, du printemps 2003 au début du printemps 2004. Ces réunions devraient reprendre à la fin de l'automne 2004.

Mars 2004 : Le Conseil de l’Europe rend publique (11.03) la décision du Comité Européen des droits sociaux (prise le 04.11.03), concluant au non respect par la France de ses obligations éducatives à l’égard des personnes autistes.

Cette décision, qui fait suite à une démarche initiée au sein d’Autisme France, va marquer un tournant dans l’histoire de notre mouvement : devant l’inertie (pour ne pas dire plus) des instances nationales, l’Europe constitue dorénavant un recours possible. Autisme France procédera aux côtés d'Autisme Europe au suivi attentif de l'exécution de cette décision.. A ce titre, des observations seront transmises au Comité Européen des droits sociaux en 2006, en réponse au rapport que la France devra lui soumettre pour faire état des progrès accomplis …

Autisme France organise ce même mois une conférence sur l’intégration scolaire des enfants avec autisme (Issy les Moulineaux / 27.03.04).

Mai 2004 : Co-organisation des 4èmes « Journées nationales de l’autisme », avec la participation de Marie-Anne Montchamp (Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées).

Novembre 2004 : Congrès annuel d’automne « C’est possible en France - expériences et réalisations positives ».

De nombreuses actions sont menées auprès des autorités publiques, au cours de l’année 2004, notamment :
  • Rencontre avec Patrick Gohet, délégué interministériel.
  • Entretiens avec Marie Anne Montchamp, Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, ainsi qu’avec l’ensemble de l’équipe de la Direction générale des affaires sociales.
  • Relations avec le Parlement dans le cadre du projet de loi relatif à la modification de la loi de 1975 (nombreux dépôts d’amendements).
  • Rencontres avec Autisme Europe et diverses instances européennes.
Le combat conduit par Autisme France non seulement avec détermination mais aussi vec professionnalisme a indiscutablement permis de faire avancer les choses depuis 15 ans en France. Même s'il reste encore beaucoup à accomplir, il est clair que le processus du changement a été enclenché grâce à notre mouvement. Ce professionnalisme et le sérieux de l'engagement d'Autisme France lui ont valu d'être reconnue d'utilité publique et d’élargir l’éventail de ses moyens d’action, notamment sur le plan juridique.

Ce récapitulatif de 15 années d’actions d’Autisme France se termine ici provisoirement.. De nombreux domaines n’ont volontairement pas été (où très peu) évoqués, tels nos rapports avec les milieux professionnels et la recherche, avec les milieux associatifs, avec les organismes de formation, avec les associations locales…En effet, ce n’était pas notre objet. Ce texte, qui ne vise évidemment pas à l’exhaustivité, n’est qu’un ensemble de repères chronologiques destinés à faciliter la réalisation d’un travail plus approfondi, par la suite.

En effet, cet aperçu chronologique permet de dégager l’évidence de quelques tendances « lourdes » qui accompagnent notre mouvement depuis ses débuts : affrontement avec la psychiatrie psychanalytique, progression permanente et significative au niveau des textes légaux, (mais difficultés également permanentes lors de leur application sur le terrain), reconnaissance, lente mais continue, de notre action auprès des pouvoirs publics, efficacité des actions collectives …Ceci est destiné à être analysé de façon approfondie,, point par point, dans les futurs numéros de « La Lettre ». Ainsi seulement ce bref retour sur notre passé pourra-t-il contribuer à mieux préparer notre avenir.

P. Fouquet (relecture par Max Artuso, Evelyne Friedel, Chantal Tréhin, Marie-Claude Urban)
 

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11 avril 2017

Cher monsieur Force63

article publié dans Agoravox

Suite à la découverte de ce tract, à l’initiative de la Fédération de l’enseignement FO du 63 et du Syndicat départemental FO du 63, appelant à une pétition contre la systématisation de l’inclusion scolaire, un membre du Collectif EgaliTED a rédigé cette lettre ouverte que nous vous partageons.

Le tract de FO63 vient en réponse à la signature d’une convention « en faveur de l’école inclusive pour donner plus de chance à des enfants en situation de handicap de réussir leur scolarité » entre l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes et les académies de Lyon, Clermont-Ferrand et Grenoble, ce que nous saluons. Pour plus d’informations sur cette convention, c’est ICI.

Nous espérons au plus vite une réaction de la Fédération Nationale de Force Ouvrière mais restons sceptiques au vu de ce texte datant de janvier 2017 et de ce post sur le blog du Syndicat National Unifié des Directeurs, Instituteurs et Professeurs des Ecoles du 35.

Cher Monsieur Force63,

Tu m'en voudras pas de t'appeler par ton pseudo, j'espère, mais dans ton milieu où tout le monde se tape sur l'épaule et manie le 'camarade' à tour de bras, cette familiarité ne devrait pas te choquer outre mesure.

Cher monsieur Force63, donc.

C'est quoi ce torche-cul ?

Quand je suis tombé là-dessus, j'ai failli m'étouffer avec ma Danette. Oui, des fois, je mange des Danette le soir, juste avant de dormir, ce sont mes instants de douceur égoïstes et honteux, et je déteste que ces moments-là soient interrompus (sauf par ma femme qui, parfois, le regard alangui, me fait comprendre qu'il est plus que temps de me glisser sous les draps).

Donc, je te cite : « nous constatons tous les jours les dégâts de l'inclusion scolaire systématique. »

Cher Force63, est ce que tu connais le point commun entre l'inclusion scolaire systématique et les licornes qui clignotent ?

BAH ILS N’EXISTENT PAS.

L'inclusion scolaire systématique est une belle idée sur le papier, tout le monde en rêve, mais on n’y est pas vraiment encore arrivés. A peine aux préliminaires. Et des fois, les préliminaires, c'est long. Plus c'est long, plus c'est bon. Mais pas toujours. Là, pas du tout, en fait.

Bon, contrairement à toi, monsieur Force63, je ne suis pas spécialiste de tous les Handicaps, juste de l'autisme. Enfin, je n’ai pas de diplômes, juste un enfant avec autisme. C'est moyen reconnu par ta hiérarchie, je sais, mais je vais quand même tenter le coup.

En fait, c'est quoi, le problème avec l'inclusion systématique ? 

Normalement, un élève doit être accompagné d'un AVS (enfin, un AESH). Dans l'idéal, elle est formée spécifiquement au handicap du petit bout qu'elle accompagne, suivie et conseillée par les parents afin qu'elle puisse s'adapter aux spécificités du loulou.

Bah revoilà les licornes. Parce que ce n’'est pas comme ça dans la vraie vie.

Actuellement, les AESH ont une qualification proche de zéro, et une résistance aux difficultés de la tâche proche du néant. Oh, ce n’est pas de leur faute. Cet emploi est accessible à quasiment tout le monde, sans formation préalable, sans même souvent avoir l'envie de travailler dans le médico-social. Ces personnes veulent juste bouffer, en fait. Comme toi, comme tout le monde. Alors, quand tu es projeté dans un domaine professionnel avec lequel tu n'as aucune affinité, dans le seul but d'avoir ton paquet de pâtes quotidien, il faut pas s'étonner que tu te contentes du minimum syndical (tiens, jolie expression).

Sauf que, pour nos enfants, c'est là que tout se joue. Les premières années de scolarisation devraient servir à acquérir des compétences scolaires, certes, mais également des compétences sociales. Ils doivent être accompagnés, poussés, sollicités, stimulés, tout le temps. TOUT LE TEMPS. Même quand l'AESH a mal à la tête, ou doit répondre au sexto de son copain.

TOUT LE TEMPS, je te dis.

Donc normalement, la maîtresse (ou le maître, pour l'égalité des sexes) doit diriger la pédagogie, l'AESH doit adapter les exercices au loulou, et l'ATSEM doit aider. Enfin, ça c'est dans le monde des licornes qui clignotent.

Ainsi, donc pour toi, tout le monde est perdant.

- Les enfants eux-mêmes.
Là, je t'avoue que j'ai du mal à suivre. De toute façon, ils ne sont pas moins bien à l'école que dans un institut dit « spécialisé » à augmenter leur « skills » de pâte à modeler jusqu'à l’âge de 25 ans.

- Les enseignants qui ne peuvent plus enseigner et sont souvent culpabilisés.

Alors là, mon con, (désolé, je me laisse aller), on ne va pas être tout à fait d'accord. 

Quand tu signes pour être enseignant, tu sais que tu vas pas au club Med (bah oui, si tu veux aller au club Med, tu signes au club Med). Donc tu sais que tu vas parfois rencontrer des enfants à prob... casse-coui... pénib... handic... bon, pour le parler-propre, on va dire 'à spécificités'. Bah figure-toi qu'un enfant A SPECIFICITES, ça demande un enseignement SPECIFIQUE. Donc ADAPTE. 

Bon, si t'as suivi, je t'ai déjà dit que normalement, l'AESH doit faire cette adaptation, sauf si elle répond au sexto. Bin dans ce cas-là, si tu estimes un minimum ton métier d'enseignant, tu te sors les doigts du derrière et tu rames pour faire avancer le gamin et l’AESH. Sauf que quand tu en as plusieurs, bin tu peux pas être au four, au moulin, au marché et au restaurant. Donc, ça a tendance à tourner assez rapidement à la double dose de Lexomil.

- Les autres élèves, dont les conditions d'apprentissage sont aggravées.

Bin oui, si les maîtresses se voient sucer leur cosmo-énergie par les quelques enfants à spécificités cannibales, elles ont moins de temps et d'énergie pour les autres, c'est logique.

Bon, maintenant, tu as une proposition qui a le mérite d'exister : virez-moi tout ça de là, on les mets dans un coin, là où on les verra pas trop, sous couvert de prêchi-prêcha du genre 'c'est pour leur bien'.

En fait, si tu réfléchis bien, stigmatiser une population spécifique pour les reclure là où on les verra pas, en disant que c'est pour leur bien, ça a déjà été fait, et on n’en garde pas des souvenirs folichons-folichons.

La solution, elle est ailleurs. Enfin, une des solutions. Parce qu'on n’est pas au pays des licornes qui clignotent.

Tu te souviens, l'AESH qui réponds aux sextos et qui a la migraine ? Elle est une des clés, mais genre LA grosse clé. Donc tu la prends. Enfin non, tu la prends pas, justement. Tu l'embauches, tu la sélectionne, tu la formes, et tu l'inclus au sein de la team pluridisciplinaire qui suit l'enfant, au titre de professionnel. Pas au titre de « je recopie, je fais des photocopies, je ramasse et j'aide les autres ».

Donc, un enfant, un AESH, formé, en contact avec les professionnels du suivi de l'enfant, agissant en collaboration étroite avec l'enseignant, et aussi avec l'aide des parents. Payée à sa juste valeur (qui de toute façon, si elle est bien choisie, sera inestimable aux yeux des enfants). Et tu verras que tout roulera déjà mieux.

Ensuite, il faut aussi FORMER les enseignants. Y'a des associations qui font ça très bien, tu n’auras pas besoin de chercher très loin. Et tu verras que le corps enseignant, quand tu ne lui donnes pas l'impression qu'il est le dernier maillon de la chaine et qu'il supporte sur son dos tout le poids d'une hiérarchie millefeuille, bin il est capable de gérer ce genre de chose. Souvent, c'est même pour ça qu'il a choisi ce métier, avant d'avoir eu son énergie sucée jusqu’à la moelle par l'inertie du système scolaire.

Et voilà ! Le tour est joué.

Ah oui, NOUS EXIGEONS blablablablabla...

Déjà, exiger quelque chose, ce n’est pas poli. On dit 'nous aimerions'. C'est plus sympa, et ça fait moins peur.

En plus, tu l'exiges deux fois, dont une fois en gras.

En fait, tu exiges d'un côté une prise en charge la plus adéquate adaptée au handicap, et de l'autre côté, tu ne veux pas d'inclusion. Incohérent.

Alors, attention, je vais faire de la magie.

Suis bien.

Les enfants avec autisme ont un problème très particulier. En fait, c’est un trouble des interactions sociales.

Donc, la prise en charge la plus adaptée, c'est de favoriser ces interactions.
Devinette : dans quel lieu social un enfant a-t-il le plus de chances de tisser ces interactions sociales et de les renforcer ?

Réfléchis...

La normalement, tu commences à comprendre que t'as écrit une grosse connerie, monsieur Force63 : L'ECOLE !

Mind-fucking, isn't it ?

Bon, je t'accorde la possibilité de te corriger, même si je n’y crois pas trop. Histoire de licornes.

Allez, des bisous. Sans rancune.

11 avril 2017

TF1 le JT -> Le restaurant qui fait la différence

Et si finalement la plus grande différence était la bonne humeur et le tutoiement spontané ? Ce restaurant nantais, qui embauche uniquement des personnes, atteintes de trisomie 21 fait la différence. Regardez

 

11 avril 2017

Clip de sensibilisation à l'Autisme [Autistik] Manon Tanguy

Ajoutée le 30 mars 2016

La jeune et belle Manon interprète une personne avec autisme.
Elle veut vivre avec les autres, mais elle n’a pas les clefs, pas le mode d’emploi.
Manon déploie beaucoup d’efforts dans ce monde qu’elle perçoit différemment de nous.

Mais nous, que voyons-nous ? Quelle est notre place ? Que lui offre-t’on ? Pouvons-nous agir pour accéder à sa réalité et à ses désirs ?
Pouvons-nous vivre ensemble avec nos différences ?
Ce magnifique clip nous montre avec beaucoup de poésie que la réponse est évidente !
En visionnant ce clip, le 02 avril dans le cadre de la Journée Mondiale de Sensibilisation à l’Autisme,
Vous allez changer votre regard sur l’autisme.

Autistes sans Frontières 85
contact@asf85.fr

11 avril 2017

Entre libido et tendresse

Mathieu Vachon met en images la misère sexuelle des personnes handicapées

10 avril 2017 |Isabelle Paré | Santé

Le film suit ces escortes qui aident les personnes handicapées à se «reconnecter» avec leurs corps. Photo: TV5 Le film suit ces escortes qui aident les personnes handicapées à se «reconnecter» avec leurs corps.

Vaste tabou que celui de la sexualité des personnes handicapées. Le documentaire Rencontres particulières jette un regard sensible sur l’intimité de ceux qui choisissent de faire appel à des « assistantes sexuelles » pour mettre fin à l’abstinence forcée. Histoires intimes.

On voit d’abord Angelo sur scène devant un micro, assis dans son fauteuil roulant, livrant son numéro, le débit ralenti par la paralysie cérébrale. Devant lui, une foule hilare s’éclate. « Ce que j’aime dans le fait d’être Italien, c’est que nos noms fittent avec notre personnalité. Moi, c’est Angelo : un être spirituel qui n’a pas de sexe. »

Cet être asexué, c’était lui. Avant qu’il ne trouve le cran de monter sur scène pour faire la comédie. Avant qu’il ne recoure à une assistante sexuelle pour apporter un peu de normalité à sa vie d’ascète sensoriel.

Handicapé depuis la naissance, Angelo fait partie de ces personnes pour qui le sexe est longtemps resté un continent inaccessible. Pour qui le quotidien s’écoulait sans érotisme ou orgasme, sans toute autre forme de toucher que la main glaciale d’un préposé ou d’un médecin lors d’un examen médical.

« Est-ce que je vais mourir sans avoir vécu ça ? » se demande Angelo, personnage central de Rencontres particulières, ce documentaire de Mathieu Vachon qui témoigne de la misère sexuelle vécue par de nombreuses personnes handicapées et des moyens choisis pour obtenir un soupçon de sensualité.

C’est en multipliant des entrevues avec des escortes que le réalisateur a découvert cette autre facette de la vie de celles que l’on associe communément à la prostitution. « J’ai réalisé que des escortes consacraient beaucoup de leurs temps à des personnes handicapées. Elles me parlaient de ces clients de façon tendre et attentionnée, ça a brisé tous mes préjugés sur les escortes. J’ai réalisé qu’il y avait là un univers méconnu », raconte Michaud.

Conscient de naviguer aux frontières de nombreux tabous, dont celui de la marchandisation du corps des femmes et de la prostitution, le réalisateur choisit d’aborder de manière frontale la réalité des « assistantes sexuelles » payées pour aider des personnes souffrant d’un handicap à se « reconnecter » avec leurs corps.

C’est la question que soulève Micheline, la mère de Gabriel, jeune adulte confiné dans un fauteuil roulant par une maladie dégénérative. À tort, bien des gens croient les personnes handicapées dénuées de toute libido, en raison de leur handicap, dit-elle. « [Gabriel] voulait vraiment connaître le sexe. On a rien trouvé au Québec [contrairement à ce qu’il existe dans d’autres pays], on a pris rendez-vous avec une escorte », raconte cette mère, consciente d’aller à l’encontre des lois canadiennes.

Sexe légal

Dans plusieurs pays, l’assistance sexuelle est désormais considérée comme une forme d’aide thérapeutique. C’est notamment le cas en Suisse, où, depuis 2003, il s’agit d’un métier légal et reconnu. Dispensés par des thérapeutes formés, ces services sont gérés par des organismes d’aide aux personnes handicapées qui dirigent les requérants vers des thérapeutes. De la caresse à la masturbation, le coût de ce supplément d’amour oscille autour de 162 euros l’heure.

Regain d’estime de soi, amélioration des relations interpersonnelles et sexuelles : les associations attribuent beaucoup de bénéfices à cette forme d’aide. « De l’avoir vécu, ça m’a fait grandir. Je n’aurais jamais fait de l’humour comme je le fais là », confie Angelo, dans le documentaire. Ce genre d’échanges est aussi toléré aux Pays-Bas, en Allemagne, au Danemark. En République tchèque, seul pays de l’ex-bloc de l’Est où est apparu ce genre d’aide, l’organisme Plaisir sans risques propose massage, formation à la sexualité, baisers et étreintes, mais sans relation orale ni pénétration.

Chose certaine, à l’heure actuelle, le recours aux escortes reste souvent la seule issue pour les handicapés. Mais toutes ne sont pas « ouvertes » comme celles croisées par Gabriel ou Angelo, comme nous l’apprend tristement Alex, 23 ans, que le caméraman a suivi dans le secteur Sainte-Catherine et Saint-Laurent. « J’ai suivi une fille dans une ruelle. » Cette fille l’a déshabillé, l’a laissé languir nu dans son fauteuil roulant pendant 30 minutes, avant de revenir lui griffer le corps et le sexe.

Un travail ordinaire ?

Des voix s’élèvent contre ces services tarifés qui, en fin de compte, aboutissent à la « marchandisation du corps ». En France, même si des regroupements d’aide aux personnes handicapées demandent la légalisation de ce type d’aide, le Comité national d’éthique a rejeté la reconnaissance légale des assistantes sexuelles. Il n’existe rien de tel qu’un « droit à l’orgasme », décrient de leur côté des associations de lutte contre l’exploitation sexuelle.

« L’aide sexuelle est une réponse à un problème complexe. Ces expériences peuvent être bénéfiques, mais ne règlent pas tout. Il ne faut pas être naïfs non plus. Des pimps, ça existe, et des escortes exploitées aussi. Décriminaliser, je n’y crois pas. Je crois plutôt à une troisième voie, comme celle retenue aux États-Unis », estime Mathieu Vachon.

Le réalisateur braque en effet sa caméra sur une association californienne d’aide aux handicapés, où thérapeutes et « aidants » — autant des hommes que des femmes — travaillent en collaboration à l’amélioration globale de la sexualité, mais aussi de l’autonomie personnelle. Cette association n’a ailleurs pas que des clients masculins handicapés en mal d’amour, mais des personnes présentant toutes sortes de difficultés, dont 35 % de femmes.

Un peu de tendresse, bordel

« La misère sexuelle est vécue par toutes sortes de gens, de sexe et d’âge divers, pas juste des personnes handicapées », relance le réalisateur au terme de son expérience.

D’ailleurs, ce mal de sexe n’est-il pas le symptôme d’un besoin encore plus criant : le manque de tendresse et de relations humaines ? « Sûrement, confie le réalisateur. D’ailleurs, plusieurs aimeraient finalement avoir une blonde. Je sais que ce sujet soulève des questions sensibles, mais le but n’était pas de juger ou de prendre parti pour ou contre la prostitution. J’espère avoir créé une brèche pour parler de l’isolement et de la vulnérabilité des personnes handicapées et des très grandes difficultés rencontrées pour entrer en relations. »

Rencontres particulières
Réalisateur: Mathieu Vachon, Diffusion: 11, 13 et 17 avril, à TV5
10 avril 2017

Emmanuelle Laborit : « Non, les sourds ne sont pas handicapés ! »

En 1993, le public français tombait sous le charme d’une jeune comédienne s’exprimant en langue des signes. Emmanuelle Laborit fut la première artiste sourde à recevoir un Molière. Pèlerin l’a rencontrée, à l’occasion de l’anniversaire du théâtre qu’elle dirige à Paris.

L’International Visual Theatre* (IVT) souffle cette année ses 40 bougies. Ce théâtre a beaucoup compté pour vous. C’est là que vous avez appris la langue des signes française (LSF) à l’âge de 7 ans. Racontez-nous…

C’est mon père qui m’y a emmenée la première fois après en avoir entendu parler à la radio. J’ai pu y faire la connaissance d’adultes sourds ; je n’en avais jamais vu auparavant. Enfin, j’ai pu discuter avec eux et m’imaginer à mon tour adulte. Avant, comme je n’en connaissais pas, j’étais convaincue que j’allais mourir jeune, que les sourds ne pouvaient pas grandir et vivre longtemps. Ce fut fondamental pour ma construction personnelle.

J’ai appris à ne pas me laisser envahir par les doutes, les déceptions, à voir toujours le positif

Vue de l’extérieur, la langue des signes est un univers à part entière. Comment y entrer ?

Il faut commencer par sortir de la structure du français, qui est une langue vocale. Avec la LSF, nous conceptualisons la pensée autrement que par les mots. Elle n’est pas linéaire comme le français, c’est une langue en trois dimensions qui utilise l’espace, l’orientation, le mouvement. Elle est très vivante, toujours en évolution. Moi-même, je n’ai jamais fini de la découvrir. Au théâtre, elle constitue une matière incroyable, à travailler et retravailler pour en faire jaillir la beauté.

Mais j’aime aussi beaucoup le français. J’adore les mots et les phrases. Cela peut paraître étrange car, pour moi, ce n’est que de la phonétique, mais j’aime les transposer en LSF, chercher par quel signe je peux les donner à voir. La LSF permet de créer de la poésie visuelle. Je pense que, pour les entendants, cette langue est également d’une grande richesse. Dans un monde au fonctionnement très auditif, elle nous apprend à utiliser notre regard.

Je crois que notre société a un problème avec la différence. On voudrait que nous soyons tous identiques, conformes aux normes

La LSF a été reconnue officiellement en 2005. Est-elle plus répandue depuis ?

Je préfère être franche : cela n’a rien changé ! La reconnaissance dans les textes ne signifie malheureusement pas la reconnaissance réelle. Elle a été intégrée à la loi de 2005 pour l’égalité des chances pour les personnes handicapées, et cela ne me plaît pas. Car les sourds ne sont pas handicapés ou malades. Considérer la surdité comme une maladie implique qu’elle doit être suivie, soignée, ce que ne fait évidemment pas la LSF. Ce sont deux visions qui s’affrontent.

Aucun engagement n’a été pris pour amener la LSF aux enfants le plus tôt possible. Elle reste, aux yeux de beaucoup, le dernier recours, alors que, selon moi, c’est la seule chance de s’exprimer pleinement. Aujourd’hui, seuls 5% des enfants sourds bénéficient d’un enseignement bilingue en LSF. Les autres sont dans des écoles oralistes (dans lesquelles l’objectif est de faire parler les enfants, NDLR) ; ils essaient de s’intégrer et de suivre comme ils le peuvent. Cette situation me révolte. Où est le libre choix pour ces enfants ? Derrière ces orientations, il y a, me semble-t-il, un grand désir – absurde – de changer les sourds en entendants.

Pourquoi, selon vous ?

Je crois que notre société a un problème avec la différence. On voudrait que nous soyons tous identiques, conformes aux normes. Nous, les sourds, constituons une minorité parmi d’autres. Pour nous, c’est la langue qui pose problème. Pour d’autres, ce sera la couleur de peau. Il ne fait pas bon être noir ou arabe en France aujourd’hui. La société ne donne pas sa place à chacun.

À l’approche de l’élection présidentielle, qu’aimeriez-vous dire aux candidats ?

Malheureusement, je me répète toujours à chaque échéance politique. En réalité, nous devons nous battre tous les jours, et pour tout ! L’accessibilité universelle est un vaste chantier qui avance très peu. Ce manque concerne de nombreux domaines. La moindre démarche auprès d’une administration pose problème. Les jeunes sourds peinent à faire des études supérieures et la plupart d’entre nous, faute de traductions en LSF, sommes exclus du débat citoyen. Je suis étonnée que la France n’évolue pas plus rapidement sur ce sujet. Je pense que la culture a un grand rôle à jouer dans ce domaine. Elle peut vraiment construire des ponts. Pourtant, depuis votre consécration, aucun comédien sourd n’a percé.

Quelle est cette force qui vous porte ?

L’amour ! Sans lui, la vie ne serait que larmes. Je parle de l’amour, du petit « a » au grand « A » ! On aime ses enfants, sa famille, ses amis… L’amour se niche également dans toutes les petites choses du quotidien. Un sourire, ce n’est rien en apparence et, pourtant, c’est une source incroyable d’énergie pour l’autre, mais aussi pour soi-même. J’étais très révoltée quand j’étais jeune. Depuis j’ai pris plus de distance. J’ai maintenant 45 ans. J’ai appris à ne pas me laisser envahir par les doutes, les déceptions, à voir toujours le positif, même dans les moments difficiles.

*Théâtre visuel international. L’IVT fête ses 40 ans pendant toute la saison, avec, en point d’orgue, des festivités du 9 au 13 mai. Renseignements, également sur les spectacles en tournée, sur www.ivt.fr ou au 01 53 16 18 18.

9 avril 2017

Ping-pong médico-social

article publié dans Yanous

Parce qu'il vit en zone rurale, le père d'un enfant handicapé mental se voit opposer d'étonnants refus de la part d'Instituts Médico-Educatifs qui semblent davantage préoccupés par leur budget que de remplir leur mission. Récit

 

Patrick Almeida doit avoir des nerfs d'acier. Père de cinq enfants, dont les deux derniers issus d'une mère maltraitante, il a dû abandonner son emploi d'ambulancier pour s'occuper du plus grand, Raphaël, âgé de cinq ans. Dès sa petite enfance, Raphaël a subi un délaissement et une maltraitance maternelle qui, selon psychologues et médecins, ont entrainé un blocage développemental et des troubles du comportement. Son petit frère, Théo, a été moins exposé mais conserve des séquelles psychiques. Un drame familial que n'ont pas su éviter les services de la protection de l'enfance pourtant saisis après un signalement du père, entrainant un suivi psychosocial pendant deux ans sans résultat sur le comportement d'une mère qu'ils considéraient pourtant comme incapable de s'occuper de ses petits. Résultat, deux enfants abimés, le plus jeune placé en famille d'accueil et son frère sous la garde de son père depuis deux ans.

Comme si cela ne suffisait pas, Patrick Almeida est confronté à ce jeu de ping-pong auquel des dirigeants d'établissements médico-sociaux s'adonnent régulièrement en prenant comme balle le demandeur d'une place. Avec son fils, Patrick vit à une vingtaine de kilomètres d'Angoulême, dans le département rural de Charente. La Maison Départementale des Personnes Handicapées a orienté le petit Raphaël en Institut Médico-Educatif, mais sans désigner d'établissements, et c'est là que le "jeu" commence; nanti de cette décision, Patrick Almeida a contacté les IME les plus proches : "Avant d'obtenir une place, explique-t-il, il faut attendre qu'une se libère. Pour cela, il faut que Raphaël soit sur liste d'attente. Pour être sur liste d'attente, il faut d'abord qu'on soit reçu par la direction et qu'on visite l'établissement. Mais pour être reçu, on doit obtenir un rendez-vous... qu'on nous refuse !"

 


Image Thierry et son fils Raphaël.

 

Dans la proximité de la famille existent peu d'IME, et tous pratiquent un recrutement sectorisé ce qui réduit les possibilités : si une place se libère, l'établissement prendra un enfant du secteur ou temporisera. Patrick Almeida pensait avoir trouvé une solution dans l'un des IME d'Angoulême dont le directeur lui avait annoncé qu'il avait une place disponible et qu'il pouvait admettre Raphaël même s'il n'a pas l'âge requis de six ans. Jusqu'à ce que le père indique où il habite : "Le directeur a répondu qu'on habitait trop loin et qu'il faudrait que la navette qui assure le transport des enfants parcoure 23 kilomètres. Quand je lui ai dit que je pouvais amener mon fils tous les jours, il a répliqué que ce n'était pas possible, que l'établissement perdrait des recettes en n'assurant pas le transport !" Pourtant, dès qu'un enfant est admis, l'IME est obligé de poursuivre la prise en charge même si la famille déménage à l'autre bout du département, ce que n'ignore pas Patrick qui a pourtant rencontré la même difficulté avec la direction d'un autre IME angoumoisin.

Pendant ce jeu de ping-pong, il doit assumer seul la recherche d'une solution éducative pour son fils, actuellement accueilli le matin à l'école maternelle : "Raphaël est un enfant difficile à garder. A l'école, il joue seul, il n'est pas sociable et ne peut participer aux activités. Il ne pourra pas entrer en grande section ou au Cours Préparatoire. Les nounous refusent de le garder, trouvent que c'est trop dur, il nécessite beaucoup d'attention." De plus, Patrick Almeida est menacé de radiation par Pôle Emploi parce qu'il n'est pas en recherche active d'emploi : "C'est ahurissant, je ne comprends pas cette attitude. J'ai été obligé de m'arrêter de travailler pour m'occuper de mon fils. Mais je suis en difficulté pour chercher du travail." Entre des dirigeants d'établissements qui gèrent des budgets, une MDPH passive et un Pôle Emploi près de ses sous, Patrick et son fils se retrouvent, sans soutien, victimes d'un jeu bien cruel.


Laurent Lejard, avril 2017.

 

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